Quatre jours après l’exécution qui devait la tuer, Christa Pike est toujours en vie. La condamnée à mort américaine de 50 ans demeure inconsciente, sous respirateur artificiel et hospitalisée dans un état critique après avoir reçu deux doses de pentobarbital lors de son exécution ratée dans le Tennessee. Ses avocats font désormais état d’importantes lésions aux deux bras, décrits comme « enflés, brûlés et couverts de cloques ».
Christa Pike n’aurait jamais repris connaissance depuis la tentative d’exécution du 30 septembre au Riverbend Maximum Security Institution, à Nashville. Son avocat Stephen Ferrell a indiqué dimanche que les médecins ne pouvaient toujours pas dire si elle se réveillerait, ni quelles séquelles elle pourrait conserver si elle survivait.
Près d’une heure et au moins sept aiguilles pour trouver une veine
Les difficultés ont commencé avant même l’administration du produit létal. L’équipe chargée de l’exécution a rencontré de sérieux problèmes pour installer les voies intraveineuses. Sept aiguilles auraient été insérées au cours des différentes tentatives.
Christa Pike, attachée à la table d’exécution, aurait elle-même tenté d’aider les agents à trouver un emplacement permettant de poser correctement la perfusion. Lorsque le pentobarbital a commencé à être administré, elle s’est plainte d’une douleur particulièrement intense : « J’ai l’impression que mon bras va éclater. »
Cette scène donnait une dimension tragique aux dernières déclarations de la condamnée. Quelques heures auparavant, Christa Pike expliquait ne pas avoir peur de mourir mais redouter le déroulement de son exécution. Elle avait notamment confié : « Je ne suis pas nerveuse à l’idée de mourir. Je suis seulement nerveuse à propos du processus. »
Deux injections létales, mais son cœur continue de battre
Une première dose de pentobarbital a été administrée. Le puissant barbiturique utilisé par le Tennessee devait provoquer une profonde dépression du système nerveux avant d’entraîner la mort. Christa Pike a pourtant continué à respirer.
Une seconde dose lui a alors été injectée. Là encore, la condamnée n’est pas morte. Les témoins ont entendu une respiration très bruyante, assimilée à des ronflements, tandis que le rideau séparant la chambre d’exécution de la salle des témoins était fermé puis rouvert. À 20h53, lorsque les témoins ont été évacués, elle était toujours vivante.
L’affaire avait déjà pris une tournure exceptionnelle quelques heures après les faits : après deux injections létales, Christa Pike était toujours vivante et respirait bruyamment. Le protocole ne prévoyait pas de troisième dose et la procédure a finalement été interrompue.
Ses deux bras « enflés, brûlés et couverts de cloques »
Les informations médicales apparues depuis révèlent l’ampleur des blessures provoquées pendant la procédure. Lorsque Christa Pike est arrivée à l’hôpital, ses deux bras étaient « enflés, brûlés et couverts de cloques », selon ses avocats.
Sa défense estime que les voies intraveineuses ont pu être incorrectement positionnées et que du pentobarbital aurait alors pénétré dans les tissus au lieu de circuler normalement dans les veines. Les avocats affirment que l’équipe chargée de l’exécution n’aurait pas identifié le problème avant l’administration de la seconde dose.
Les conséquences étaient déjà suffisamment graves au lendemain de la procédure pour que Christa Pike soit hospitalisée dans un état critique après les deux injections. Elle est depuis maintenue sous assistance respiratoire pendant que les médecins traitent les effets du pentobarbital encore présent dans son organisme.
Toujours inconsciente quatre jours plus tard
Dimanche, quatre jours après l’exécution ratée, la situation n’avait pas évolué favorablement. Stephen Ferrell a indiqué qu’à sa connaissance, Christa Pike n’avait jamais repris conscience. Elle demeure intubée et sous respirateur artificiel.
Les médecins ne sont toujours pas en mesure d’établir son pronostic définitif. Plusieurs jours pourraient encore être nécessaires avant de déterminer si elle peut retrouver connaissance et, le cas échéant, quelles séquelles neurologiques ou physiques elle conservera.
Condamnée à mort pour le meurtre de Colleen Slemmer
Christa Pike avait 18 ans lorsqu’elle a participé, en janvier 1995, au meurtre de Colleen Slemmer, 19 ans, à Knoxville. La jeune femme avait été attirée dans une zone isolée avant d’être battue, poignardée et tuée. Pike avait ensuite conservé un fragment du crâne de sa victime. Elle avait été reconnue coupable de meurtre au premier degré et condamnée à mort en 1996.
Après environ trente années passées dans le couloir de la mort, elle devait devenir la première femme exécutée dans le Tennessee depuis plus de deux siècles. Ses derniers recours avaient échoué et le gouverneur Bill Lee avait refusé de lui accorder sa grâce.
L’exécution devait mettre un terme à une affaire criminelle vieille de plus de trente ans. Elle a finalement ouvert une nouvelle bataille judiciaire et médicale.
Le patron des prisons démissionne, une enquête indépendante est lancée
Les conséquences atteignent désormais la direction de l’administration pénitentiaire du Tennessee. Frank Strada, commissaire du Tennessee Department of Correction, a annoncé sa démission quelques jours après l’exécution ratée. Son départ doit prendre effet à la fin du mois.
Le gouverneur Bill Lee a parallèlement confié une enquête indépendante à l’ancien procureur fédéral Ed Stanton. Elle devra notamment déterminer si le protocole d’exécution a été correctement appliqué et si des modifications sont nécessaires avant toute nouvelle injection létale dans l’État.
Les avocats de Christa Pike ont également demandé à la justice que tous les documents, matériels et éléments liés à la tentative d’exécution soient conservés. Ils réclament désormais que sa condamnation à mort soit commuée en réclusion à perpétuité.
Christa Pike reste pour l’heure dans un lit d’hôpital, inconsciente et reliée à un respirateur. Deux doses de pentobarbital n’ont pas provoqué sa mort. Elles l’ont laissée dans un état critique, avec les deux bras gravement atteints, sans que personne puisse encore dire si elle se réveillera.

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