Les circonstances de la terrible blessure d’un lycéen de 15 ans devant le lycée Auguste-Béhal de Lens sont toujours au cœur de l’enquête. L’adolescent, amputé de la main gauche après l’explosion d’une grenade utilisée par les forces de l’ordre lundi 5 octobre, aurait été aperçu en train de se pencher en direction de l’engin quelques instants avant la détonation. Un élément potentiellement important, mais qui ne permet pas, à lui seul, d’affirmer qu’il a effectivement ramassé la grenade. L’IGPN décortique actuellement les vidéos.
Cette nouvelle pièce pourrait permettre aux enquêteurs de préciser la chronologie des quelques secondes précédant l’explosion. Jusqu’ici, deux versions s’opposent : celle selon laquelle l’adolescent aurait saisi une grenade au sol et celle de plusieurs témoins, reprise par sa mère, affirmant qu’il aurait été directement atteint par l’engin.
Une vidéo scrutée pour comprendre les dernières secondes avant l’explosion
Le drame s’est produit lundi matin aux abords du lycée professionnel Auguste-Béhal, à Lens. Plusieurs centaines de jeunes étaient alors rassemblés dans le cadre de la mobilisation lycéenne. Des projectiles ont été lancés vers les forces de l’ordre et des poubelles incendiées. Après des sommations, les CRS ont utilisé plusieurs types de grenades.
Dans les premières heures suivant les faits, l’hypothèse d’une grenade ramassée par le garçon a rapidement circulé. Une source policière indiquait que « l’accident s’est produit après que l’adolescent a ramassé une grenade ». Des témoignages recueillis sur place ont ensuite contredit cette version, certains élèves affirmant que l’engin était arrivé directement au niveau de sa main.
Le procureur de la République de Béthune, Étienne Thieffry, s’était donc refusé à trancher : « Je ne suis pas en mesure de dire formellement si le lycéen a ramassé la grenade ou si elle a été jetée sur lui. »
La vidéo désormais examinée apporte un élément supplémentaire. Le garçon y apparaîtrait en train de se pencher en direction de l’endroit où se trouve l’engin avant l’explosion. La seule posture du lycéen ne permet toutefois pas d’établir ce qu’il fait exactement : se pencher vers la grenade n’est pas nécessairement la saisir. L’exploitation image par image de la vidéo et son rapprochement avec les autres enregistrements disponibles seront donc déterminants.
Sa mère affirme : « Mon fils n’a pas ramassé la grenade à terre »
Cette possible nouvelle lecture des images arrive quelques heures après la prise de parole de la mère de l’adolescent. Comme nous l’expliquions dans notre article consacré au témoignage de la mère du lycéen amputé, elle rejette catégoriquement la thèse d’un engin volontairement ramassé par son fils.
« Beaucoup de mensonges circulent, mon fils n’a pas ramassé la grenade à terre », a-t-elle déclaré. Elle a également annoncé son intention de porter plainte et décrit les conséquences irréversibles de l’explosion : « On lui a volé sa vie. C’est terminé, il n’a plus de main. »
L’adolescent a subi une lourde opération. Sa main gauche a dû être amputée. Il souffre également de blessures à la main droite, au visage et au thorax. Son pronostic vital n’est pas engagé.
L’IGPN doit déterminer le geste exact du lycéen
L’enquête confiée à l’IGPN pour « violences ayant entraîné une mutilation ou une infirmité permanente » doit désormais confronter les différentes vidéos, les témoignages, les constatations effectuées sur place et les conditions dans lesquelles les forces de l’ordre ont utilisé leurs grenades.
Notre premier article sur le drame drame de Lens faisait déjà état de cette contradiction. Une lycéenne présente à proximité affirmait : « Il ne l’a pas ramassée, il l’a reçue sur sa main. » Les premiers éléments de l’enquête évoquaient au contraire une grenade saisie après son lancement.
La nature exacte de la munition doit également être définitivement établie. Des éléments recueillis depuis le drame orientent les investigations vers une GM2L, une grenade à effet lacrymogène et sonore. Le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a annoncé ce mercredi la suspension, à titre conservatoire, de l’utilisation des grenades assourdissantes dans le cadre du mouvement lycéen.
La vidéo pourrait devenir une pièce déterminante de l’enquête
L’existence d’images montrant l’adolescent dans les secondes précédant l’explosion change surtout la possibilité de reconstituer matériellement la scène. Les enquêteurs devront établir où la grenade est tombée, combien de temps s’est écoulé avant la détonation, la position du garçon et, surtout, s’il existe des images permettant de voir un éventuel contact avec l’engin.
À ce stade, il serait donc prématuré d’affirmer que la vidéo prouve que le lycéen a ramassé la grenade. Elle pourrait en revanche permettre de départager les versions contradictoires qui circulent depuis lundi. Deux jours après l’explosion qui a coûté sa main gauche à un adolescent de 15 ans, les quelques secondes précédant la détonation sont désormais au centre de l’enquête.

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