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Attentat de Monaco: Vadim Ermolaev met en cause un lieutenant-colonel du renseignement ukrainien et évoque un explosif liquide «très rare»

Attentat de Monaco: Vadim Ermolaev met en cause un lieutenant-colonel du renseignement ukrainien et évoque un explosif liquide «très rare»
Attentat de Monaco: Vadim Ermolaev met en cause un lieutenant-colonel du renseignement ukrainien et évoque un explosif liquide «très rare»

Deux mois après l’explosion qui a failli le tuer avec sa compagne et son fils à Monaco, Vadim Ermolaev livre son premier grand témoignage. Dans un long entretien accordé à Ukrainska Pravda, publié ce 31 août, l’homme d’affaires affirme que l’attentat du 29 juin avait pour objectif de tuer toute sa famille. Il met directement en cause Vladislav Reut, lieutenant-colonel du renseignement militaire ukrainien aujourd’hui détenu en Ukraine dans l’enquête sur l’assassinat d’Anastasiia Berezovska. Il affirme également que la bombe utilisée à Monaco contenait un explosif liquide extrêmement spécialisé qui aurait été acheminé depuis l’Ukraine. L’identité du commanditaire reste, elle, inconnue.

Une bombe explose au moment précis où la famille rentre chez elle

Le 29 juin, vers 21h, une puissante explosion frappe un immeuble de Monaco. L’homme d’affaires vient alors de dîner avec sa compagne Anna et leur fils. Tous trois sont touchés. Ermolaev raconte avoir passé la journée chez lui avant de sortir avec sa famille. Aucun restaurant n’avait été réservé. Après avoir trouvé une table dans un établissement du port, les trois membres de la famille regagnent leur domicile à pied. Au moment où Vadim Ermolaev présente son badge magnétique devant la porte de l’immeuble, la bombe explose. Pour lui, l’intention des auteurs ne fait aucun doute : « Je pense qu’ils voulaient nous tuer. Le fait que nous ayons survécu relève presque du hasard. » La violence de l’explosion arrache notamment les lourdes portes de l’entrée. Sa compagne Anna est grièvement blessée. Selon Ermolaev, elle reste environ un mois dans le coma et commence seulement à retrouver progressivement la parole et certains mouvements. Leur fils est lui aussi blessé. Il souffre notamment d’une fracture et de brûlures ayant nécessité des greffes de peau : « Ils savaient que nous étions tous les trois. Ils nous avaient vus partir ensemble, manger ensemble et revenir ensemble. Ils ont quand même décidé de provoquer l’explosion. »

Une Ukrainienne aurait surveillé Ermolaev pendant plusieurs semaines

Les enquêteurs identifient rapidement une personne suspecte grâce aux nombreuses caméras de surveillance de Monaco. D’abord recherchée comme un homme, la principale suspecte est finalement identifiée comme Anastasiia Berezovska, une Ukrainienne de 39 ans. Vadim Ermolaev affirme que les images exploitées par les enquêteurs permettent de retrouver sa présence à Monaco dès le début du mois de mai, voire dès avril. Elle aurait donc commencé à surveiller ses déplacements plusieurs semaines avant l’attentat. Ce calendrier est important pour l’homme d’affaires. Il permet selon lui d’écarter un lien entre l’attaque et son bref voyage en Ukraine, effectué le 16 mai. Ermolaev explique avoir passé seulement deux jours et demi à Dnipro afin de constater la situation sur place et l’état des activités qu’il avait confiées à sa famille : « L’idée de l’attentat existait manifestement avant mon voyage en Ukraine. » Il assure n’avoir participé à aucune réunion professionnelle et n’avoir rencontré ni représentants des forces de l’ordre, ni personnes issues de milieux criminels ou d’affaires susceptibles d’expliquer l’attaque.

