La crise des lycées se poursuit ce vendredi. Selon le gouvernement, 141 établissements restent fermés en France, tandis que le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, a lancé un plan d’urgence pour mobiliser 3 024 professeurs remplaçants. Le dernier bilan judiciaire révèle également l’ampleur des troubles : 6 877 personnes ont été placées en garde à vue depuis le début du mouvement, dont 86% de mineurs. Les organisations lycéennes et étudiantes appellent déjà à une nouvelle mobilisation nationale mardi 13 octobre.
141 lycées toujours fermés, mais plus de 96% des établissements ouverts
Le ministère de l’Éducation nationale a annoncé vendredi matin que 141 lycées demeuraient fermés en raison des blocages et des perturbations provoqués par le mouvement de contestation. Sur les quelque 3 700 lycées que compte la France, moins de 4% sont donc totalement fermés. Jeudi, le gouvernement avait recensé 157 établissements fermés.
La situation reste cependant perturbée dans plusieurs régions. À la mi-journée, l’Île-de-France comptait encore 55 lycées affectés par le mouvement, dont 15 avaient subi des dégradations. La région évalue désormais les dégâts à 7 millions d’euros, un montant encore susceptible d’augmenter.
Le mouvement, parti mi-septembre de la région parisienne, s’est progressivement étendu à l’ensemble du territoire. Les revendications concernent notamment les absences non remplacées des enseignants, l’état des établissements, les effectifs des classes, les programmes scolaires et le fonctionnement de Parcoursup.
Les 3 024 professeurs promis par le gouvernement sont en cours d’affectation
Invité du journal de 20 heures de TF1 jeudi soir, Édouard Geffray a annoncé la mobilisation de 3 024 professeurs remplaçants actuellement sans affectation devant des élèves. Leur déploiement doit commencer ce vendredi et se poursuivre au début de la semaine prochaine, jusqu’au mardi 13 octobre.
Le ministre a expliqué que l’administration avait identifié 114 lycées dans une situation particulièrement critique et environ 400 autres établissements rencontrant d’importantes difficultés. Ces lycées doivent bénéficier en priorité des nouvelles affectations.
Vendredi matin, Édouard Geffray a confirmé que les enseignants concernés n’avaient pas encore tous reçu leur affectation : « Ces 3 000 professeurs sont en train d’être contactés. Ils vont connaître progressivement leur affectation en début de journée ou la semaine prochaine. »
L’Éducation nationale utilise un nouvel outil informatique intégrant des fonctionnalités d’intelligence artificielle pour faciliter les affectations et mieux prendre en compte les distances entre le domicile des enseignants et les établissements. Le dispositif doit permettre d’utiliser plus rapidement les personnels disponibles.
Le gouvernement annonce également le recrutement de plusieurs centaines de contractuels supplémentaires. À partir de la rentrée de la Toussaint, des centaines de milliers d’heures doivent être attribuées dans le cadre du pacte enseignant pour renforcer les remplacements de courte durée assurés par les professeurs déjà présents dans les établissements.
Près de 6 900 gardes à vue et 2 376 personnes poursuivies
Le ministère de la Justice a communiqué vendredi un nouveau bilan des procédures engagées depuis le début de la mobilisation. Au total, 6 877 personnes ont été placées en garde à vue, dont 5 890 mineurs, soit 86% des personnes concernées. Ces chiffres ont été arrêtés jeudi 8 octobre à 17h.
Parmi les personnes interpellées, 2 376 font l’objet de poursuites judiciaires, dont 1 923 mineurs et 453 majeurs. Le ministère précise que 1 547 personnes ont été déférées devant la justice, parmi lesquelles 1 239 mineurs. Vingt et une personnes ont été placées en détention provisoire, dont 6 mineurs.
En parallèle, 1 897 mesures alternatives aux poursuites ont été décidées, dont 1 708 concernant des mineurs. Les autorités entendent poursuivre les procédures contre les auteurs de violences et de dégradations commises aux abords des établissements.
Dès le début du mois d’octobre, 824 interpellations avaient été recensées en Île-de-France, dont une majorité de mineurs. Plusieurs incidents avaient également été signalés, notamment un proviseur aspergé d’essence à La Ciotat et un policier roué de coups à Belfort.
Édouard Geffray annonce que 100 personnels de lycées ont été blessés
En déplacement vendredi matin dans un lycée de Cachan, dans le Val-de-Marne, le ministre de l’Éducation nationale a fait état de 100 personnels de lycées blessés depuis le début des manifestations.
Il a rencontré les équipes pédagogiques d’un établissement ayant subi d’importantes dégradations. Le ministre a également évoqué la situation d’un lycée de Lormont, près de Bordeaux, endommagé alors que 700 élèves se trouvaient à l’intérieur.
Édouard Geffray a déploré les conséquences de ces violences sur la scolarité des jeunes : « Des dizaines de milliers d’élèves ont été privés d’enseignement parce que leur bâtiment a subi des violences. »
Le ministre a néanmoins reconnu la légitimité de plusieurs préoccupations exprimées par les lycéens, notamment concernant les bâtiments scolaires, la charge des programmes et les remplacements. Il a qualifié la mobilisation de « mouvement d’éveil de la conscience politique de la jeunesse », tout en mettant en garde contre les tentatives de récupération politique.
