Le secrétaire d’État américain Marco Rubio a prononcé un discours depuis la colline de la Pnyx, haut lieu de la démocratie athénienne, pour exhorter les Européens à renouer avec leurs racines civilisationnelles et à s’aligner sur la vision portée par Washington. Un message qui résonne aussi, de l’autre côté du continent, dans les discours de Moscou.
La colline de la Pnyx, où les citoyens d’Athènes délibéraient sous l’Antiquité, offre une vue directe sur l’Acropole et le Parthénon. C’est ce cadre que Marco Rubio a choisi, le 7 octobre 2026, pour s’adresser à l’Europe. Emmanuel Macron avait emprunté ce même promontoire en 2017 pour plaider une vision continentale. Le secrétaire d’État américain y est venu avec un tout autre message.
Son discours poursuivait deux objectifs distincts. Le premier consistait à inscrire les États-Unis de Donald Trump dans une filiation directe avec la Grèce antique et le christianisme, en revendiquant un héritage à la fois politique, architectural et militaire. Rubio a ainsi évoqué dans le même souffle la guerre menée contre l’Iran et la bataille des Thermopyles, où trois cents Spartiates périrent face aux armées perses, ancêtres de l’Iran actuel. Le second objectif visait l’Europe elle-même : la sommer de sortir de ce que Washington perçoit comme une torpeur idéologique, d’assumer ses racines et de rejoindre un mouvement de réaffirmation de la puissance nationale.
Ce discours n’est pas une improvisation diplomatique. Il s’inscrit dans une ligne constante, formalisée dans la stratégie de sécurité nationale publiée par la Maison Blanche, qui diagnostique un égarement idéologique européen et appelle à en corriger la trajectoire. La tonalité varie selon les porte-voix : plus abrasive lorsque le vice-président J.D. Vance s’exprimait à la conférence de Munich sur la sécurité en 2025, ou quand le secrétaire à la Défense Pete Hegseth sommait les alliés de l’Otan de contribuer davantage à leur propre protection. Rubio, républicain de formation plus classique, enrobe le même fond dans des références historiques et philosophiques qui adoucissent la forme sans en altérer le contenu.
Ce qui frappe, c’est la convergence de surface avec un autre discours, celui que tient la Russie depuis des années. Moscou invoque elle aussi le déclin de l’Europe, qu’elle attribue à l’immigration, au rôle des minorités LGBT et à une déchristianisation supposée du continent. La Grèce, berceau du christianisme orthodoxe, donne à ce thème religieux une résonance particulière dans ce contexte.
Derrière les ornements philosophiques, les enjeux sont concrets et divergents selon l’émetteur. Du côté américain, il s’agit de placer l’Europe en position de suiveur, afin notamment de permettre aux grandes entreprises numériques américaines de s’y déployer sans les contraintes réglementaires que le continent leur impose. Du côté russe, l’objectif est d’affaiblir la cohésion européenne pour tarir le soutien à l’Ukraine et reprendre pied dans ce que le Kremlin considère comme sa zone d’influence historique, des pays d’Europe de l’Est qui ont choisi l’intégration européenne et atlantique depuis la fin de la guerre froide. L’Europe se retrouve ainsi prise entre deux pressions contraires, venues de deux puissances qui partagent un même vocabulaire civilisationnel mais poursuivent des intérêts radicalement opposés.

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