Après une semaine noire marquée par des pertes colossales sur les marchés mondiaux, les actions liées à l’intelligence artificielle ont amorcé un rebond partiel vendredi, sans pour autant effacer les inquiétudes profondes qui ont provoqué la tempête.
La correction avait été déclenchée jeudi aux États-Unis avant de se propager aux marchés asiatiques et européens. En Corée du Sud, l’indice Kospi a cédé 6 % sur la seule journée de vendredi, le fabricant de semi-conducteurs SK Hynix voyant ses titres plonger de plus de 10 %. En Europe, les principales places boursières allemande, française et espagnole ont également terminé dans le rouge. À Londres, le FTSE 100 a reculé de 1,01 %, les opérateurs absorbant par ailleurs la décision de la Banque d’Angleterre de relever ses taux directeurs, avec la perspective d’une nouvelle hausse à venir.
La victoire des démocrates aux élections de mi-mandat américaines a joué un rôle central dans ce mouvement de défiance. Plusieurs candidats du parti avaient fait campagne sur l’instauration de nouvelles règles encadrant l’intelligence artificielle et les centres de données, et le parti a depuis remporté le contrôle des deux chambres du Congrès, ainsi que des scrutins décisifs dans des États au cœur de la course aux infrastructures d’IA. Le président Donald Trump a réaffirmé vendredi son soutien à ce qu’il appelle la « superintelligence », estimant que seul un « leadership stupide » pourrait « refuser les richesses qu’elle apporte ».
Russ Shaw, fondateur du cabinet de plaidoyer technologique Tech London Advocates, a estimé que le résultat électoral envoyait un signal clair. « Le Congrès entrant va se concentrer sur l’IA de manière très marquée », a-t-il déclaré, ajoutant que les entreprises du secteur ne communiquaient « pas du tout efficacement » sur les bénéfices concrets de cette technologie.
Pierre Baqué, directeur général de la plateforme d’IA Neural Concept, a qualifié ces mouvements boursiers de « correction de marché nécessaire », reflet d’une inquiétude légitime face aux sommes astronomiques englouties dans les infrastructures d’intelligence artificielle. « L’industrie doit dépasser l’investissement infrastructurel débridé et faire preuve d’une plus grande discipline financière », a-t-il déclaré, évoquant une phase de transition critique, un « purgatoire de marché » où la technologie brute doit prouver sa valeur économique à grande échelle.
Dans ce tableau contrasté, les chiffres de l’emploi américain ont apporté une note plus rassurante. L’économie américaine a créé 165 000 emplois en octobre, un chiffre nettement supérieur aux prévisions des analystes et plus du double de la moyenne mensuelle attendue. Le taux de chômage a légèrement reculé à 4,1 %, contre 4,2 % en septembre, maintenant une stabilité observée depuis le mois de mars. Neil Birrell, directeur des investissements chez Premier Miton, a souligné que ces données, bien qu’éclipsées par la volatilité boursière, restaient importantes : « L’économie américaine tourne à plein régime, ce qui laisse penser que les risques qui préoccupent les marchés en ce moment ne menacent peut-être pas autant l’économie réelle qu’on le craint. »
La question qui se pose désormais est celle de la durabilité du rebond. Dan Coatsworth, responsable des marchés chez AJ Bell, a résumé l’incertitude ambiante : « Une fois que les investisseurs auront soufflé ce week-end, la semaine prochaine devrait indiquer plus clairement si le secteur technologique est en train de couler ou de se battre pour remonter la pente. »









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