Les élections régionales du 21 septembre 2026 ont consacré une nouvelle victoire de l’extrême droite dans le nord-est de l’Allemagne, tandis que le parti conservateur du chancelier Friedrich Merz a subi une défaite historique, incapable de franchir le seuil des 5 % en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale. À Berlin, c’est le Parti de gauche qui est arrivé en tête.
Le scrutin régional de dimanche a confirmé la montée en puissance de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) dans le nord-est du pays. Avec 38,2 % des suffrages en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, le parti d’extrême droite devance nettement le Parti social-démocrate (SPD) de la ministre-présidente sortante Manuela Schwesig, crédité de 35,5 %. C’est la première fois que l’AfD remporte une élection dans ce Land.
Le résultat le plus commenté de la soirée reste toutefois l’effondrement de l’Union chrétienne-démocrate (CDU) du chancelier Friedrich Merz. Avec seulement 4,9 % des voix, le parti conservateur n’a pas atteint le seuil légal de 5 % requis pour siéger au parlement régional, une première absolue dans l’histoire de la CDU depuis la fondation de la République fédérale. Son précédent plancher historique datait de 1951, avec 9 % à Brême. Merz lui-même a qualifié ce résultat de « désastre », sans chercher à en minimiser la portée.
L’Alliance Sahra Wagenknecht (BSW), formation populiste aux positions économiques de gauche et à la politique migratoire conservatrice, a également échoué à entrer au parlement avec 4,8 % des voix. Le Parti libéral-démocrate (FDP) n’a obtenu que 1 %. Seuls quatre partis siégeront donc dans la nouvelle assemblée régionale : l’AfD (32 sièges), le SPD (29 sièges), le Parti de gauche et les Verts (5 sièges chacun).
Malgré sa victoire électorale, l’AfD se retrouve dans une impasse gouvernementale. Les autres formations ont toutes exclu toute coalition avec le parti d’extrême droite, conformément au principe du « pare-feu » maintenu par l’ensemble de la classe politique allemande. Une alliance à trois entre le SPD, le Parti de gauche et les Verts disposerait d’une majorité de 39 sièges sur 71, permettant à Manuela Schwesig de se maintenir à la tête du gouvernement régional.
Le coprésident de l’AfD, Tino Chrupalla, n’a pas tardé à tirer des conclusions politiques au niveau fédéral, estimant que Friedrich Merz devrait démissionner. « Ce serait un vrai soulagement pour ce pays », a-t-il déclaré sur la chaîne publique ARD. Alice Weidel, autre figure de proue du parti, a abondé dans le même sens, affirmant que le chancelier « ne peut plus rester en fonction ».
À Berlin, le Parti de gauche a créé la surprise en arrivant en tête du scrutin régional avec environ 25 % des voix, devançant la CDU. La candidate du parti à la mairie, Elif Eralp, née à Munich en 1981 de parents réfugiés turcs, a célébré cette victoire comme un triomphe de « l’amour et de la justice sur la haine ». Elle pourrait devenir la première maire de Berlin issue de l’immigration, à condition de former une coalition, vraisemblablement avec le SPD et les Verts.
Le vote des jeunes Berlinois a été particulièrement marqué : 43 % des électeurs âgés de 16 à 24 ans ont choisi le Parti de gauche, qui avait fait de la crise du logement son cheval de bataille, notamment en proposant l’expropriation des grands propriétaires immobiliers. C’est la première fois que les 16 et 17 ans étaient autorisés à voter dans ces deux Länder.
Sur le plan syndical, le président de Ver.di, Frank Werneke, a appelé le gouvernement fédéral à revoir ses réformes sociales, notamment le projet de suppression de la retraite à taux plein après 45 années de cotisation et l’obligation de fournir un certificat médical dès le premier jour d’arrêt maladie. « J’espère que M. Merz comprend qu’il a tout faux », a déclaré le responsable syndical dans les colonnes de la Süddeutsche Zeitung.
Ces résultats fragilisent un peu plus la position du chancelier, dont la cote de popularité est déjà à son niveau le plus bas depuis son entrée en fonctions. La question de son avenir politique se pose désormais ouvertement, même si Merz a affirmé vouloir « se mettre au travail » pour réformer l’Allemagne.

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