La primaire de la gauche sociale-démocrate provoque désormais des tensions jusque dans le groupe socialiste à l’Assemblée nationale. Après une attaque de Sacha Houlié contre François Ruffin, Philippe Brun l’a publiquement sommé sur X de supprimer son message, l’accusant de sectarisme. Une passe d’armes révélatrice des profondes divergences qui traversent actuellement la gauche sur l’élargissement de la primaire.
Tout est parti d’un post de François Ruffin, qui a accepté la proposition d’Olivier Faure d’organiser une primaire allant « de Ruffin à Glucksmann ». Le député de la Somme accuse Place publique et une partie du PS d’avoir jusque-là refusé sa participation parce qu’ils auraient « peur » de le voir gagner. Raphaël Glucksmann a depuis fermé la porte à une modification des règles, estimant qu’« on ne change pas les règles en cours de jeu ».
Sacha Houlié, soutien de Raphaël Glucksmann, a alors répliqué frontalement à François Ruffin : « Personne n’a peur de toi François ». Il lui reproche d’être « anticapitaliste », « souverainiste », opposé au nucléaire civil et à la régularisation des travailleurs étrangers, avant de lui demander : « Comment peux-tu prétendre incarner la gauche sociale-démocrate ? » Ce positionnement n’est pas nouveau : Sacha Houlié défend depuis plusieurs mois l’idée que François Ruffin ne fait pas partie du même espace politique que Raphaël Glucksmann.
Philippe Brun : « Supprime »
C’est alors que Philippe Brun, député PS de l’Eure, est intervenu publiquement pour défendre Ruffin. « Supprime », a-t-il lancé à Sacha Houlié. « J’ai dix fois plus de points communs avec Ruffin qu’avec toi et pourtant j’ai voté pour ton adhésion au groupe socialiste, parce que le sectarisme est une chose détestable. On ne rassemblera pas 51 % des Français en vomissant sur Ruffin. »
La remarque est d’autant plus piquante que Sacha Houlié est un ancien macroniste. Après avoir rompu progressivement avec Emmanuel Macron, il a rejoint Place publique puis intégré à l’automne 2025 le groupe Socialistes et apparentés à l’Assemblée nationale, une arrivée qui avait déjà suscité des débats internes.
Le clash illustre deux stratégies désormais concurrentes au sein de la gauche non mélenchoniste : d’un côté, les proches de Raphaël Glucksmann veulent préserver une primaire limitée à l’espace social-démocrate ; de l’autre, des socialistes comme Philippe Brun ou Arthur Delaporte considèrent qu’exclure François Ruffin rendrait impossible un rassemblement suffisamment large pour espérer gagner en 2027.

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