Seize ans après le fiasco de Knysna, Raymond Domenech sort du silence. L’ancien sélectionneur des Bleus s’est violemment désolidarisé du documentaire Netflix Le Bus, les Bleus en grève, qu’il accuse d’être “totalement à charge” et d’avoir trahi sa confiance.
Raymond Domenech n’a pas mâché ses mots. Dans un long message publié sur ses réseaux sociaux, l’ancien sélectionneur de l’équipe de France a dénoncé le traitement qui lui est réservé dans le documentaire Netflix consacré à l’épisode de Knysna, lors de la Coupe du monde 2010.
Alors que le film revient sur l’un des plus grands séismes de l’histoire récente des Bleus, Domenech estime que le documentaire devait être un travail “d’explication, de réflexion et d’analyse posée”. Il affirme au contraire y avoir vu un “réquisitoire extraordinairement violent” contre lui.
« Un film totalement à charge »
Raymond Domenech reproche notamment aux auteurs du documentaire d’avoir livré une version déséquilibrée des faits. Selon lui, le film ne respecterait ni ses propos, ni sa personnalité, ni les engagements pris au moment de sa participation.
L’ancien sélectionneur assure que la production n’aurait pas tenu parole, notamment sur un droit de regard qu’il présente comme une condition essentielle à sa présence dans le documentaire. Il accuse ainsi les réalisateurs d’avoir privilégié le sensationnalisme à la rigueur journalistique.
Des notes intimes au cœur de sa colère
Autre point central de son message : l’utilisation de notes issues de son journal intime. Domenech estime que ces écrits personnels n’auraient jamais dû être exposés “tels quels”. Il décrit ces notes comme celles d’un homme soumis à une pression immense, dans une période de tensions extrêmes.
Dans son texte, Raymond Domenech dit se sentir “meurtri et trahi”, allant jusqu’à qualifier le résultat de “viol de mon âme”.
Voici l’intégralité de son message :
« 16 ans après, cela devait être le documentaire de l’explication, de la réflexion et de l’analyse posée.
Ce fut un réquisitoire extraordinairement violent contre ma personne.
Cela devait être un documentaire de bonne tenue, où chaque version serait présentée équitablement.
Ce fut un film totalement à charge et d’une partialité nauséabonde.
Je n’ai pas accepté de participer à ce documentaire pour faire parler de moi, ni pour régler mes comptes.
J’ai depuis longtemps abandonné l’aigreur et ce qui ce voulait une thérapie est devenu une poubelle haineuse.
La production de ce film, qui a changé deux fois en deux ans, n’a pas tenu ses engagements et a trahi ma confiance.
Nous avions décidé, en condition sine qua non de ma participation, que je disposerai d’un droit de regard sur tout.
Cela m’a été refusé in fine en toute impunité et avec la plus grande malhonnêteté.
Je n’aurais jamais validé une telle version car elle ne reflète ni ce que j’ai dit (choisissez les extraits les plus croustillants, coupez, montez, arrangez et vous aurez un film sensationnaliste qui n’a d’autre vocation que celle de « remuer la merde » pour faire de l’audimat et de jeter le discrédit sur un homme), ni qui je suis.
Je suis meurtri et trahi : cela raisonne comme un viol de mon âme.
Un vol de mes émotions d’un moment.
Pour toutes celles et ceux qui ont tenu à un moment donné de leur vie un journal intime, (elles) ils sauront combien les pensées écrites sont parfois dures à l’égard des autres (et de soi), qu’elles ne sont pas destinées à être livrées telles qu’elles et, surtout, qu’elles permettent, à ce moment-là, de maintenir en vie une femme ou un homme, accablé(e) de toutes parts, croulant sous le poids d’une pression déraisonnable et extraordinairement violente.
J’ai ouvert ma vie intime, celle d’un sélectionneur qui vit avec un groupe de joueurs des moments pas toujours simples – parfois heureux parfois lourds de tensions.
Ces notes n’auraient jamais dues être publiées telles quelles.
Les réalisateurs de ce documentaire ont préféré à l’investigation et à la rigueur, le soufre et la malhonnêteté.
Ce sont pas mes valeurs : je peux être frondeur parfois, provocateur souvent, mais je ne suis ni irrespectueux, ni méchant, ni arrogant.
Je tiens ici à me désolidariser de toutes mes forces de ce documentaire dont la vulgarité et le sensationnalisme n’ont d’égal que son absence de déontologie.
Il n’honore ni le football, ni le journalisme.
Je tiens enfin à remercier les gens qui m’aiment et que j’aime, qui m’aident une nouvelle fois à affronter cette tempête injuste et violente, et tous les gens qui dans la rue, au quotidien, me témoignent leur amitié, leur soutien et leur reconnaissance.
Leur amitié est précieuse et d’une sincérité et d’une bienveillance qui me touchent profondément.
Raymond Domenech »