Anastasiia Berezovska retrouvée morte près de Kiev

Quelques jours après l’explosion, Anastasiia Berezovska retourne en Ukraine. Le 3 juillet, elle est tuée près du village de Yuriv, dans la région de Kiev. Son corps est ensuite enterré. Sa mort est découverte quelques jours après l’attentat. Deux hommes sont arrêtés dans l’enquête : Vladislav Reut et Vitaliy Zhykovych. Reut est officier du GUR, la Direction principale du renseignement du ministère ukrainien de la Défense. Ermolaev le présente comme lieutenant-colonel. Zhykovych aurait, de son côté, travaillé par le passé comme collaborateur non permanent du SBU, le service de sécurité ukrainien. Les deux hommes sont soupçonnés d’avoir participé à l’assassinat d’Anastasiia Berezovska. Les enquêteurs cherchent également à déterminer s’ils ont joué un rôle dans la préparation de l’opération menée à Monaco.

« Comment aurait-elle fabriqué cette bombe ? »

Vadim Ermolaev ne croit pas à l’hypothèse d’une action isolée d’Anastasiia Berezovska : « Où aurait-elle trouvé l’explosif ? Comment aurait-elle fabriqué cette bombe ? » L’homme d’affaires souligne que Berezovska aurait reçu de l’argent pour financer ses déplacements et ses activités et qu’elle aurait réalisé des comptes rendus destinés à d’autres personnes. Il estime par conséquent qu’elle n’était qu’un rouage d’une opération plus importante. L’enquête ukrainienne s’intéresse notamment à des transferts effectués vers des comptes bancaires ou des portefeuilles de cryptomonnaies utilisés par la jeune femme. Pour Ermolaev, plusieurs personnes étaient nécessairement impliquées : « Elle ne pouvait pas travailler seule en Europe. Il devait y avoir deux ou trois personnes capables de se relayer. »

Un explosif liquide « très rare » au cœur des soupçons

C’est l’un des éléments les plus lourds avancés par Vadim Ermolaev. Selon lui, la bombe utilisée à Monaco contenait un explosif liquide particulièrement rare : « C’était un explosif liquide très spécialisé. On ne trouve pas ça dans un magasin et ce n’est pas quelque chose dont disposent les unités militaires ordinaires. » Il affirme que ce produit provoque notamment de très importantes brûlures chimiques. Plus encore, Ermolaev soutient que l’engin aurait été fabriqué en Ukraine avant d’être transporté en Europe. Et il désigne un homme : Vladislav Reut. Selon lui, l’officier du GUR serait spécialiste des explosifs et aurait lui-même fabriqué l’engin. Cette responsabilité dans l’attentat de Monaco n’a cependant pas encore été établie définitivement par une décision judiciaire. Ermolaev en est pourtant convaincu : « Oui, il a participé à cette opération. »

Ermolaev soupçonne Reut d’avoir obtenu l’explosif grâce à ses fonctions

L’homme d’affaires avance ensuite une hypothèse encore plus sensible. À ses yeux, le caractère extrêmement spécialisé du produit utilisé pose nécessairement la question de sa provenance : « Si Reut l’a fabriqué, où a-t-il obtenu cet explosif ? La réponse qui vient naturellement à l’esprit est : probablement à son travail. » Vadim Ermolaev estime donc possible que l’explosif soit passé par des circuits liés au renseignement militaire ukrainien. Il ne fournit toutefois aucun élément permettant d’établir que la direction du GUR aurait autorisé ou organisé une telle opération. Et il refuse précisément d’aller jusque-là.

« Je ne pense pas que la direction du GUR ait donné cet ordre »

Malgré ses soupçons contre certains membres du renseignement ukrainien, Ermolaev affirme ne pas croire à une opération commandée par les plus hauts responsables de l’État ukrainien. Il écarte notamment une implication de la présidence ukrainienne ou de la direction du GUR. Pour lui, l’hypothèse la plus vraisemblable reste celle d’un contrat privé exécuté par des individus utilisant leurs compétences et éventuellement leurs moyens professionnels : « Je pense que quelqu’un les a engagés pour de l’argent. » Selon lui, plusieurs mois de surveillance, des voyages internationaux, la fabrication d’un dispositif explosif et l’organisation matérielle de l’attentat nécessitaient des financements importants. Il estime donc qu’un commanditaire se trouve nécessairement derrière l’opération. Son identité reste inconnue.

