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Procès Pierre Ménès-Marie Portolano: «Quand j’étais enceinte, il regardait chaque semaine si j’avais pris des seins»

Procès Pierre Ménès-Marie Portolano: «Quand j’étais enceinte, il regardait chaque semaine si j’avais pris des seins»
Procès Pierre Ménès-Marie Portolano: «Quand j’étais enceinte, il regardait chaque semaine si j’avais pris des seins»

Marie Portolano n’a rien retiré de ses accusations contre Pierre Ménès. Poursuivie en diffamation par l’ancien chroniqueur de Canal+, la journaliste a comparu lundi devant la 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris. À la barre, elle a décrit les gestes qu’elle affirme avoir subis lorsqu’ils travaillaient ensemble, allant jusqu’à raconter le comportement qu’elle lui reproche durant sa grossesse.

Pierre Ménès était absent de l’audience. Comme nous l’expliquions avant le procès⁠, l’ancien consultant avait demandé un renvoi pour raisons médicales. Le tribunal a décidé de maintenir les débats. Le jugement sera rendu le 4 novembre.

« Quand j’étais enceinte, il regardait chaque semaine si j’avais pris des seins »

C’est l’une des déclarations les plus fortes de l’audience. Marie Portolano a raconté devant le tribunal le comportement qu’elle attribue à Pierre Ménès lorsqu’elle était enceinte : « Quand j’étais enceinte, il regardait chaque semaine si j’avais pris des seins pendant ma grossesse. »

La journaliste affirme que ces comportements s’inséraient dans un ensemble de gestes et d’attitudes qui l’avaient conduite à chercher constamment à éviter son collègue. Elle dit avoir adopté avec Pierre Ménès une « stratégie d’évitement permanente ».

« Il touchait souvent mes fesses ou mes seins »

Marie Portolano a également maintenu devant les juges ses accusations concernant des contacts physiques non consentis : « J’ai souvent été touchée par Pierre Ménès. J’avais adopté une stratégie d’évitement. Il touchait souvent mes fesses ou mes seins. »

Selon elle, ses protestations n’auraient pas suffi à faire cesser ces comportements : « J’avais beau lui dire que cela me mettait mal à l’aise, que c’était désagréable, cela le faisait rire. »

Marie Portolano assure également ne pas avoir été la seule femme confrontée à ce type de comportement dans l’environnement professionnel de Pierre Ménès.

« Les vrais coupables sont les personnes qui l’ont laissé faire »

La journaliste a toutefois refusé de limiter son témoignage au seul cas de l’ancien chroniqueur du Canal Football Club. Devant le tribunal, elle a directement mis en cause l’environnement professionnel qui aurait, selon elle, permis à de tels comportements de perdurer : « Pour moi, c’est un enfant à qui on n’a jamais dit ce qu’il n’avait pas le droit de faire. Lui, il est coupable, mais les vrais coupables sont les personnes qui l’ont laissé faire. »

Une déclaration qui renvoie directement au sujet qu’elle avait voulu traiter dans son documentaire Je ne suis pas une salope, je suis journaliste !, diffusé en 2021 et consacré au sexisme dans le journalisme sportif : « Mon documentaire n’était pas voué à le dénoncer lui et à le pointer du doigt, mais à montrer qu’il est difficile d’être une femme dans un milieu d’hommes, surtout dans une rédaction sportive. »

Marie Portolano revient sur l’épisode de la jupe

L’audience a également permis de revenir sur l’un des épisodes les plus connus du conflit entre les deux anciens visages de Canal+. Les faits dénoncés remontent au 28 août 2016, sur le plateau du Canal Football Club. Après l’émission, l’équipe doit poser pour une photographie avec Antoine Griezmann, invité ce soir-là. Marie Portolano affirme que Pierre Ménès lui a alors soulevé la jupe devant le public : « On s’est tous rassemblés pour faire une photo avec Antoine Griezmann, notre invité, et à ce moment-là, Pierre m’a soulevé la jupe. »

La journaliste raconte avoir immédiatement réagi et quitté le plateau très énervée. Cet épisode avait pris une dimension nationale plusieurs années plus tard avec le documentaire Je ne suis pas une salope, je suis journaliste !. Une confrontation filmée entre Marie Portolano et Pierre Ménès avait été retirée de la version initialement diffusée par Canal+, avant que les images ne deviennent publiques.

