Face-à-face particulièrement attendu jeudi soir sur Le Figaro TV. Invitée d’Esprits Libres face à Bruno Le Maire, Sarah Knafo a choisi l’offensive en confrontant l’ancien ministre de l’Économie à son bilan budgétaire. Dette publique, dépenses de l’État, fonction publique, aide au développement : l’eurodéputée Reconquête a utilisé les propositions de son livre Le Casse du siècle pour placer sept années de politique économique à Bercy au centre du débat. Bruno Le Maire lui a répondu en contestant un « réquisitoire » qu’il juge « un peu malhonnête ».
« J’affirme que vous êtes bien sur le banc des accusés, Monsieur Le Maire », lance Sarah Knafo. Elle rappelle que son adversaire a occupé Bercy pendant sept ans et lui reproche la forte augmentation de la dette durant cette période. Sur le montant brut, le constat d’une envolée est incontestable : la dette publique française dépassait 2 260 milliards d’euros fin 2017 et atteignait plus de 3 300 milliards fin 2024. En revanche, attribuer toute cette hausse personnellement à Bruno Le Maire relève de l’argumentation politique de Knafo : la période comprend notamment la crise sanitaire, le « quoi qu’il en coûte » et le choc énergétique.
Fonction publique : Knafo renvoie Le Maire à ses propres propositions
L’un des moments les plus incisifs intervient sur la fonction publique. Sarah Knafo rappelle qu’avant son arrivée à Bercy, Bruno Le Maire avait lui-même défendu la suppression de 500 000 postes de fonctionnaires. Elle lui oppose aujourd’hui son propre projet : supprimer 800 000 postes sur un quinquennat, essentiellement en ne remplaçant pas une partie des départs. « Pourquoi est-ce que vous ne me suivez pas sur cette mesure ? », l’interroge-t-elle, avant de lui reprocher de ne pas avoir appliqué lorsqu’il était au pouvoir une politique comparable à celle qu’il défendait auparavant.
Knafo cherche ainsi à déplacer le débat de la théorie vers la responsabilité de l’exercice du pouvoir. Elle rappelle à Bruno Le Maire qu’il a, au cours de sa carrière gouvernementale et parlementaire, participé à l’élaboration ou au vote de nombreux budgets. Son raisonnement est simple : l’ancien ministre ne peut, selon elle, revenir dans le débat public avec un nouveau programme d’économies sans répondre d’abord de ce qu’il a fait lorsqu’il disposait directement des leviers de Bercy. C’est précisément cette personnalisation du bilan que Bruno Le Maire refuse.
Aide au développement : deux conceptions de la dépense publique
Autre terrain choisi par Sarah Knafo : l’aide publique au développement. Elle défend une réduction importante de ces dépenses et rappelle que l’aide publique au développement nette française représentait près de 14 milliards d’euros en 2023. Son argument est autant budgétaire que politique : elle considère que l’État doit concentrer davantage ses moyens sur les besoins des Français avant de financer des programmes à l’étranger. « Il est immoral de dilapider notre argent à l’autre bout du monde tant qu’il y aura encore un seul sans-abri sur notre sol », affirme-t-elle pendant l’échange.
L’eurodéputée évoque également entre 15 et 20 milliards d’euros d’économies potentielles sur les prestations sociales non contributives versées aux étrangers. Ce chiffrage est celui qu’elle défend et ne peut être présenté comme une estimation administrative consensuelle. Mais la séquence lui permet de préciser la philosophie de son projet : plutôt qu’un gel uniforme de prestations touchant aussi certains publics fragiles, elle veut concentrer les économies sur des dépenses qu’elle juge non prioritaires et réduire parallèlement le périmètre de l’État.
Deux plans d’économies directement confrontés
Sarah Knafo oppose enfin les ordres de grandeur. Elle estime que les propositions avancées par Bruno Le Maire représenteraient environ 30 milliards d’euros d’économies, quand elle défend un plan beaucoup plus important de réduction des dépenses. Elle présente son propre programme comme un plan d’urgence destiné non seulement à ralentir l’endettement, mais aussi à dégager suffisamment de marges pour diminuer les prélèvements. C’est l’un des fils rouges de son livre Le Casse du siècle : dépenser moins pour pouvoir taxer moins, plutôt que chercher principalement de nouvelles recettes.
Bruno Le Maire ne laisse pas passer l’attaque. « La parole est à la défense, je trouve votre réquisitoire un peu malhonnête », réplique-t-il, avant de retourner la question de la fonction publique contre son interlocutrice : « Le premier poste de fonctionnaire qu’on pourrait supprimer, c’est le vôtre à la Cour des comptes. » Il rappelle que Sarah Knafo est en disponibilité de cette institution, tandis que lui affirme avoir démissionné de la haute fonction publique. L’ancien ministre conteste également la manière dont elle lui impute l’évolution de la dette et défend la nécessité de prendre en compte les crises exceptionnelles traversées pendant son passage à Bercy.
Face à l’homme qui a dirigé l’économie française de 2017 à 2024, Sarah Knafo a confronté les propositions actuelles de Bruno Le Maire à ses années d’exercice du pouvoir et défendu une réduction beaucoup plus importante du périmètre de l’État. Bruno Le Maire a, lui, tout au long du débat, contesté cette lecture de son bilan et la responsabilité personnelle que son adversaire cherche à lui attribuer.

Communauté
Commentaires
Écrire un commentaire
Soyez le premier à commenter cet article.