Insultes, jets de projectiles et concert stoppé : Barbara Butch attaquée à Grenoble par une partie de son propre camp
Insultes, jets de projectiles et concert stoppé : Barbara Butch attaquée à Grenoble par une partie de son propre camp

Le concert de Barbara Butch a été brutalement interrompu samedi soir lors du festival Cabaret Frappé, à Grenoble. La DJ, tête d’affiche de la soirée, a été prise pour cible par 150 à 200 militants pro-palestiniens, parmi lesquels se sont trouvés des membres et sympathisants de La France insoumise. Les manifestants ont sifflé l’artiste, scandé des slogans, proféré des insultes et adressé des doigts d’honneur en direction de la scène. La Ville de Grenoble a également fait état de jets de bouteilles en verre et d’autres projectiles. Elle a dénoncé le sabotage d’une partie des installations électriques utilisées pour le spectacle. Face aux risques pour l’artiste, les techniciens et le public, les organisateurs ont définitivement arrêté le concert après une vingtaine de minutes.

Des militants ont couvert la musique par leurs slogans

Barbara Butch est montée sur la scène du Jardin de Ville peu après 22h20. Dès le début de sa prestation, les militants massés devant la scène ont déployé des drapeaux palestiniens et plusieurs banderoles. Ils ont ensuite couvert la musique et les prises de parole de la DJ par des huées, des sifflets et des slogans. Plusieurs participants ont adressé des doigts d’honneur à l’artiste. La tension a rapidement augmenté autour de la scène. Selon les organisateurs et la presse locale, le groupe a réuni entre 150 et 200 personnes. La municipalité a affirmé que des bouteilles en verre et différents projectiles ont été lancés en direction de la scène. Elle a également annoncé qu’une partie des installations électriques du festival a été sabotée. Des militants présents sur place ont contesté les accusations de violences et ont présenté leur mobilisation comme pacifique.

Barbara Butch a quitté la scène sous protection

Après environ 20 minutes, les organisateurs et la Ville ont décidé d’interrompre définitivement le spectacle pour des raisons de sécurité. Barbara Butch a quitté la scène sous la protection des équipes du festival, tandis que la chanson Imagine de John Lennon a accompagné son départ. L’adjoint à la culture Alexis Monge a ensuite pris la parole. Il a défendu la liberté de création et le droit de l’artiste à se produire. Il a lui aussi été pris pour cible par les manifestants. La municipalité a affirmé que des bouteilles ont été lancées dans sa direction.

LFI Grenoble a réclamé son boycott dès le mois de mai

La venue de Barbara Butch a provoqué une contestation plusieurs semaines avant le festival. En mai, l’antenne grenobloise de La France insoumise a appelé au boycott culturel de la DJ et a demandé sa déprogrammation. Les militants lui ont reproché d’avoir signé une tribune en faveur de la proposition de loi portée par Caroline Yadan contre les « nouvelles formes d’antisémitisme ». Le texte a notamment prévu un élargissement du délit d’apologie du terrorisme. Ses opposants l’ont accusé de menacer la liberté d’expression et de pouvoir viser certains soutiens de la cause palestinienne. La proposition a finalement été retirée. LFI Grenoble a également reproché à Barbara Butch ses liens culturels avec Israël et une prestation donnée en 2025 dans les jardins de la résidence de l’ambassadeur de France. Les défenseurs de la DJ ont assuré que son engagement a principalement porté sur la lutte contre l’antisémitisme et qu’il n’a pas constitué un soutien à la politique menée par le gouvernement israélien.

Une artiste de gauche attaquée par une partie de son propre camp

L’attaque a visé une personnalité culturellement et politiquement engagée à gauche. Barbara Butch a défendu les droits des personnes LGBTQ+, le féminisme, la lutte contre la grossophobie et le combat contre l’extrême droite. Après avoir signé la tribune soutenant la proposition de loi Yadan, elle a reconnu avoir été particulièrement affectée par les attaques venues de milieux auxquels elle s’est elle-même rattachée. Elle a expliqué que lorsque la haine a été exprimée par son « propre camp », elle a été encore plus difficile à supporter. La DJ avait déjà subi une importante campagne de cyberharcèlement après sa participation à la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Paris en 2024. Elle a alors reçu des messages antisémites, lesbophobes, sexistes et grossophobes.

La Ville de Grenoble a annoncé une plainte

Au lendemain des incidents, la maire de Grenoble, Laurence Ruffin, a qualifié les faits d’« extrême gravité ». La municipalité a annoncé le dépôt d’une plainte afin d’identifier les responsables des violences, des jets de projectiles et du sabotage présumé des installations électriques. Alexis Monge a également annoncé son intention de saisir la justice après avoir été visé par des jets de bouteilles lors de son intervention. Le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a condamné les faits « avec la plus grande fermeté ». Il a dénoncé une atteinte inacceptable à la liberté d’expression et à la liberté de création. La Licra a pour sa part dénoncé un « amalgame antisémite ». L’association a estimé que Barbara Butch a été rendue personnellement responsable de la politique de l’État d’Israël en raison de sa judéité et de ses engagements contre l’antisémitisme.

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