Commander sur Shein, Temu ou AliExpress pourrait bientôt coûter davantage aux consommateurs européens. À compter du dimanche 1er novembre 2026, l’Union européenne prévoit d’appliquer de nouveaux « frais de traitement » aux marchandises achetées en ligne et expédiées depuis des pays extérieurs à l’UE. Fixée à 2 euros par catégorie de produits selon les informations publiées sur le dispositif, cette redevance viendra s’ajouter au droit de douane forfaitaire de 3 euros déjà en vigueur depuis le 1er juillet sur les petits colis d’une valeur inférieure ou égale à 150 euros. Pour ces commandes, les prélèvements pourraient ainsi atteindre 5 euros par catégorie de marchandises. Si ces frais doivent être acquittés par les professionnels, leur répercussion sur les prix de vente pourrait se faire sentir rapidement dans le portefeuille des consommateurs.
La nouvelle mesure ne concerne pas uniquement les plateformes chinoises, même si celles-ci figurent parmi les principales entreprises visées par la réforme. Tous les achats effectués à distance et expédiés depuis un pays extérieur à l’Union européenne peuvent entrer dans le champ de cette redevance, quelle que soit la valeur des marchandises. Contrairement à ce que pourrait laisser penser l’expression « taxe sur les petits colis », le calcul ne repose pas simplement sur le nombre de paquets reçus. Les frais sont appliqués en fonction des catégories douanières de produits contenues dans un même envoi. Ainsi, un colis contenant plusieurs tee-shirts relevant d’une seule catégorie entraînerait 2 euros de frais de traitement. En revanche, une commande réunissant un pantalon, une paire de chaussures et une montre pourrait donner lieu à 6 euros de frais, correspondant à trois catégories distinctes. Pour les colis dont la valeur ne dépasse pas 150 euros, il faut également ajouter le droit de douane forfaitaire de 3 euros par catégorie, appliqué depuis juillet. Dans cet exemple, les prélèvements pourraient donc atteindre 15 euros au total, avant prise en compte des autres éléments de taxation. La TVA reste par ailleurs applicable aux achats importés, comme c’est déjà le cas depuis la suppression de l’exonération sur les petits envois en juillet 2021. La nouvelle redevance ne doit cependant pas apparaître systématiquement comme une ligne supplémentaire sur la facture du consommateur : elle est destinée à être payée par les plateformes, les vendeurs ou les intermédiaires responsables de l’importation.
Une mesure destinée à contrôler l’explosion des colis venus de Chine
L’Union européenne justifie cette réforme par l’augmentation spectaculaire du nombre de petits colis importés, principalement depuis l’Asie. Selon les données européennes, près de 5,9 milliards d’articles de faible valeur sont entrés sur le marché communautaire en 2025. Une très large majorité provenait de Chine, notamment par l’intermédiaire des plateformes de commerce électronique proposant des produits à bas prix. Cet afflux représente un défi considérable pour les administrations douanières, chargées de vérifier la conformité des marchandises, de lutter contre les contrefaçons et d’empêcher l’entrée de produits dangereux ou ne respectant pas les normes européennes. Les frais de traitement doivent contribuer au financement de ces contrôles, qui mobilisent des moyens humains, informatiques et logistiques importants. Bruxelles souhaite également corriger les déséquilibres de concurrence entre les commerçants européens, soumis à de nombreuses obligations réglementaires, et certains vendeurs établis hors de l’Union. La réforme prévoit ainsi de responsabiliser davantage les plateformes dans les formalités douanières et le paiement des droits. Les entreprises qui ne respecteraient pas leurs obligations pourraient être sanctionnées. En France, cette évolution intervient après la suspension, le 1er juillet dernier, de la taxe nationale de 2 euros sur les petits colis, instaurée quatre mois auparavant. Le gouvernement avait alors choisi de laisser place au dispositif européen de 3 euros afin d’éviter la coexistence de deux mécanismes comparables.
Pour les consommateurs, les conséquences dépendront essentiellement des décisions commerciales prises par les plateformes. Certaines pourraient absorber une partie des nouveaux frais afin de conserver des prix attractifs, tandis que d’autres pourraient augmenter leurs tarifs ou modifier leurs conditions de livraison. Les commandes composées de plusieurs catégories de produits risquent d’être particulièrement concernées, puisque le montant des prélèvements augmente avec la diversité des marchandises présentes dans un même envoi. Les vendeurs pourraient également adapter leur organisation logistique, notamment en regroupant certaines expéditions ou en développant leurs stocks dans des entrepôts situés au sein de l’Union européenne. Cette nouvelle étape s’inscrit dans une réforme plus vaste du système douanier européen. Le droit forfaitaire de 3 euros, actuellement appliqué aux petits colis, constitue une mesure transitoire appelée à disparaître au profit des droits de douane ordinaires à partir de juillet 2028. Les frais de traitement ont, pour leur part, vocation à financer durablement la surveillance des importations. Leur montant et leurs modalités d’application doivent être encadrés par la Commission européenne. À quelques jours de l’entrée en vigueur annoncée, les acheteurs ont donc intérêt à examiner attentivement les prix définitifs et les conditions de livraison de leurs commandes. Si la nouvelle redevance est juridiquement supportée par les professionnels, elle pourrait progressivement rendre moins avantageux certains achats réalisés sur les plateformes étrangères.

Réagir à l’article
Soyez le premier à commenter cet article.