L’élève de 8 ans qui avait agressé une enseignante le 11 septembre à Évry-Courcouronnes doit finalement être accueilli dans un Institut thérapeutique, éducatif et pédagogique. Le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, a demandé au rectorat de Versailles et à l’Agence régionale de santé de trouver une place « dans les heures ou les jours qui viennent ». L’enfant disposait déjà d’une notification de la Maison départementale des personnes handicapées l’orientant vers ce type de prise en charge, mais faute de place disponible, il continuait d’être scolarisé dans une école ordinaire.
L’incident avait provoqué une forte réaction dans l’établissement. L’enseignante, intervenue alors que l’élève s’en prenait à un camarade, avait été projetée au sol puis frappée. Elle s’était vu prescrire sept jours d’incapacité totale de travail. Les enseignants avaient ensuite fait grève pour dénoncer une situation qu’ils jugeaient devenue ingérable. Le ministre a qualifié les actes de l’enfant d’« inqualifiables », tout en soulignant qu’il ne s’agissait pas, selon lui, d’un élève ayant agi « en pleine connaissance de cause ».
Une orientation décidée mais impossible à appliquer immédiatement
L’affaire met surtout en lumière l’écart entre les décisions prises par les MDPH et la réalité des capacités d’accueil. Lorsqu’une commission estime qu’un enfant doit être pris en charge par un établissement ou un service médico-social, cette orientation ne garantit pas qu’une place soit immédiatement disponible. Dans l’intervalle, l’Éducation nationale reste tenue d’assurer la scolarisation de l’enfant, parfois dans un cadre qui ne correspond pas pleinement à ses besoins.
Ce décalage est régulièrement signalé par les institutions chargées du handicap. La CNSA relève des délais d’attente qui peuvent atteindre plusieurs mois, voire plusieurs années, pour certaines structures spécialisées, avec des orientations MDPH qui restent parfois sans solution effective. Un rapport publié en 2026 souligne que l’offre médico-sociale demeure insuffisante ou inadaptée dans certains territoires, notamment pour les situations les plus complexes.
Des établissements spécialisés eux-mêmes sous tension
Les Instituts thérapeutiques, éducatifs et pédagogiques accueillent des enfants et adolescents dont les difficultés psychologiques ou comportementales perturbent fortement la socialisation et l’accès aux apprentissages. Leur prise en charge associe accompagnement éducatif, soins et scolarité. Ces structures font partie d’un ensemble médico-social qui reste soumis à de fortes tensions de capacité malgré l’augmentation du nombre de places au cours de la dernière décennie. Les données disponibles montraient déjà près de 19 000 places en ITEP en 2022, soit une hausse de plus de 27 % depuis 2013.
Le gouvernement cherche parallèlement à développer des solutions intermédiaires pour éviter que l’école ordinaire et l’établissement spécialisé fonctionnent comme deux univers séparés. À la rentrée 2026, près de 1 500 pôles d’appui à la scolarité étaient déployés, couvrant 56 % du territoire. Ils peuvent mobiliser des éducateurs spécialisés et des professionnels médico-sociaux directement autour de l’élève. Plus de 140 000 accompagnants d’élèves en situation de handicap travaillent également dans les établissements scolaires.
Une situation qui place aussi les enseignants en première ligne
L’inclusion scolaire a fortement progressé, mais elle suppose des moyens humains et médico-sociaux suffisants lorsque les besoins sont lourds. Les enseignants peuvent se retrouver confrontés à des situations qu’une classe ordinaire n’est pas toujours en mesure d’absorber seule, notamment lorsqu’un enfant présente des troubles importants et qu’une orientation spécialisée a déjà été décidée. L’agression d’Évry-Courcouronnes remet donc au premier plan la question de la protection des personnels sans réduire le problème à la seule responsabilité de l’enfant.
La solution annoncée pour cet élève règle potentiellement une situation individuelle, mais elle ne fait pas disparaître le problème de fond. Tant qu’un décalage persiste entre le nombre d’orientations décidées et les capacités réelles des établissements médico-sociaux, certaines écoles continueront d’accueillir des enfants pour lesquels une autre prise en charge a pourtant déjà été reconnue comme nécessaire. C’est précisément cet écart entre le droit à la scolarisation et la disponibilité effective des structures adaptées que cette affaire vient de rendre particulièrement visible.

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