Le remaniement ministériel du 15 juillet, qui a écarté Mykhailo Fedorov du ministère de la Défense, continue d’agiter la scène politique ukrainienne. Malgré la nomination d’un nouveau commandant en chef et plusieurs offres de postes alternatifs, l’ex-ministre refuse tout compromis.
Des manifestants se rassemblent chaque jour dans les rues de Kiev pour réclamer le retour de Mykhailo Fedorov au gouvernement. Jeudi, l’ancien ministre a lui-même fermé la porte aux propositions de Volodymyr Zelensky, déclarant qu’il n’existait que trois postes capables d’influer réellement sur le cours de la guerre : ministre de la Défense, commandant en chef des armées ou président de l’Ukraine. Cette dernière mention n’a pas manqué d’alimenter les spéculations sur ses ambitions politiques.
« Si vous n’avez pas de ministère sous votre autorité, vous n’avez pas de budget », a résumé Alina Frolova, ancienne vice-ministre de la Défense, « et vous n’avez pas réellement le pouvoir de faire quoi que ce soit. » Un ancien responsable de la défense estime que Fedorov est devenu un candidat potentiel à la présidence dès l’instant de son éviction.
Un député de l’opposition, qui a requis l’anonymat, juge pourtant cette posture contre-productive. « Il se comporte de manière puérile », a-t-il dit. « Il cherche à faire avancer sa carrière politique, ce qui me semble stupide dans les circonstances actuelles. »
Pour tenter de contenir les dégâts, Zelensky a nommé le général de division Mykhailo Drapatyi, 43 ans, au poste de commandant en chef des armées, en remplacement d’Oleksandr Syrskyi, dont l’impopularité était notoire. Ancien commandant des forces terrestres ukrainiennes, Drapatyi jouit d’une solide réputation au sein de l’armée. « Le président a consulté pratiquement toutes les figures importantes de l’armée ukrainienne », a indiqué l’ancien conseiller gouvernemental Yuriy Sak. « C’est un général jeune, aguerri au combat, moderne. »
Cette nomination a été globalement bien accueillie, mais elle ne règle qu’une partie du problème. Oleksandr Merezhko, député du parti présidentiel Serviteur du peuple, reconnaît que la popularité quasi mythique de Fedorov a peut-être précipité sa chute, dans un contexte où Zelensky a tendance à écarter ceux qu’il perçoit comme des rivaux potentiels. « N’éclipsez pas votre maître », cite-t-il, en référence au livre de Robert Greene, Les 48 lois du pouvoir. « Son éviction a produit l’effet inverse. Sa cote a grimpé en flèche. »
Des voix plus critiques tempèrent néanmoins l’image de Fedorov. Un ancien responsable européen de la défense souligne que l’Ukraine avait déjà développé ses capacités de frappe à moyenne et longue portée avant son arrivée, et que le ministre disposait de peu d’influence directe sur ces programmes au quotidien. « La culture de l’innovation va se perpétuer indépendamment de lui. Ce sont 2 000 entreprises, pas un seul individu. » Un député de l’opposition va plus loin : « Quatre-vingt-dix-neuf pour cent de ces jeunes dans la rue n’ont aucune idée du fonctionnement du ministère de la Défense. »
Sur le front, la situation reste largement figée. Une zone de destruction de 15 à 30 kilomètres de large, où tout mouvement est détecté et attaqué par des drones, maintient les lignes dans un relatif statu quo. La campagne ukrainienne de frappes en profondeur contre le territoire russe, que Zelensky qualifie de « sanctions à longue portée », inflige par ailleurs des dommages croissants à l’économie russe.
L’urgence politique reste entière : l’Ukraine doit se préparer à un nouvel hiver sous les bombardements russes visant ses infrastructures énergétiques. « Nous devons nous préparer à traverser l’hiver », a écrit Zelensky jeudi sur Telegram. La plupart des analystes s’accordent à dire que si cette crise fragilise l’autorité du président, elle ne devrait pas provoquer de recul significatif sur le terrain. « Le secret de la résilience ukrainienne, c’est que nous sommes bien plus solides horizontalement que verticalement », résume le député d’opposition Andrii Osadchuk.
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