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Eramet : l’AMF autorise l’État à prendre le contrôle du capital sans lancer d’OPA

Eramet : l’AMF autorise l’État à prendre le contrôle du capital sans lancer d’OPA
Eramet : l’AMF autorise l’État à prendre le contrôle du capital sans lancer d’OPA

L’État français franchit une étape décisive dans le sauvetage d’Eramet. L’Autorité des marchés financiers (AMF) a accordé, lundi 26 octobre 2026, une dérogation permettant à l’État d’augmenter considérablement sa participation dans le groupe minier sans être contraint de lancer une offre publique d’achat (OPA). Cette décision intervient alors que l’entreprise, fragilisée par ses pertes financières et son endettement, prépare une augmentation de capital de 500 millions d’euros d’ici la fin de l’année. L’objectif est de renforcer ses fonds propres, sécuriser son financement et préserver les activités d’un acteur stratégique pour l’approvisionnement français en métaux critiques. L’État doit devenir très largement le premier actionnaire d’Eramet, sans toutefois détenir la majorité absolue de son capital.

L’AMF justifie cette décision exceptionnelle par les difficultés financières rencontrées par Eramet. Selon le régulateur boursier, l’entreprise pourrait éprouver d’importantes difficultés à refinancer sa dette si l’augmentation de capital prévue n’était pas réalisée. La continuité de son activité pourrait même être compromise. Le groupe a enregistré une perte nette de 477 millions d’euros en 2025, dans un contexte de recul des cours de plusieurs matières premières, notamment le manganèse et le nickel. Cette dégradation de ses résultats a accentué les tensions sur sa situation financière et rendu nécessaire une intervention de ses principaux actionnaires. En principe, la réglementation française impose à un investisseur de déposer une offre publique lorsqu’il franchit le seuil de 30 % du capital ou des droits de vote d’une société cotée. L’AMF peut toutefois accorder des dérogations dans certaines circonstances, notamment lorsqu’une entreprise rencontre des difficultés financières avérées. C’est ce mécanisme qui doit permettre à l’État de renforcer sa présence au capital d’Eramet sans avoir à proposer le rachat des titres détenus par l’ensemble des actionnaires.

Un investissement stratégique pour sécuriser les métaux critiques

L’opération repose sur une augmentation de capital de 500 millions d’euros, annoncée en février et confirmée en octobre par Eramet. L’État interviendra par l’intermédiaire de l’Agence des participations de l’État (APE), qui détient actuellement 27,1 % du capital du groupe. Il doit souscrire à l’augmentation de capital à hauteur de sa participation actuelle, puis acquérir tout ou partie des droits préférentiels de souscription détenus par Sorame-CEIR, la structure représentant les intérêts de la famille Duval. Ce montage permettra à l’État de devenir le principal actionnaire, tout en maintenant ses droits de vote effectifs sous le seuil de 49 % et sa participation au capital sous celui de 50 %. Un nouvel accord entre les principaux actionnaires doit accompagner cette évolution. Au-delà du soutien financier immédiat, l’intervention publique répond à un enjeu industriel majeur. Eramet produit notamment du manganèse, utilisé dans la fabrication d’alliages métalliques, du nickel, indispensable à certains aciers inoxydables et batteries, ainsi que des sables minéralisés. Depuis la fin de l’année 2024, le groupe s’est également positionné sur la production de lithium, une matière première essentielle pour les batteries des véhicules électriques. Dans un contexte de concurrence internationale pour l’accès aux ressources minières, les autorités françaises souhaitent préserver les capacités industrielles et les positions stratégiques de l’entreprise.

Le feu vert de l’AMF ne signifie toutefois pas que les difficultés d’Eramet sont résolues. L’augmentation de capital doit encore être réalisée, dans des conditions dépendant notamment de l’évolution des marchés financiers et des dernières étapes réglementaires. Le groupe devra parallèlement poursuivre son plan d’amélioration opérationnelle, baptisé ReSolution, ainsi que les opérations de valorisation ou de cession de certains actifs destinées à renforcer sa trésorerie. L’entreprise reste particulièrement exposée aux fluctuations des prix internationaux des matières premières, qui peuvent modifier rapidement sa rentabilité. Ses prochains résultats financiers seront donc examinés avec attention par les investisseurs, notamment ceux du troisième trimestre, attendus jeudi 29 octobre. Pour l’État, cette intervention représente un engagement important dans une entreprise dont les activités dépassent les seuls enjeux financiers. La sécurisation des approvisionnements en métaux critiques est devenue une priorité industrielle en Europe, en raison de leur rôle dans la transition énergétique, l’électronique et certaines technologies de défense. En devenant le premier actionnaire d’Eramet, la puissance publique entend préserver un acteur majeur de cette chaîne d’approvisionnement. Mais la réussite de l’opération dépendra aussi de la capacité du groupe à réduire son endettement, améliorer ses performances et retrouver durablement le chemin de la rentabilité.

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