L’histoire aurait pu s’arrêter avec un prototype jugé trop étrange. Olivier Bernhard, ancien triathlète professionnel suisse sponsorisé par Nike, imagine une chaussure de running différente de tout ce qui existe alors. Pour la mettre au point, il va jusqu’à coller des morceaux de tuyau d’arrosage sous une paire de chaussures. Il présente ensuite son idée à Nike. L’équipementier américain refuse. Bernhard persiste, crée sa propre marque et transforme son prototype artisanal en une technologie aujourd’hui vendue dans le monde entier.
Seize ans après la création de On, l’histoire prend une tournure savoureuse. La marque suisse vient de récupérer l’un des ambassadeurs les plus importants de Nike : Kylian Mbappé quitte l’équipementier américain après près de vingt ans pour rejoindre On. Le Français devient ambassadeur et partenaire de la société au moment où celle-ci s’attaque pour la première fois au marché du football.
Olivier Bernhard, le champion qui cherchait une chaussure qui n’existait pas
Avant de devenir entrepreneur, Olivier Bernhard est un athlète de haut niveau. Champion de duathlon et vainqueur de plusieurs épreuves d’Ironman, le Suisse connaît aussi les conséquences physiques des années de compétition. Ses tendons d’Achille le font souffrir et il cherche une chaussure capable d’offrir à la fois un amorti important lors de l’impact et une sensation de propulsion au moment de repartir.
Le problème est qu’il ne trouve pas cette chaussure sur le marché. Avec un ingénieur, Bernhard commence donc à expérimenter. L’une des premières solutions consiste à découper des sections d’un tuyau d’arrosage et à les fixer sous une semelle. Le résultat est rudimentaire et visuellement très éloigné d’un produit susceptible d’être vendu en magasin, mais les sensations obtenues lors de la course le convainquent de poursuivre.
Bernhard reconnaîtra lui-même que son prototype était « hideux ». Ce premier modèle contient pourtant déjà le principe qui donnera naissance à CloudTec, la technologie caractéristique des chaussures On.
Nike refuse son prototype
Olivier Bernhard connaît pourtant parfaitement Nike. Pendant sa carrière, il a été sponsorisé par la marque américaine. Lorsqu’il commence à croire sérieusement à son invention, il lui présente son projet. Nike refuse de poursuivre l’aventure. D’autres grands équipementiers auxquels le concept est présenté ne donnent pas davantage suite.
Avec le recul, Bernhard n’a jamais prétendu que les marques avaient refusé un produit déjà parfaitement abouti. Son prototype restait très expérimental. Mais au lieu d’abandonner son idée, il décide de la développer lui-même. Ce refus va finalement pousser l’ancien athlète à devenir entrepreneur.
Trois associés lancent On en 2010
Olivier Bernhard s’associe avec Caspar Coppetti et David Allemann. En janvier 2010, les trois hommes fondent officiellement On en Suisse. Leur ambition est de reproduire cette sensation particulière obtenue avec les premiers prototypes, celle d’un atterrissage amorti suivi d’une poussée plus ferme. La marque résumera ensuite cette promesse par l’idée de « courir sur des nuages ».
Le bricolage initial devient progressivement CloudTec. Les éléments creux placés sous la chaussure se compriment lorsque le pied touche le sol avant de se raffermir au moment de la poussée. Cette architecture très identifiable devient la signature visuelle et technique de On.
La société reste longtemps essentiellement associée au running. Elle se développe ensuite dans le textile, le lifestyle et le tennis, tout en conservant un positionnement haut de gamme. En 2025, On réalise un chiffre d’affaires de 3,014 milliards de francs suisses, en hausse de 30% sur un an. Les chaussures représentent alors 2,804 milliards de francs suisses de ventes.
Roger Federer entre dans l’histoire de On
Un autre sportif suisse va accélérer la notoriété mondiale de la marque. En 2019, Roger Federer se rapproche de On et entre au capital de l’entreprise. La relation dépasse rapidement le simple contrat publicitaire. Le champion de tennis travaille avec les équipes de la marque sur le développement de produits et devient l’un des visages les plus connus de On.
Deux ans plus tard, l’entreprise franchit une nouvelle étape en entrant à la Bourse de New York. On n’est alors plus la petite société suisse née autour d’un prototype fabriqué avec un tuyau d’arrosage. Son développement international et son implantation dans le running lui permettent désormais de rivaliser commercialement avec des groupes installés depuis plusieurs décennies.
Et maintenant, On récupère Mbappé à Nike
La boucle est particulièrement frappante. Olivier Bernhard avait proposé son invention à Nike avant de voir son projet refusé. En 2026, c’est Kylian Mbappé qui quitte Nike pour rejoindre la société créée par Bernhard.
Le capitaine de l’équipe de France était associé à l’équipementier américain depuis son enfance. Son contrat personnel avait même eu des conséquences très visibles sur sa communication au Real Madrid. En 2024, Mbappé avait ainsi été retiré d’un visuel du Real Madrid lié à Adidas en raison de ses engagements avec Nike.
Son arrivée chez On met fin à près de vingt ans de relation avec Nike. L’accord comprend une rémunération en numéraire mais également une participation en actions, sans que son montant précis ait été rendu public. Mbappé ne doit donc pas être seulement le visage d’une campagne publicitaire. Il doit travailler avec les équipes de On au développement de la future gamme destinée au football.
Le Français a expliqué ce qui l’avait convaincu : « Dès le début, ce qui m’a attiré chez On, c’était l’opportunité de construire ensemble quelque chose d’entièrement nouveau qui contribuera à façonner le football de demain. » Il veut également participer directement à la conception des produits : « Je veux apporter mon expérience et mon regard à ce que nous créons, repousser les limites grâce à l’innovation et toujours rester fidèle au plaisir du football. »
Thierry Henry chargé de construire la division football
On accompagne l’arrivée de Mbappé d’une autre décision importante. Thierry Henry devient directeur du football de la société suisse. L’ancien attaquant des Bleus doit participer au développement des produits, à la stratégie de la nouvelle division et au recrutement des futurs ambassadeurs de la marque.
La première chaussure de football On est prévue pour 2027. La société arrive donc dans un marché déjà dominé par Nike, Adidas et Puma avec une stratégie particulière : recruter immédiatement l’un des joueurs les plus connus au monde avant même la commercialisation de sa première chaussure à crampons.
Le refus de Nike devenu le point de départ d’une marque mondiale
Le rapprochement entre les deux histoires est saisissant. Au départ, Olivier Bernhard est un sportif sponsorisé par Nike qui tente de convaincre son équipementier de miser sur une chaussure construite autour d’une idée encore très artisanale. Nike refuse. Bernhard fonde alors On avec Caspar Coppetti et David Allemann en 2010.
Seize ans plus tard, On dépasse les 3 milliards de francs suisses de chiffre d’affaires annuel, compte Roger Federer parmi ses investisseurs et partenaires et ouvre une division football dirigée par Thierry Henry. Et pour lancer cette nouvelle étape, la société réussit précisément à prendre à Nike l’un de ses ambassadeurs les plus emblématiques : Kylian Mbappé.