Des représentants du GUR ont contacté Ermolaev

Vadim Ermolaev révèle également avoir eu des échanges avec des représentants du renseignement militaire ukrainien après l’attentat. Il refuse d’identifier ses interlocuteurs. Selon lui, ceux-ci ont cherché à lui expliquer que le GUR, en tant qu’institution, n’avait rien à voir avec l’affaire. L’homme d’affaires leur a opposé la présence de Vladislav Reut parmi les personnes arrêtées dans l’enquête sur la mort de Berezovska : « Comment peut-on me dire que le GUR n’a aucun rapport avec tout cela alors qu’un lieutenant-colonel du GUR est arrêté ? Ce n’est pas un gardien devant la porte. » Ermolaev précise cependant que ces conversations se sont déroulées sans menace : « Les échanges étaient très polis et très corrects. Ils m’ont dit qu’ils comprenaient ce que je vivais, avec ma femme à l’hôpital et mon enfant blessé. Ses interlocuteurs lui auraient assuré que le service cherchait lui-même à comprendre ce qui s’était passé.

« Pourquoi n’ont-ils pas retrouvé les autres ? »

Une question continue néanmoins d’obséder Vadim Ermolaev. Il estime que le GUR dispose de moyens humains et techniques considérables et s’étonne qu’aucun autre participant à l’opération n’ait encore été identifié publiquement : « Avec les capacités de cette organisation et toutes ses ressources, pourquoi n’ont-ils toujours pas identifié les autres personnes impliquées ? » Il affirme avoir directement posé la question à ses interlocuteurs. La réponse aurait été lapidaire : « Nous enquêtons. » Ermolaev regrette également l’absence de prise de position publique détaillée du renseignement militaire ukrainien sur la situation de Vladislav Reut.

L’enquête aurait commencé à ralentir

Autre accusation de l’homme d’affaires : les investigations ukrainiennes progresseraient désormais moins rapidement qu’au début : « Ces derniers temps, l’enquête a commencé à ralentir. » Il soupçonne des personnes non identifiées de chercher à protéger certains protagonistes : « Je pense que des personnes intéressées exercent une pression sur l’enquête. » Ermolaev précise viser notamment le travail de la Police nationale ukrainienne, mais reconnaît ne pas savoir précisément qui pourrait être à l’origine de ces pressions.

Des menaces contre les suspects en prison ?

Vadim Ermolaev formule également une affirmation particulièrement inquiétante concernant Vladislav Reut et Vitaliy Zhykovych.D’après les informations dont il dit disposer, les deux hommes recevraient en détention des messages leur conseillant de garder le silence : « On leur fait comprendre qu’il vaut mieux se taire et penser à sa famille. » Il ne sait toutefois pas qui serait à l’origine de ces avertissements. Pour Ermolaev, la coopération éventuelle des deux suspects avec les enquêteurs pourrait être déterminante pour remonter jusqu’au commanditaire.

La piste des call-centers rejetée

Une hypothèse a également circulé autour d’un possible règlement de comptes lié aux call-centers frauduleux. Vadim Ermolaev la balaie. Son fils Arthur a été arrêté à Chypre en décembre dernier dans le cadre d’une procédure menée à la demande des autorités estoniennes. Des soupçons concernant des activités de call-centers ont notamment été évoqués. Ermolaev affirme toutefois que son fils n’a pas reconnu sa culpabilité et qu’un accord judiciaire a été trouvé sans reconnaissance de responsabilité. Il rejette également l’idée selon laquelle Arthur aurait pu transmettre des informations susceptibles de provoquer des représailles : « Je n’ai jamais eu quoi que ce soit à voir avec ce type d’activité. » Il assure également que sa famille n’a jamais entretenu de relations commerciales avec Alexander Petrovsky.

La piste russe ne convainc pas davantage Ermolaev

L’hypothèse d’une opération liée à la Russie existe également. Mais là encore, Vadim Ermolaev affirme ne disposer d’aucun élément permettant de la privilégier : « Je n’ai aucune relation avec des hommes d’affaires russes ou avec la Russie. Je ne vois pas pourquoi ils auraient besoin de faire cela. » Selon lui, aucune menace récente provenant de Russie ou de structures liées au pays ne lui avait été adressée avant l’attentat.

