Les cinq candidats de la primaire de la gauche socialiste et démocratique se sont retrouvés jeudi soir sur France 2 et France Inter pour leur deuxième confrontation télévisée. Olivier Faure, Raphaël Glucksmann, Jérôme Guedj, Ségolène Royal et Emmanuel Maurel ont débattu pendant plus de deux heures. Pouvoir d’achat, crise des lycées, Gaza et surtout rapports avec La France insoumise ont fait apparaître plusieurs désaccords à huit jours du premier tour.
La mobilisation des lycéens a ouvert les échanges. Les cinq candidats ont reconnu l’existence d’une colère liée aux conditions d’enseignement tout en condamnant les violences. Jérôme Guedj a parlé d’un « cri pour la défense des services publics », tandis qu’Olivier Faure a appelé à ne pas laisser les débordements occulter les difficultés rencontrées dans les établissements. Raphaël Glucksmann a également défendu un discours de fermeté face aux violences tout en mettant en avant la situation de l’école publique. Ségolène Royal s’est davantage démarquée en demandant aux jeunes d’arrêter de « s’abîmer » dans les affrontements et en critiquant le rôle joué, selon elle, par LFI dans la mobilisation.
Glucksmann contesté sur sa proposition de baisse de la CSG
Sur le pouvoir d’achat, Raphaël Glucksmann a défendu une mesure qui a provoqué l’un des premiers véritables débats économiques de la soirée : diminuer la CSG sur les salaires afin d’augmenter immédiatement le revenu net des travailleurs, en compensant notamment la perte de recettes par une taxation accrue des plus gros héritages. Olivier Faure a contesté la pérennité du financement proposé. Ségolène Royal a jugé « dangereux » de transférer ainsi une partie du financement de la protection sociale vers le budget de l’État, tandis que Jérôme Guedj a mis en garde contre le risque de faire de la Sécurité sociale une variable d’ajustement des politiques salariales.
Les candidats ont également divergé sur la réponse à apporter à la hausse des carburants. Royal et Guedj ont défendu une diminution de la fiscalité, alors que Glucksmann privilégie des aides ciblées sur les ménages qui dépendent réellement de leur voiture. Emmanuel Maurel a insisté sur la nécessité de réduire la dépendance française aux hydrocarbures et proposé une baisse de la TVA sur l’électricité. Sur la fiscalité des plus fortunés, Olivier Faure a de son côté réaffirmé son soutien à la taxe Zucman, tandis que Royal a défendu le rétablissement d’un impôt sur les grandes fortunes.
L’affaire des messages antisémites attribués à Jordan Bardella par Mediapart (que le président du RN conteste et à propos desquels il a annoncé des actions judiciaires) a en revanche suscité une convergence des candidats, qui ont tous vivement mis en cause le responsable du RN. Olivier Faure a estimé que ces révélations le « disqualifiaient », tandis que Ségolène Royal a interrogé sa légitimité à conserver son mandat de député européen. Ces appréciations sont celles des candidats au débat ; l’authenticité et l’attribution des messages restent contestées par Jordan Bardella.
Gaza et LFI font monter la tension
C’est sur Gaza que l’un des échanges les plus tendus de la soirée a opposé directement Olivier Faure à Raphaël Glucksmann. Faure a assumé l’emploi du terme « génocide » et reproché à Glucksmann sa prudence sur cette qualification alors que les deux hommes avaient employé ce mot à propos des Ouïghours. Glucksmann a refusé ce raisonnement et lui a lancé : « Ce que tu fais est largement obscène », avant d’insister sur son opposition à Benyamin Nétanyahou, sa volonté de faire répondre les responsables israéliens de leurs actes et son soutien à une solution à deux États. Jérôme Guedj a lui aussi refusé l’emploi du terme « génocide », tout en condamnant les opérations israéliennes et en défendant la cause palestinienne. Il s’agissait d’un désaccord politique et juridique sur la qualification des faits, et non d’une conclusion judiciaire du débat.
Mais c’est une nouvelle fois la relation avec Jean-Luc Mélenchon et LFI qui a cristallisé la fracture stratégique entre les candidats. Raphaël Glucksmann a exclu une alliance avec les insoumis et accusé Olivier Faure de préparer malgré tout un rapprochement avec eux. Jérôme Guedj a également attaqué le premier secrétaire du PS, lui reprochant une « danse du ventre permanente » avec LFI. Faure a refusé de placer Jean-Luc Mélenchon au centre de sa stratégie et défendu la nécessité de conserver la possibilité de rassemblements à gauche. Ségolène Royal et Emmanuel Maurel ont eux aussi refusé de réduire la stratégie présidentielle à la seule question des relations avec LFI.
À huit jours du premier tour, le deuxième débat a ainsi surtout confirmé plusieurs lignes de fracture déjà apparues lors de la première confrontation : Glucksmann et Guedj défendent une rupture plus nette avec LFI, tandis que Faure refuse de fermer par principe la porte à des convergences à gauche. Sur l’économie, la proposition de Glucksmann concernant la CSG a fourni un nouveau point de désaccord substantiel. Sur l’international, Gaza et la Russie continuent également de distinguer les cinq candidatures. Le premier tour de la primaire se déroulera les 9 et 10 octobre, avant un éventuel second tour les 16 et 17 octobre.
Un dernier débat entre les cinq candidats est prévu dimanche 4 octobre sur BFMTV.

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