Festival Off Avignon 2025 : une effervescence de spectacles sur fond de crise du secteur
Festival Off Avignon 2025 : une effervescence de spectacles sur fond de crise du secteur

Alors que le Festival Off d’Avignon bat cette année tous les records en nombre de spectacles, les professionnels du spectacle vivant tirent la sonnette d’alarme. Sous cette effervescence artistique se cache une réalité plus morose : baisse des financements, crise de la diffusion et précarité des compagnies indépendantes.

Une édition foisonnante mais économiquement fragile

Le 5 juillet s’ouvrira à Avignon la 59e édition du Festival Off, qui se poursuivra jusqu’au 26. Avec 1 724 spectacles inscrits par 1 347 compagnies dans 139 théâtres de la ville, c’est un véritable raz-de-marée artistique qui s’apprête à déferler dans la cité papale. Mais derrière ces chiffres vertigineux, la filière peine à dissimuler ses difficultés. Comme le rappelle Harold David, co-président d’Avignon Festival & Compagnies (AF&C), « il n’y en a jamais eu autant », preuve de l’attractivité de ce rendez-vous devenu le plus grand marché du spectacle vivant en France. Toutefois, cette abondance ne rime pas avec santé économique.

La multiplication des spectacles ne compense pas la crise de la diffusion : les programmateurs ont de moins en moins de moyens pour acheter des dates. Selon un sondage mené par AF&C auprès des compagnies présentes en 2024, seules 20 % de celles qui avaient déjà joué un spectacle l’année précédente ont pu le reprogrammer plus de cinq fois dans la saison suivante. Or, il en faut au minimum 15 pour amortir les frais liés à la participation au festival, selon David. Le coût de location d’un théâtre est estimé à 100 euros par fauteuil, sans compter la flambée des loyers dans la ville. De plus en plus de troupes choisissent de partager les créneaux ou de jouer seulement une partie du mois.

Des artistes à bout de souffle malgré les initiatives de soutien

Le désengagement financier des collectivités locales, aggravé par les effets durables de la pandémie et de l’inflation, pèse lourdement sur un secteur déjà fragilisé. D’après l’étude AF&C, plus de la moitié des compagnies présentes en 2024 n’ont bénéficié d’aucune subvention. Les aides disponibles, comme le fonds de soutien Fonpeps (État), les soutiens de la SACD ou encore le fonds Émergence et Création d’AF&C (250 000 euros pour 80 compagnies cette année), restent insuffisantes ou inaccessibles pour nombre d’artistes.

Dans ce contexte, les seuls-en-scène ou les formats très réduits deviennent la norme : 35 % des spectacles affichent un interprète unique et 60 % n’en comptent que deux. Un choix contraint par la nécessité de réduire les coûts de production, au détriment parfois de la diversité des formes artistiques. Pourtant, le Festival Off reste un carrefour de visibilité inégalé, notamment à l’échelle de la francophonie, comme le soulignent Marie Moriette et Emmanuel Hérault, qui reviennent cette année avec Emma Picard, adaptation d’un roman de Mathieu Belezi.

Face à ces tensions, le festival mise sur de nouvelles dynamiques : élargissement du public au-delà des remparts, actions de médiation, transports renforcés, ou encore temps forts thématiques comme Place à l’écotransition (19-20 juillet) ou Place à la filière (11-13 juillet). Le Brésil, invité d’honneur cette année, ouvrira le bal les 5 et 6 juillet avec concerts, spectacles et ateliers. Reste à voir si cette vitalité festive permettra de contrebalancer les inquiétudes d’une filière en quête de respiration.

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