Barbara Butch attaquée à Grenoble : le tract de LFI montrant la DJ maculée de sang au cœur de l’affaire
Barbara Butch attaquée à Grenoble : le tract de LFI montrant la DJ maculée de sang au cœur de l’affaire

Le concert de Barbara Butch au festival Cabaret Frappé, à Grenoble, a été interrompu samedi dernier après seulement 20mn. Plus d’une centaine de manifestants propalestiniens, mobilisés contre la présence de la DJ, ont sifflé l’artiste, scandé des slogans et tenté de couvrir sa musique. Des projectiles ont été lancés vers la scène, notamment des bouteilles en verre. Face aux risques pour l’artiste, le public et les équipes techniques, les organisateurs ont arrêté la prestation et Barbara Butch a été évacuée.  

Un visuel montrant l’artiste couverte de sang

La mobilisation avait été précédée par une campagne réclamant le boycott de Barbara Butch, soutenue depuis le mois de mai par la section grenobloise de La France insoumise. Un visuel publié par LFI Grenoble représente la DJ devant un drapeau LGBT+ frappé d’une étoile de David. Son visage est barré et son corps apparaît maculé de sang.

Le tract la présente comme un « soutien aux génocidaires ». Il lui reproche principalement d’avoir signé une tribune favorable à la proposition de loi portée par la députée Caroline Yadan, destinée à lutter contre les formes renouvelées d’antisémitisme. Le texte a depuis été retiré. Ses opposants estimaient qu’il risquait de restreindre la liberté de critiquer la politique israélienne et de créer une confusion entre les Français juifs et les décisions du gouvernement israélien.  

Barbara Butch avait elle-même pris ses distances avec cette signature en mai. Elle avait reconnu qu’elle n’aurait pas dû apporter son nom à cette tribune, tout en rappelant être confrontée à l’antisémitisme depuis son enfance.  

Des bouteilles lancées vers la scène

Le soir du concert, Barbara Butch monte sur scène peu après 22h20. Les manifestants l’accueillent avec des sifflets, des huées et des cris. Des slogans comme « Free Palestine » et « Barbara Butch, dehors » retentissent devant la scène. Des drapeaux palestiniens sont déployés tandis que plusieurs personnes brandissent des doigts d’honneur.

La DJ et son avocate décrivent des jets de graviers, de cartons, de liquides et de bouteilles en verre. Plusieurs projectiles atteignent la console ou s’écrasent aux pieds de l’artiste. La Ville de Grenoble a également confirmé que des bouteilles et d’autres objets avaient été lancés délibérément vers la scène.  

L’élu insoumis grenoblois Allan Brunon, présent lors de la mobilisation, conteste cette version concernant les projectiles. Il a revendiqué une manifestation pacifique et déclaré être « extrêmement fier » d’y avoir participé. Le coordinateur national de LFI, Manuel Bompard, a lui aussi défendu le principe d’une protestation contre les prises de position politiques d’une artiste, tout en assurant désapprouver tout comportement ayant dépassé le cadre pacifique.  

« J’ai eu peur »

Barbara Butch est sortie de son silence lundi soir dans une tribune cosignée avec son avocate Audrey Msellati. L’artiste y raconte la peur ressentie au moment où les projectiles ont commencé à atteindre la scène.

« Une frontière a été franchie », écrivent les deux femmes. Elles estiment que la contestation politique s’est transformée en intimidation, puis en violence physique. Barbara Butch considère qu’il ne s’agissait plus de discuter ses opinions, mais de l’empêcher de se produire et de la chasser de la scène.

Sur Instagram, la DJ a également écrit : « J’ai eu peur ». Elle a toutefois annoncé qu’elle remonterait sur scène et qu’elle ne renoncerait pas à exercer son métier.  

Sa judéité et son homosexualité visées, affirme l’artiste

Barbara Butch et son avocate établissent un lien direct entre les violences de Grenoble, la campagne de boycott et l’identité de l’artiste. Elles dénoncent notamment l’utilisation de son visage maculé de sang devant une étoile de David intégrée à un drapeau arc-en-ciel.

Pour elles, l’antisionisme avancé pour justifier la mobilisation a servi à désigner personnellement une artiste juive comme responsable de la guerre menée à Gaza. Elles estiment également que son homosexualité, mise en avant dans le tract par le drapeau LGBT+, a été utilisée pour la cibler.

Barbara Butch affirme faire l’objet depuis plusieurs mois d’une campagne destinée à obtenir l’annulation de ses concerts et son exclusion de la vie artistique. Son avocate a annoncé que « les plaintes sont prêtes ».  

Une enquête ouverte par le parquet de Grenoble

La Ville de Grenoble a annoncé le dépôt d’une plainte contre X après l’interruption du spectacle. La maire Laurence Ruffin a dénoncé une stratégie d’intimidation et les violences commises pendant le concert.

Le parquet de Grenoble a ouvert mardi 21 juillet une enquête pour « entrave concertée aux libertés ». Ce délit est passible d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende. Les enquêteurs devront notamment identifier les auteurs des jets de projectiles et déterminer précisément les responsabilités dans l’arrêt du concert.  

Une vague de réactions politiques

Le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a condamné l’interruption du concert et dénoncé une atteinte à la liberté d’expression. Yaël Braun-Pivet, Gabriel Attal et Marine Le Pen ont apporté leur soutien à Barbara Butch en dénonçant des actes antisémites.

À gauche, plusieurs responsables ont également pris leurs distances avec la mobilisation. L’ancienne députée insoumise Clémentine Autain a estimé que les responsables politiques ayant défendu la proposition de loi Yadan devaient être interpellés avant qu’une artiste soit personnellement prise pour cible.

La Licra et plusieurs organisations de lutte contre le racisme ont réclamé que les violences, les menaces et les éventuelles injures antisémites fassent l’objet d’investigations.

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