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Diesel russe et trêve énergétique : Washington bouscule ses alliés ukrainiens et européens

Diesel russe et trêve énergétique : Washington bouscule ses alliés ukrainiens et européens
Diesel russe et trêve énergétique : Washington bouscule ses alliés ukrainiens et européens

Donald Trump a annoncé un accord permettant l’importation de diesel russe aux États-Unis, assorti d’un allègement temporaire des sanctions contre Moscou. Une décision qui suscite l’incompréhension à Kiev et dans les capitales européennes, et que des experts jugent surtout dictée par le calendrier électoral américain.

Le week-end dernier a marqué un tournant dans la posture américaine vis-à-vis du conflit ukrainien. Donald Trump a d’abord annoncé un accord commercial prévoyant l’achat de diesel russe par les États-Unis, impliquant une levée temporaire de certaines sanctions imposées à Moscou. Il a ensuite évoqué une « trêve énergétique » entre la Russie et l’Ukraine, présentée comme déjà convenue. Kiev a démenti avoir été consulté sur ce point, tout en se disant prêt à suspendre ses frappes contre les infrastructures énergétiques russes à condition que Moscou fasse de même.

Pour Carlo Masala, spécialiste des questions de sécurité à l’Université de la Bundeswehr à Munich, ces deux annonces révèlent une priorité claire : « Trump ne s’intéresse pas du tout au soutien à l’Ukraine. La politique intérieure américaine et les relations avec la Russie comptent bien davantage à ses yeux. » Le chercheur estime que le président américain cherche à peser sur les élections de mi-mandat du 3 novembre, lors desquelles l’ensemble des sièges de la Chambre des représentants et une partie du Sénat seront renouvelés. Les sondages suggèrent que le Parti républicain pourrait perdre sa majorité dans les deux chambres, dans un contexte où les prix élevés du carburant pèsent sur l’opinion.

L’effet concret de ces importations de diesel russe sur les prix à la pompe est pourtant jugé négligeable par les observateurs. Thomas Jäger, politologue à l’Université de Cologne, a indiqué que « le volume est si faible qu’il n’aura absolument aucun effet sur les prix ». Les livraisons prévues avant les élections ne couvriraient même pas la consommation américaine d’une seule journée. Pour ce spécialiste, l’objectif de Trump est avant tout narratif : montrer aux électeurs qu’il agit sur un problème qui les préoccupe.

La principale inquiétude de Kiev et des pays européens porte sur le financement de l’effort de guerre russe par les revenus tirés de ces ventes. Carlo Masala tempère néanmoins cette crainte : il ne prévoit « aucun effet militaire positif concret » pour la Russie. Il rappelle que Washington avait déjà suspendu temporairement des sanctions sur les exportations pétrolières russes en mars dernier, sans que cela ne modifie la situation sur le front du Donbass. « Malgré les ressources dont elle dispose, la Russie n’a pas de stratégie militaire pour progresser davantage. L’enjeu est surtout politique et symbolique : les Américains négocient des accords séparés avec les Russes aux dépens de l’Ukraine », souligne-t-il.

Une autre source d’inquiétude concerne le partage du renseignement. Washington aurait menacé de suspendre la transmission d’informations à l’Ukraine et de bloquer le programme PURL, par lequel des pays européens achètent des armes américaines pour les livrer à Kiev, si l’Ukraine ne cessait pas ses frappes contre les raffineries russes. Carlo Masala qualifie de « dramatiques » les conséquences d’une telle décision, tout en notant que le renseignement français pourrait partiellement compenser cette perte. Paris fournit déjà des données permettant à l’armée ukrainienne de mener des frappes en territoire russe avec des systèmes d’armes français, même si ce renseignement reste « moins exhaustif que le renseignement américain ».

Sur le plan législatif, l’accord sur le diesel se heurte à des obstacles juridiques bipartisans. Une loi adoptée cet été, baptisée « loi Lindsey Graham » du nom de son parrain républicain au Congrès, a été promulguée par Trump lui-même en septembre. Elle donne au président un large éventail d’outils pour sanctionner des responsables russes, des oligarques, des institutions financières ou encore la flotte fantôme utilisée pour contourner les restrictions pétrolières. Des sénateurs républicains et démocrates ont conjointement qualifié l’accord diesel d’illégal, exigeant que le gouvernement « corrige immédiatement » sa décision. L’ancien diplomate américain Daniel Fried estime que ces textes constituent des « barrières solides, sinon absolues, contre des idées aussi mauvaises qu’un accord unilatéral et non réciproque sur le diesel avec la Russie ».

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