Nouvelle consécration pour la recherche française. Le prix Nobel de chimie 2026 a été attribué ce mercredi 7 octobre au Français Henri Kagan et au Japonais Kenso Soai. L’Académie royale des sciences de Suède récompense leurs travaux sur les « effets non linéaires et l’autocatalyse en synthèse organique asymétrique », des recherches fondamentales pour comprendre et maîtriser la fabrication de molécules chirales.
Henri Kagan, 95 ans, est l’une des grandes figures françaises de la chimie organique. Professeur émérite de l’université Paris-Sud à Orsay et membre de l’Académie des sciences, il a consacré une grande partie de sa carrière à la synthèse asymétrique. Ses travaux ont notamment permis de mieux contrôler la production de molécules pouvant exister sous deux formes qui sont l’image l’une de l’autre dans un miroir, un peu comme une main droite et une main gauche.
Une découverte majeure pour la chimie moderne
Cette propriété, appelée chiralité, est essentielle notamment dans l’industrie pharmaceutique : deux versions apparemment très proches d’une même molécule peuvent produire des effets biologiques très différents. Pouvoir fabriquer sélectivement la bonne forme représente donc un enjeu considérable pour la conception de médicaments et de nombreux composés chimiques.
Henri Kagan avait notamment mis en évidence dans les années 1980 des « effets non linéaires » en catalyse asymétrique. Kenso Soai a ensuite découvert dans les années 1990 une réaction devenue célèbre sous le nom de « réaction de Soai ». Celle-ci présente une propriété spectaculaire d’autocatalyse asymétrique : le produit d’une réaction peut favoriser sa propre formation et amplifier progressivement une orientation chirale. Ces phénomènes intéressent également les chercheurs travaillant sur une question fondamentale : pourquoi les molécules du vivant privilégient-elles généralement une orientation plutôt que son image miroir ?
Henri Kagan, le Nobel attendu depuis vingt-cinq ans
La récompense revêt une dimension particulière pour le chercheur français. Henri Kagan avait déjà été considéré comme l’un des grands oubliés du prix Nobel de chimie en 2001. Cette année-là, le prix avait récompensé William Knowles, Ryōji Noyori et Barry Sharpless pour leurs travaux sur la catalyse asymétrique. L’absence du Français, pourtant considéré comme l’un des pionniers du domaine, avait provoqué une importante polémique au sein de la communauté scientifique française.
Vingt-cinq ans plus tard, l’Académie royale des sciences de Suède consacre donc finalement Henri Kagan, mais pour une contribution complémentaire à cette même grande révolution de la chimie asymétrique. Le Français partage son prix avec Kenso Soai, dont les expériences sur l’autocatalyse sont devenues une référence internationale et continuent d’alimenter les recherches sur l’origine de l’asymétrie moléculaire du vivant.
Les deux chercheurs se partageront la récompense de 12 millions de couronnes suédoises, soit un peu plus d’un million d’euros. La remise officielle du prix aura lieu le 10 décembre à Stockholm, date anniversaire de la mort d’Alfred Nobel. Pour Henri Kagan, cette distinction vient surtout couronner plusieurs décennies de recherches qui ont profondément marqué la chimie organique moderne.

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