Monaco a été frappée lundi soir par une explosion dans un immeuble résidentiel situé rue Révérend-Père-Louis-Frolla, près du boulevard d’Italie et de la frontière française. L’explosion s’est produite vers 21 heures, dans ou à proximité de l’entrée de l’immeuble. Le dispositif est un colis ou un sac piégé, chargé de boulons et de grenaille, destiné à provoquer un maximum de blessures.
Trois victimes, deux pronostics vitaux engagés
Le bilan actuel fait état de trois blessés : deux adultes grièvement atteints et un adolescent de 13 ans blessé plus légèrement. Les deux adultes ont été évacués vers des hôpitaux niçois avec un pronostic vital engagé. Comme nous vous l’annoncions en exclusivité dès lundi soir, l’une des victimes identifiées est Vadim Ermolaev, homme d’affaires né à Dnipro.
Un suspect filmé, puis une fuite vers la France
Les images de vidéosurveillance montrent un homme déposant un sac à dos ou un colis avant de quitter les lieux à pied. Après l’explosion, le suspect aurait fui vers Beausoleil, commune française immédiatement voisine de Monaco. Les autorités monégasques et françaises ont lancé une opération conjointe pour l’identifier et l’interpeller.
Vadim Ermolaev, fortune ukrainienne passée sous passeport chypriote
Vadim Ermolaev est un homme d’affaires originaire de Dnipro, lié à la corporation Alef et à de grands projets immobiliers dans cette ville, dont des centres commerciaux et des complexes d’affaires. Forbes Ukraine évaluait sa fortune à 220 millions de dollars en 2021. Il a déclaré ne plus avoir que la nationalité chypriote depuis 2017, ce qui explique qu’il ne soit plus comptabilisé comme citoyen ukrainien dans certains classements.
Un homme placé sous sanctions par Kiev
Depuis décembre 2023, Ermolaev est visé par des sanctions ukrainiennes pour dix ans. Ces mesures incluent notamment le gel d’actifs et des restrictions financières. Les sanctions ont été décidées dans un paquet visant des personnes et entités liées à des activités économiques dans des territoires occupés par la Russie, notamment la Crimée.
Le dossier criméen au cœur des accusations
Le grief principal avancé contre lui concerne des activités commerciales liées à l’alcool en Crimée occupée. Il est accusé d’avoir maintenu, via des intermédiaires, des intérêts économiques réenregistrés selon le droit russe et d’avoir ainsi contribué fiscalement à l’économie de l’occupant. Ermolaev a contesté ces accusations dans des entretiens précédents, affirmant ne pas posséder ni contrôler de business en Crimée.
Le passé industriel dans les produits ménagers
Le nom d’Ermolaev est aussi associé à l’ancien secteur ukrainien de la chimie ménagère. En 2004, Procter & Gamble a repris les actifs d’Olvia Beta, un acteur important du marché ukrainien, derrière des marques comme Gala, Dax, Dana ou Lotos. Ces marques représentaient alors environ 40 à 45% des ventes en Ukraine, ce qui est considérable, mais ne correspond pas à une “quasi-totalité” du marché.
Son fils condamné dans une affaire de call centers frauduleux
Le nom Ermolaev apparaît aussi dans un autre dossier récent : Artur Yermolayev, présenté comme le fils de Vadym Iermolaiev, a été reconnu coupable en Estonie d’avoir créé et dirigé une organisation criminelle spécialisée dans l’escroquerie téléphonique. L’affaire portait sur des call centers opérant depuis l’Ukraine, avec des victimes dans plusieurs pays européens. Le montant total des fraudes évoqué atteint environ 100 millions d’euros, dont 5,4 millions soutirés à plus de 500 résidents estoniens.