Les images de la confrontation projetées au tribunal

Cette confrontation a été diffusée devant les juges pendant l’audience. Marie Portolano y interroge directement Pierre Ménès sur l’épisode de la jupe. L’ancien consultant explique ne pas s’en souvenir. Face à son ancienne collègue, il déclare notamment : « Ça t’a humiliée ? Ah bah je suis désolé. »

Les images avaient provoqué une importante polémique lors de leur révélation en 2021 et participé à la rupture définitive entre Pierre Ménès et Canal+.

Pourquoi Marie Portolano se retrouve-t-elle prévenue ?

Le procès du 7 septembre présente une particularité importante : ce n’est pas Pierre Ménès qui y était jugé, mais Marie Portolano.

L’ancien consultant a porté plainte pour diffamation après la publication, en mars 2024, du livre Je suis la femme du plateau. La journaliste y raconte son expérience dans le milieu du journalisme sportif et revient sur les comportements qu’elle attribue à son ancien collègue.

Deux passages sont contestés. Pierre Ménès n’y est pas explicitement nommé, mais estime être parfaitement identifiable. La procédure avait conduit à la mise en examen de Marie Portolano pour diffamation après la plainte de Pierre Ménès⁠.

Devant le tribunal, Marie Portolano a maintenu la description faite dans son livre :« Dès que j’étais en contact avec lui, soit il touchait mes seins, soit il touchait mes fesses. »

Elle a également employé une expression particulièrement lourde : « Il avait un droit de cuissage, c’est vraiment ce qu’on disait entre nous. »

Le parquet considère Marie Portolano « de bonne foi »

L’un des éléments importants de l’audience est venu du ministère public. Le procureur a considéré que Marie Portolano disposait d’une « base factuelle suffisante » pour tenir les propos contestés et qu’elle avait formulé ses accusations « en toute bonne foi ».

Plusieurs témoignages ont été produits pour appuyer les déclarations de la journaliste. Parmi eux figure notamment celui d’Hervé Mathoux, présentateur historique du Canal Football Club et présent lors de l’épisode de 2016 dénoncé par Marie Portolano.

L’avocat de la journaliste et des éditions Stock, Me Christophe Bigot, a de son côté qualifié la procédure d’« abusive et détestable qui consiste à poursuivre sa victime ». Il a demandé la condamnation de Pierre Ménès pour abus de constitution de partie civile.

« Toute la forêt se cache derrière l’arbre »

Marie Portolano a également expliqué pourquoi elle avait choisi de revenir sur cette histoire plusieurs années après son documentaire : « J’ai écrit ce livre parce que j’étais mécontente du fait que toute la forêt se cache derrière l’arbre, et que l’arbre, ce soit lui. »

Son objectif, affirme-t-elle, était de raconter un système dépassant largement le seul cas de Pierre Ménès et les difficultés rencontrées par les femmes dans certaines rédactions sportives. Elle insiste ainsi sur la responsabilité qu’elle attribue à ceux qui auraient assisté à certains comportements sans intervenir : « Lui, il est coupable, mais les vrais coupables sont les personnes qui l’ont laissé faire. »

Pierre Ménès doit également être jugé le 16 novembre

Les deux procédures ne doivent pas être confondues. Le procès du 7 septembre concernait la plainte en diffamation déposée par Pierre Ménès contre Marie Portolano. Le tribunal n’avait donc pas à décider, dans cette affaire, si l’agression sexuelle dénoncée par la journaliste avait effectivement été commise.

Pierre Ménès doit lui-même être jugé le 16 novembre devant le tribunal de Nanterre dans une procédure distincte concernant les faits présumés dénoncés par Marie Portolano.

L’ancien chroniqueur a par ailleurs déjà été condamné en avril 2023 à deux mois de prison avec sursis pour une agression sexuelle commise en 2018 sur une vendeuse d’un magasin Nike des Champs-Élysées. Il avait été relaxé concernant deux autres accusations examinées lors de ce procès et avait fait appel de sa condamnation.

Verdict le 4 novembre

Après les débats, le tribunal a mis sa décision en délibéré. Le jugement du procès en diffamation sera rendu le 4 novembre 2026. La justice dira alors si les passages contestés du livre de Marie Portolano peuvent être considérés comme diffamatoires ou si la journaliste peut bénéficier des moyens de défense prévus par le droit de la presse.

Quelques jours plus tard, le dossier judiciaire entre les deux anciens collègues connaîtra donc un second rendez-vous, cette fois avec Pierre Ménès dans la position du prévenu.

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