SOCIÉTÉ Police-Justice

« Pas digne d’exercer » : un policier marseillais condamné pour avoir prévenu un ami d’un contrôle de l’URSSAF

« Pas digne d’exercer » : un policier marseillais condamné pour avoir prévenu un ami d’un contrôle de l’URSSAF
« Pas digne d’exercer » : un policier marseillais condamné pour avoir prévenu un ami d’un contrôle de l’URSSAF

Un policier marseillais de 47 ans a été condamné, vendredi 16 octobre 2026, à un an de prison avec sursis et à cinq ans d’interdiction d’exercer un emploi public pour avoir averti un ami de l’arrivée imminente d’inspecteurs de l’URSSAF. Le tribunal correctionnel de Marseille a reconnu le fonctionnaire coupable d’avoir entravé une opération de contrôle dans un établissement de nuit situé à La Ciotat, dans les Bouches-du-Rhône. Membre de la brigade anticriminalité (BAC) Sud et fort de vingt-trois années de service dans la police nationale, l’homme était poursuivi pour des faits remontant au 26 juillet 2025. Selon les éléments présentés à l’audience, il aurait transmis une information confidentielle à un proche travaillant dans la sécurité de l’établissement, lui permettant de prévenir sa direction avant l’arrivée des contrôleurs. Les magistrats ont retenu l’infraction de prise de mesure suivie d’effet pour faire échec à l’exécution de la loi. Cette condamnation intervient dans un dossier où se mêlent relations personnelles, utilisation présumée d’informations professionnelles et soupçons de travail dissimulé.

L’affaire repose notamment sur plusieurs échanges téléphoniques et messages envoyés quelques minutes avant le contrôle. Le policier aurait tenté de joindre son ami, responsable de la sécurité d’un rooftop de La Ciotat, avant de lui adresser un SMS lui demandant de répondre rapidement. Dans le même intervalle, ce dernier a averti ses employeurs du déplacement des inspecteurs de l’URSSAF depuis Marseille, en leur recommandant de dissimuler la présence d’agents de sécurité non déclarés. Les enquêteurs ont également constaté que le fonctionnaire avait supprimé des conversations WhatsApp de son téléphone. À l’audience, il a expliqué avoir refusé de laisser l’Inspection générale de la police nationale accéder à des échanges relevant, selon lui, de sa vie privée. Il a par ailleurs contesté avoir transmis des informations confidentielles, affirmant avoir simplement envisagé de rendre visite à son ami sur son lieu de travail. Son avocat, Me Philippe Gassend, a dénoncé une enquête insuffisante, estimant que la proximité chronologique entre les appels et les messages ne permettait pas, à elle seule, de démontrer une infraction. Le tribunal n’a pas retenu cette interprétation des faits.

Un ami lié à un ancien groupuscule néonazi également condamné

L’enquête a également mis en lumière le profil du destinataire présumé de l’information. Le responsable de la sécurité, Loïc Delboy, est connu pour avoir fondé Blood and Honour Hexagone, un groupuscule néonazi dissous par les autorités françaises en 2019. Cet élément, sans lien direct avec la qualification pénale des faits reprochés au policier, a contribué à attirer l’attention sur les relations personnelles entretenues par le fonctionnaire. Jugé dans la même affaire, Loïc Delboy a été condamné à six mois de prison sous bracelet électronique, à 1 500 euros d’amende et à cinq ans d’inéligibilité. Les magistrats lui reprochaient d’avoir relayé auprès de ses employeurs une information dont il connaissait l’origine irrégulière. Durant la procédure, il avait soutenu que l’alerte provenait d’une femme présente sur le parking de l’établissement, une explication qui n’a pas convaincu les juges. Les échanges retrouvés par les enquêteurs ont été déterminants dans l’appréciation du tribunal, qui a considéré que la chronologie des communications permettait d’établir le lien entre l’alerte et l’échec du contrôle.

Au-delà de la condamnation pénale, cette affaire pose la question des obligations professionnelles imposées aux membres des forces de l’ordre et de la confiance attachée à leur fonction. Les policiers peuvent, dans le cadre de leurs missions, avoir connaissance d’informations confidentielles concernant des enquêtes, des contrôles administratifs ou des opérations coordonnées avec d’autres services de l’État. Leur divulgation à des tiers est susceptible de compromettre les procédures et de porter atteinte à l’égalité devant la loi. En prononçant une interdiction d’exercer tout emploi public pendant cinq ans, le tribunal a retenu une sanction aux conséquences professionnelles particulièrement importantes pour ce fonctionnaire expérimenté. La décision ne signifie toutefois pas nécessairement que toutes les voies de recours sont épuisées, un appel pouvant être formé dans les conditions prévues par la procédure pénale. Le dossier illustre également les difficultés rencontrées par les services chargés de lutter contre le travail dissimulé, dont les contrôles peuvent perdre leur efficacité lorsqu’une information circule avant l’arrivée des inspecteurs. À Marseille, ce jugement rappelle que les relations personnelles d’un agent public ne sauraient justifier l’utilisation d’informations obtenues dans l’exercice de ses fonctions.

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