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«Agresser une DJ juive ne libérera pas la Palestine»: 300 personnalités défendent Barbara Butch

«Agresser une DJ juive ne libérera pas la Palestine»: 300 personnalités défendent Barbara Butch
«Agresser une DJ juive ne libérera pas la Palestine»: 300 personnalités défendent Barbara Butch

Près de 300 personnalités du monde de la culture, du spectacle et de la recherche ont signé une tribune en soutien à Barbara Butch après l’interruption de son concert au festival Cabaret Frappé, samedi 18 juillet à Grenoble. La DJ avait dû être évacuée de la scène sous les insultes et les jets de projectiles de militants propalestiniens et insoumis mobilisés contre sa venue. Intitulé Agresser une DJ juive ne libérera pas la Palestine, le texte condamne la transformation d’un désaccord politique en campagne d’intimidation visant directement une artiste en raison de son identité, de ses opinions réelles ou de celles qui lui sont attribuées.

Alain Chabat, Géraldine Nakache et les frères Dardenne parmi les signataires

La tribune a été rédigée par Jonas Pardo, chercheur et directeur de l’association Boussole antiraciste. Elle rassemble des acteurs, réalisateurs, auteurs, musiciens, responsables de lieux culturels, universitaires et chercheurs. Alain Chabat, Géraldine Nakache, Vincent Elbaz et Ludivine Sagnier figurent parmi les signataires. Le texte a également été approuvé par les réalisateurs Jean-Pierre et Luc Dardenne, le directeur du Festival d’Avignon Tiago Rodrigues, l’écrivaine Marie Darrieussecq, l’historien Patrick Boucheron, la sociologue Eva Illouz et Caroline Darian, fille de Gisèle Pelicot.

« Agresser une DJ juive ne libérera pas la Palestine »

Les signataires commencent par rappeler la légitimité de la défense des Palestiniens. « La défense des droits du peuple palestinien est un combat urgent, légitime et nécessaire », affirment-ils. Ils refusent toutefois que cette cause soit utilisée pour justifier des accusations dirigées contre une personne en raison de son identité, de ses appartenances supposées ou de ses opinions. Selon eux, Barbara Butch a été prise pour cible à travers des représentations antisémites et LGBTphobes anciennes. La tribune dénonce également la désignation publique de membres de minorités comme des adversaires à éliminer de l’espace culturel. Pour ses auteurs, exposer une personne à la vindicte en raison d’une opinion réelle ou supposée ne relève pas du débat démocratique.

Le concert stoppé après des jets de bouteilles

Barbara Butch se produisait samedi soir vers 22h au Cabaret Frappé, festival organisé depuis 25 ans par la Ville de Grenoble. Son DJ set n’a duré qu’une vingtaine de minutes. Environ 150 militants propalestiniens et insoumis étaient présents devant la scène. Des slogans ont été scandés, tandis que des bouteilles en verre et d’autres projectiles ont été lancés en direction de l’artiste. La municipalité a également signalé des actes de sabotage sur les installations électriques, susceptibles de mettre en danger le public, les techniciens et les artistes. Face aux risques, la Ville a décidé d’interrompre la représentation. Barbara Butch a été exfiltrée de la scène. La maire de Grenoble, Laurence Ruffin, a qualifié les faits d’« inacceptables » et annoncé le dépôt d’une plainte contre X. L’adjoint à la culture Alexis Monge a également porté plainte pour intimidation et jets de projectiles.

LFI Grenoble appelait au boycott depuis le mois de mai

La venue de Barbara Butch était contestée depuis plusieurs semaines par l’antenne grenobloise de La France insoumise. Dès le mois de mai, celle-ci avait réclamé un « boycott culturel » de la DJ et demandé à la municipalité de revoir sa programmation. Les militants reprochaient à Barbara Butch d’avoir signé une tribune favorable à la proposition de loi portée par Caroline Yadan contre les nouvelles formes d’antisémitisme. Le texte législatif, aujourd’hui retiré, entendait notamment élargir le champ du délit d’apologie du terrorisme. Ses opposants estimaient qu’il risquait de restreindre la liberté d’expression et d’entretenir une confusion entre les Français juifs et la politique menée par Israël. LFI Grenoble reprochait également à l’artiste son soutien supposé à Israël. Un visuel diffusé par le mouvement représentait Barbara Butch maculée de sang, devant un drapeau aux couleurs LGBT comportant une étoile de David.

Un élu LFI se dit « extrêmement fier » de la manifestation

Présent lors de la mobilisation, l’élu insoumis grenoblois Allan Brunon a défendu l’action menée contre le concert. « On est extrêmement fiers d’avoir participé à cette manifestation pacifique », a-t-il déclaré, assurant qu’aucune violence n’avait été commise. Cette version est contestée par la municipalité, qui a décrit des jets de bouteilles, des projectiles dirigés vers la scène et des dégradations sur les installations électriques. Le coordinateur national de LFI Manuel Bompard a, de son côté, affirmé comprendre qu’une prise de position politique puisse provoquer une protestation, à condition qu’elle demeure pacifique. Il a toutefois jugé les éventuelles insultes « absolument inacceptables ».

Barbara Butch avait regretté son soutien à la proposition Yadan

Avant même le concert, Barbara Butch avait publiquement pris ses distances avec la tribune favorable à la proposition de loi Yadan. « J’ai signé une tribune, je n’aurais pas dû le faire », avait-elle reconnu au mois de mai. Elle avait également dénoncé les amalgames opérés entre la politique israélienne et les personnes juives. Barbara Butch, qui dit subir l’antisémitisme depuis son enfance, avait expliqué être systématiquement mise au pilori malgré ses explications et ses regrets. La DJ est déjà la cible de nombreuses campagnes de cyberharcèlement. Après sa participation à la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Paris en 2024, elle avait reçu des milliers de messages mêlant antisémitisme, lesbophobie et grossophobie.

Une enquête ouverte pour entrave concertée aux libertés

Le parquet de Grenoble a ouvert mardi 21 juillet une enquête pour « délit d’entrave concertée aux libertés ». Les investigations ont été confiées au service local de police judiciaire de Grenoble. Ce délit, qui vise notamment les actions concertées destinées à empêcher l’exercice d’une liberté, est passible d’un an d’emprisonnement. Plusieurs plaintes doivent désormais être examinées, dont celles annoncées par la Ville, l’adjoint à la culture et Barbara Butch.

« La musique s’est arrêtée. On m’a exfiltrée »

Barbara Butch a raconté avoir été accueillie par des cris, des insultes et des projectiles. Elle affirme que des bouteilles en verre ont éclaté sur la scène, à quelques mètres d’elle, avant l’arrêt de la musique et son évacuation. L’artiste et son avocate Audrey Msellati estiment que « l’antisionisme invoqué n’a été, à Grenoble, que le vêtement de l’antisémitisme ». Elles considèrent qu’une limite a été franchie entre la protestation politique et la volonté d’empêcher physiquement une artiste de se produire. Barbara Butch a reconnu avoir eu peur, tout en annonçant son intention de poursuivre son activité. « La justice fera son travail. Les plaintes sont prêtes. Et moi, je remonterai sur scène », a-t-elle assuré.

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