Ses sanctions ukrainiennes toujours contestées

L’attentat se produit alors que Vadim Ermolaev fait toujours l’objet de sanctions ukrainiennes décidées en décembre 2023. L’homme d’affaires affirme qu’elles avaient notamment été motivées par des soupçons concernant des sociétés anciennement liées à son groupe en Crimée. Il lui aurait été reproché que ces entreprises aient continué à fonctionner après l’occupation russe et qu’elles aient payé des impôts dans le système fiscal russe. Ermolaev affirme avoir perdu le contrôle réel de ces sociétés dès 2015. Selon lui, des hommes liés aux nouvelles autorités auraient progressivement pris le contrôle des entreprises avant leur nationalisation par la Russie en 2023 : « Nous n’avons jamais reçu un centime de ces entreprises après en avoir perdu le contrôle. » Il dit aujourd’hui disposer de documents attestant selon lui qu’il n’était pas impliqué dans les faits qui avaient motivé les soupçons initiaux. Les sanctions restent pourtant en vigueur.

« Je n’ai jamais travaillé avec l’État »

Ermolaev conteste également l’idée selon laquelle ses anciennes entreprises auraient continué à bénéficier de faveurs publiques ukrainiennes malgré les sanctions. Il affirme avoir cessé de diriger directement ses activités et avoir confié leur gestion à sa famille : « Je suis pratiquement à la retraite. Je m’occupe seulement d’investissements en Bourse. » Concernant les investissements réalisés par certaines sociétés anciennement liées à lui, notamment dans des infrastructures portuaires, il estime au contraire que ces investissements devraient être encouragés en période de guerre : « Construire des infrastructures aujourd’hui en Ukraine est extrêmement risqué. Ceux qui prennent ce risque devraient plutôt être soutenus. »

Aucun lien étroit avec Andriy Portnov

Interrogé sur Andriy Portnov, ancien haut responsable ukrainien assassiné en Espagne en 2025, Vadim Ermolaev assure qu’il ne faisait pas partie de son entourage. Il reconnaît l’avoir rencontré quelques fois mais dément toute relation régulière avec lui. Il affirme également ne rien savoir d’éventuelles démarches effectuées par Portnov concernant les sanctions dont il fait l’objet.

La sécurité renforcée après l’attentat

Avant le 29 juin, Vadim Ermolaev affirme n’avoir jamais eu de garde du corps. Il conduisait lui-même et se déplaçait librement dans Monaco. La situation a changé. L’homme d’affaires dispose désormais d’une protection privée et compte la conserver aussi longtemps que les commanditaires n’auront pas été identifiés. Il refuse pourtant de tenir Monaco responsable de l’attaque : « Je n’ai aucun reproche à faire à la Principauté. » Selon lui, réussir à organiser une opération aussi complexe sur un territoire aussi réduit et aussi surveillé démontre au contraire l’importance des moyens engagés.

« Quelle garantie ai-je qu’ils ne recommenceront pas ? »

Deux mois après l’explosion, Vadim Ermolaev ne sait toujours pas qui voulait sa mort. Il affirme ne pouvoir citer aucun ennemi personnel susceptible d’avoir commandité une telle opération. Ni conflit commercial évident, ni dette, ni affrontement personnel ne lui permettent, selon lui, d’identifier un responsable. Une seule certitude demeure à ses yeux : ceux qui ont organisé l’attaque étaient prêts à tuer non seulement leur cible, mais également sa compagne et son enfant. L’arrestation de Vladislav Reut et Vitaliy Zhykovych représente désormais son principal espoir de voir l’enquête remonter jusqu’aux organisateurs et au commanditaire : « Ils risquent la prison à vie. Ils doivent décider s’ils veulent se taire ou expliquer ce qu’ils savent. » Pour Vadim Ermolaev, découvrir la vérité n’est désormais plus seulement une question de justice. C’est une question de survie : « Quelle garantie ai-je qu’ils ne recommenceront pas ? Ma seule solution est de retrouver le commanditaire et d’aller jusqu’au procès. »

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