SOCIÉTÉ Drames et catastrophes

Incendies : une hécatombe animale dans les forêts en flammes

Incendies : une hécatombe animale dans les forêts en flammes
Incendies : une hécatombe animale dans les forêts en flammes

Tandis que près de 200 000 personnes ont été évacuées en Gironde et dans les Landes, une autre tragédie se déroule au cœur des forêts ravagées par les flammes. Des milliers d’animaux sauvages tentent de fuir des massifs embrasés, noyés dans la fumée et parcourus par des fronts de feu extrêmement rapides.

Samedi, l’incendie parti de Saumos avait ravagé 32 700 hectares selon le décompte effectué à la mi-journée, tandis que 40 000 hectares avaient été parcourus par les flammes à l’échelle de la Gironde. Environ 140 maisons avaient été détruites et 167 000 personnes évacuées dans le département. Dans les Landes, le feu de Biscarrosse avait également provoqué le départ de 30 000 personnes et détruit plus d’une centaine de bâtiments. Derrière ces chiffres humains et matériels, aucune évacuation organisée n’est possible pour les chevreuils, sangliers, renards, écureuils, reptiles, amphibiens, oiseaux et innombrables insectes présents dans les zones touchées.

Les animaux affolés poussés vers les routes et les villes

Les mammifères capables de courir cherchent généralement à s’éloigner du front de feu. Mais la progression rapide des flammes, les changements de direction du vent et l’épaisseur des fumées peuvent les désorienter. Certains se retrouvent rabattus vers des routes, des clôtures, des zones urbanisées ou des secteurs déjà encerclés. Des animaux sauvages peuvent ainsi traverser brutalement les axes routiers ou se rapprocher des habitations. Cette fuite augmente les risques de collision avec les véhicules, d’épuisement et de blessures. Les clôtures forestières, les grillages, les routes et les lotissements constituent autant d’obstacles supplémentaires.

La chaleur n’est pas le seul danger. L’inhalation de fumées peut provoquer une détresse respiratoire, tandis que le stress et la course prolongée entraînent une forte déshydratation. Même lorsqu’un animal échappe directement aux flammes, il peut succomber plusieurs heures ou plusieurs jours plus tard.

Reptiles, amphibiens et petits mammifères en première ligne

Les espèces les moins mobiles disposent de beaucoup moins de possibilités. Les hérissons, lézards, serpents, grenouilles, petits rongeurs et nombreux invertébrés peuvent être surpris dans leurs abris ou incapables de parcourir suffisamment de distance avant l’arrivée du feu. Les animaux vivant dans des terriers ne sont pas systématiquement protégés. Lorsque le feu est intense, la chaleur pénètre dans les sols superficiels et la fumée peut envahir les cavités. Les jeunes animaux, moins rapides et moins expérimentés, sont eux aussi particulièrement exposés. Les oiseaux adultes peuvent généralement prendre leur envol, mais la fumée et la chaleur perturbent leurs déplacements. Les œufs, les oisillons encore présents dans les nids et les individus blessés n’ont aucune possibilité de fuite. Les incendies détruisent également les arbres utilisés pour nicher, se nourrir ou se protéger. Les effets sur certaines espèces sensibles peuvent être considérables. Lors d’incendies précédents, des populations de reptiles protégés ont notamment été directement touchées par la destruction de leur milieu naturel.  

Une mortalité impossible à mesurer immédiatement

Aucun bilan précis de la mortalité animale provoquée par les incendies du Sud-Ouest n’est encore disponible. Les secours restent concentrés sur la protection des habitants, des habitations et des infrastructures. De vastes secteurs demeurent dangereux ou inaccessibles. Le recensement des animaux morts ne pourra débuter qu’après la sécurisation des zones incendiées et le refroidissement des sols. Même à ce moment-là, le bilan restera nécessairement incomplet. De nombreux corps sont entièrement brûlés, dissimulés sous la végétation ou rapidement emportés par des prédateurs et des charognards. Les insectes et autres petits organismes représentent une part essentielle de cette mortalité, mais leur disparition est pratiquement impossible à quantifier. Or, ils jouent un rôle central dans la pollinisation, la décomposition de la matière organique et l’alimentation des oiseaux, reptiles et petits mammifères.

Les survivants confrontés à une forêt sans nourriture ni abri

Pour les animaux qui parviennent à échapper aux flammes, le danger ne disparaît pas avec l’incendie. Une forêt brûlée ne fournit plus les mêmes ressources. Les points d’eau peuvent être souillés par les cendres, les végétaux consommables ont disparu et les arbres creux servant d’abris ou de sites de reproduction sont détruits. Les rescapés doivent alors parcourir de longues distances pour trouver un nouveau territoire. Cette concentration soudaine d’animaux dans les secteurs épargnés accentue la concurrence pour la nourriture et les abris. Elle peut aussi multiplier les passages sur les routes et les rapprochements avec les zones habitées. La destruction et la fragmentation des habitats isolent par ailleurs certaines populations animales. Les corridors naturels qui permettaient de circuler entre plusieurs massifs peuvent disparaître, obligeant les espèces à franchir des espaces urbanisés ou agricoles beaucoup plus dangereux. Les incendies détruisent à la fois la faune, la flore et les habitats nécessaires à leur cycle de vie.  

Chiens, chats, chevaux et élevages évacués dans l’urgence

Les animaux domestiques et les élevages sont également menacés. Face à un ordre d’évacuation immédiat, des habitants doivent quitter leur domicile en quelques minutes avec leurs chiens et leurs chats. Certains animaux effrayés se cachent ou refusent d’entrer dans une cage de transport, rendant leur récupération extrêmement difficile. Le déplacement des chevaux, des bovins, des moutons ou des animaux présents dans les centres équestres exige des véhicules adaptés, du personnel et des lieux d’accueil disponibles. Lorsque le feu progresse rapidement, les propriétaires ne disposent pas toujours du temps nécessaire pour organiser ces transferts.Des animaux laissés dans des jardins, des prés ou des bâtiments agricoles peuvent aussi souffrir des fumées sans être directement atteints par les flammes. Les blessures respiratoires, le stress, les brûlures et la contamination de l’eau nécessitent parfois des soins plusieurs jours après l’évacuation.

Une catastrophe écologique dont le bilan prendra des mois

Les incendies du Sud-Ouest bouleversent des écosystèmes entiers, depuis les grands mammifères jusqu’aux insectes vivant dans les sols. Les conséquences apparaîtront progressivement, lorsque les spécialistes pourront retourner dans les secteurs brûlés et comparer les populations animales avec celles observées avant les feux. La végétation finira par repousser sur une partie des surfaces touchées, mais le retour d’un habitat forestier complet prendra des années. Certaines espèces mobiles pourront recoloniser les zones incendiées. D’autres, déjà fragilisées ou dépendantes d’un milieu très précis, risquent de disparaître localement. Alors que les pompiers poursuivent leur combat pour protéger les populations et empêcher les flammes d’atteindre de nouvelles communes, une immense catastrophe animale et écologique se déroule loin des caméras, dans des forêts désormais réduites en cendres.

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