L’intelligence artificielle continue de faire exploser les résultats des géants des semi-conducteurs. Le groupe sud-coréen SK Hynix a annoncé, ce mercredi 28 octobre 2026, une progression de 216 % de son bénéfice net au troisième trimestre, à 39 776 milliards de wons, soit environ 30 milliards de dollars. Son chiffre d’affaires a bondi de 328 % sur un an pour atteindre 104 616 milliards de wons, franchissant pour la première fois le seuil symbolique des 100 000 milliards de wons sur un trimestre. Le bénéfice d’exploitation s’est également envolé de 632 %, à 83 334 milliards de wons, avec une marge opérationnelle exceptionnelle de 80 %. Ces performances illustrent l’ampleur de la demande mondiale en puces mémoire, devenues indispensables au fonctionnement des infrastructures d’intelligence artificielle.
Cette croissance spectaculaire repose principalement sur les investissements massifs des grandes entreprises technologiques dans les centres de données et les systèmes d’intelligence artificielle générative. SK Hynix figure parmi les principaux fournisseurs mondiaux de mémoires à haute bande passante, connues sous le nom de HBM, utilisées notamment dans les accélérateurs de calcul de Nvidia. Ces composants permettent aux processeurs spécialisés de traiter rapidement d’importantes quantités de données, une capacité essentielle pour entraîner et exploiter les modèles d’IA les plus avancés. Le groupe bénéficie particulièrement de la montée en puissance de ses mémoires HBM4, dont les livraisons commerciales se sont accélérées au troisième trimestre. Les ventes de mémoires DDR5 destinées aux serveurs et de solutions de stockage SSD pour les centres de données ont également progressé. Cette demande soutenue a entraîné une augmentation des prix de plusieurs catégories de composants, améliorant considérablement la rentabilité du fabricant sud-coréen. Toutefois, malgré sa progression annuelle, le bénéfice net a reculé de 58 % par rapport au deuxième trimestre, qui avait été marqué par d’importants gains financiers liés à sa participation dans le japonais Kioxia.
Une domination stratégique sur un marché porté par les géants de l’IA
La réussite de SK Hynix confirme la transformation du marché mondial des mémoires électroniques. Longtemps dépendant des cycles de ventes des ordinateurs et des smartphones, le secteur bénéficie désormais d’une demande structurelle provenant des entreprises spécialisées dans l’intelligence artificielle et des fournisseurs de services cloud. Les puces HBM constituent un segment particulièrement stratégique, car leur fabrication exige des technologies avancées et des capacités industrielles difficiles à développer rapidement. SK Hynix entend renforcer son avance face à ses principaux concurrents, Samsung Electronics et l’américain Micron, qui investissent eux aussi massivement dans cette technologie. Le groupe prévoit d’augmenter progressivement ses capacités de production, notamment grâce à ses installations sud-coréennes, tout en développant de nouvelles générations de composants. Il indique également avoir conclu des accords d’approvisionnement à long terme couvrant plus de la moitié de ses capacités de production prévues pour 2027 et 2028. Ces engagements doivent lui permettre de sécuriser une partie de ses revenus futurs et de mieux anticiper les besoins de ses principaux clients.
Cette situation favorable profite également aux actionnaires. SK Hynix a annoncé un programme supplémentaire de redistribution de 60 000 milliards de wons, venant s’ajouter à un précédent dispositif de 40 000 milliards de wons récemment achevé. Au total, le groupe prévoit de consacrer environ 100 000 milliards de wons aux dividendes et aux rachats d’actions en 2026. Mais cette croissance soulève aussi plusieurs interrogations sur la pérennité du boom de l’intelligence artificielle. Les investissements colossaux réalisés par les grandes entreprises technologiques devront, à terme, se traduire par des revenus suffisants pour justifier leur ampleur. Une réduction des dépenses consacrées aux centres de données pourrait ralentir la demande en composants spécialisés. À l’inverse, SK Hynix estime que les tensions entre l’offre et la demande sur le marché des mémoires pourraient persister jusqu’en 2030, compte tenu des délais nécessaires à la construction de nouvelles usines et de la complexité croissante des procédés de fabrication. Pour l’heure, ses résultats démontrent que l’essor de l’intelligence artificielle ne bénéficie pas seulement aux développeurs de logiciels ou aux fabricants de processeurs : il transforme également les producteurs de mémoires en acteurs centraux de l’économie numérique mondiale.









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