Cinq enquêtes de l’IGPN ouvertes sur des violences policières présumées
La réponse des forces de l’ordre fait également l’objet de procédures judiciaires. Vendredi, le parquet de Paris a annoncé l’ouverture d’une nouvelle enquête après la diffusion d’une vidéo semblant montrer un policier porter un coup de genou à un manifestant.
L’enquête, confiée à l’Inspection générale de la police nationale (IGPN), porte sur des faits de violence présumée par une personne dépositaire de l’autorité publique ayant entraîné une incapacité totale de travail supérieure à huit jours.
Le parquet de Paris a désormais confié cinq enquêtes à l’IGPN concernant des violences policières présumées dans le cadre des mobilisations lycéennes. Ces investigations doivent permettre d’établir les circonstances des faits et les responsabilités éventuelles.
De son côté, la secrétaire générale de la CFDT, Marylise Léon, a exprimé vendredi son inquiétude concernant les blessures graves subies par certains manifestants. Elle a notamment dénoncé les conséquences de l’utilisation de grenades assourdissantes, après qu’un adolescent de 15 ans a perdu une main.
La CFDT juge les 3 000 professeurs insuffisants
Les premières réactions syndicales aux annonces gouvernementales restent réservées. Invitée de Franceinfo vendredi matin, Marylise Léon a salué une première réponse aux difficultés de remplacement, mais jugé les moyens annoncés « largement en deçà de ce qui est attendu ».
Les organisations lycéennes réclament des créations de postes pérennes, des moyens supplémentaires pour les établissements et une amélioration des conditions d’enseignement. Elles dénoncent également les inégalités d’accès aux formations supérieures.
La mobilisation a gagné plusieurs établissements universitaires. Vendredi matin, les forces de l’ordre sont notamment intervenues pour lever un blocage de l’université Paris-Panthéon-Assas, la préfecture de police invoquant des risques d’incendie et d’affrontements entre groupes opposés.
Parcoursup : le gouvernement refuse sa suppression mais promet des changements
Le fonctionnement de Parcoursup constitue une autre revendication importante du mouvement. Plusieurs organisations demandent la suppression de la plateforme, qu’elles accusent de renforcer les inégalités entre les candidats.
Interrogé vendredi matin sur Franceinfo, le ministre de l’Enseignement supérieur, Philippe Baptiste, a rejeté cette perspective. Il a qualifié les demandes de suppression de démagogiques, tout en reconnaissant la nécessité de faire évoluer le dispositif avec « plus de lisibilité, plus de transparence ».
Les ministres de l’Éducation nationale et de l’Enseignement supérieur doivent recevoir lundi 12 octobre les représentants des lycéens pour poursuivre les discussions. Les capacités d’accueil dans l’enseignement supérieur et les critères d’admission devraient notamment être abordés.
66 000 contributions recueillies, le budget 2027 mis à contribution
Le gouvernement a également lancé une consultation nationale sur la plateforme Agora, destinée à recueillir les revendications et les propositions des lycéens. Jeudi soir, Édouard Geffray a annoncé que 66 000 contributions avaient été enregistrées en trois jours.
Le ministre a promis d’examiner les difficultés signalées par les élèves dans leurs établissements respectifs et de préparer des réponses à l’échelle nationale. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a confirmé que certaines propositions pourraient être intégrées au projet de loi de finances pour 2027, notamment pour améliorer les remplacements d’enseignants.
Les mesures annoncées jeudi soir représenteraient plusieurs dizaines de millions d’euros. Leur mise en œuvre dépendra notamment de la disponibilité effective des personnels, des recrutements supplémentaires et des moyens budgétaires qui seront débloqués.
Une cinquième journée nationale de mobilisation annoncée mardi 13 octobre
Malgré les annonces gouvernementales, les organisations lycéennes, étudiantes et syndicales maintiennent leur appel à une nouvelle journée de manifestations et de grève mardi 13 octobre.
Jeudi, la quatrième journée nationale de mobilisation avait rassemblé 71 500 manifestants dans toute la France, dont 24 500 à Paris, selon le ministère de l’Intérieur. Quelque 55 000 jeunes avaient également participé à des actions devant les établissements scolaires, certains rejoignant ensuite les cortèges.
La réunion prévue lundi entre le gouvernement et les représentants des lycéens sera donc déterminante pour la suite des discussions. Les premiers enseignants remplaçants doivent prendre leurs fonctions dans les établissements prioritaires d’ici mardi, tandis que les organisations mobilisées attendent des engagements supplémentaires sur les moyens de l’Éducation nationale et l’avenir de Parcoursup.
Au vendredi 9 octobre à la mi-journée, 141 lycées restent fermés en France. Le gouvernement engage les premières affectations des 3 024 enseignants remplaçants, alors que la mobilisation se poursuit et qu’une nouvelle journée nationale d’action est programmée pour le 13 octobre.

Réagir à l’article
Soyez le premier à commenter cet article.