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Allemagne : la démission de la ministre du Travail révèle les fractures de la coalition gouvernementale

Allemagne : la démission de la ministre du Travail révèle les fractures de la coalition gouvernementale
Allemagne : la démission de la ministre du Travail révèle les fractures de la coalition gouvernementale

La démission de Bärbel Bas, ministre du Travail et coprésidente du SPD, a mis en lumière les tensions profondes qui traversent la coalition entre sociaux-démocrates et conservateurs. Friedrich Merz tente de stabiliser un gouvernement fragilisé par des défaites électorales et des querelles internes.

C’est une annonce qui a pris de court la classe politique allemande. Lundi matin, Bärbel Bas a rendu publique sa démission du poste de ministre fédérale du Travail et de la coprésidence du Parti social-démocrate (SPD). Dans une lettre adressée aux membres du parti, elle a invoqué le deuil consécutif au décès de sa belle-fille, tout en pointant « les attaques publiques » dont elle a été la cible, y compris, a-t-elle précisé, de la part de membres du partenaire de coalition.

La pression sur Bas s’était en effet considérablement intensifiée ces dernières semaines. La coalition attendait du ministère du Travail des projets de loi structurants, notamment sur la réforme du système de retraite par répartition. Une commission avait pourtant remis, dès avant la pause estivale de juillet, des propositions détaillées que le SPD et les conservateurs de la CDU/CSU souhaitaient voir rapidement traduites en textes législatifs. Aucun projet finalisé n’avait été présenté à ce jour.

Les critiques avaient franchi un cap en septembre, lorsque Christian von Stetten, représentant des entreprises de taille intermédiaire au sein du groupe parlementaire CDU/CSU, avait jugé la ministre « indéfendable », l’accusant de bloquer des réformes jugées urgentes. En octobre, la ministre de l’Économie Katherina Reiche avait exigé que la réforme des retraites soit adoptée avant la fin de l’année, réclamant le dépôt « rapide » du projet de loi, alors même que la situation personnelle difficile de sa collègue était connue.

Le vice-chancelier et ministre des Finances Lars Klingbeil, qui codirige le SPD avec Bas, a vivement réagi à ces attaques, les qualifiant de « honteuses ». Devant la presse à Berlin, il a appelé l’ensemble des responsables politiques du centre à réfléchir à ce qui s’était passé ces dernières semaines, avertissant que de tels comportements risquaient de « détruire les bonnes personnes en politique ».

Alexander Schweitzer, ancien ministre-président de Rhénanie-Palatinat et ancien ministre du Travail de ce même Land, a été désigné pour succéder à Bärbel Bas. Le chancelier Friedrich Merz a dit faire confiance à l’expérience de Schweitzer pour assurer « une bonne coopération au sein du gouvernement fédéral » et a exprimé l’espoir que les projets législatifs en suspens soient rapidement soumis au cabinet. Merz a par ailleurs réfuté les accusations de Bas à son encontre, affirmant lui avoir explicitement conseillé de prendre le temps nécessaire pour faire son deuil.

La démission de Bas laisse Klingbeil seul à la tête du SPD. Un congrès du parti devrait être convoqué en décembre ou en janvier pour élire une nouvelle direction, et rien ne garantit que Klingbeil se représente, son dernier score lors de sa réélection à la présidence du parti ayant été particulièrement décevant.

La coalition traverse une crise de confiance plus large. CDU et SPD accumulent les mauvais résultats dans les sondages et les défaites électorales. En septembre, la CDU a subi une défaite historique en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, perdant pour la première fois de son histoire toute représentation dans un parlement régional. Aucune des grandes réformes engagées, qu’il s’agisse de la fiscalité sur l’électricité, d’une taxe sur le sucre, des retraites ou du marché du travail, n’a pu avancer sans déclencher de vives controverses publiques.

Réunis en séminaire à huis clos dimanche et lundi, les dirigeants de la CDU ont adopté un document de quatre pages marquant un recadrage programmatique. Le parti entend désormais mettre davantage l’accent sur les questions sociales : logement abordable, baisse du prix de l’électricité, amélioration de l’accès aux soins et reconnaissance des efforts des citoyens tout au long de leur vie. Ce tournant est interprété comme une réponse aux critiques selon lesquelles la CDU s’était trop concentrée sur les questions économiques et réglementaires.

Merz a reconnu que les électeurs ont le sentiment que leurs difficultés et leurs craintes de déclassement social ne sont pas prises au sérieux. « Nous devons sortir de ce marasme et d’une crise de confiance », a-t-il déclaré, tout en admettant qu’on ne réinvente pas un parti en un week-end. Il a également annoncé une baisse de la taxe sur l’électricité pour tous les ménages, une promesse formulée avant les législatives de 2025 mais restée lettre morte depuis lors.

Malgré les tensions, ni Merz ni Klingbeil ne semblent envisager de rupture de la coalition. Les deux partis savent que des élections anticipées profiteraient avant tout à l’Alternative pour l’Allemagne (AfD), qui domine actuellement les sondages à l’échelle nationale. La stabilité gouvernementale est également présentée comme une nécessité sur le plan international, le chancelier ayant rappelé, à l’issue de sa récente visite en Ukraine, que l’Allemagne devait rester « capable d’agir sur la scène internationale ».

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