Jugé mercredi 30 septembre pour avoir refusé de célébrer le mariage d’un ressortissant algérien sous OQTF, Robert Ménard a assumé sa décision devant le tribunal correctionnel de Montpellier. À ses côtés, Bruno Retailleau a porté un soutien ferme, entouré de nombreux élus. Le parquet a requis 7 500 euros d’amende, sans demander d’inéligibilité. Le jugement sera rendu le 1er décembre.
Sous une pluie battante, Robert Ménard est arrivé au tribunal accompagné de Bruno Retailleau et entouré d’une cinquantaine d’élus portant leur écharpe tricolore. L’image résume la dimension prise par cette affaire : derrière le maire de Béziers, une partie de la droite entend défendre les élus confrontés à ce qu’ils dénoncent comme les contradictions de l’État. À l’extérieur, les slogans hostiles de manifestants ont croisé la Marseillaise entonnée par ses partisans. Dans cette atmosphère tendue, l’ancien ministre de l’Intérieur a affiché une solidarité sans détour avec l’édile.
Bruno Retailleau, un soutien personnel et politique sans ambiguïté
« Robert est un ami, je suis à ses côtés », a déclaré Bruno Retailleau avant l’audience. Le candidat à la présidentielle a dénoncé une situation que, selon lui, des millions de Français ne comprennent pas : voir un maire poursuivi après avoir refusé de célébrer l’union d’un homme que l’administration avait décidé d’éloigner du territoire. « On marche sur la tête ! », a-t-il lancé. Par sa présence et la fermeté de ses déclarations, l’ancien locataire de Beauvau a donné une portée nationale à la défense de Robert Ménard, en reliant son cas à la question de l’autorité de l’État.
Cité comme témoin, Bruno Retailleau a également invoqué son expérience ministérielle et les difficultés d’exécution des obligations de quitter le territoire français. « Marier ce couple, c’était neutraliser une décision de l’État », a-t-il estimé à l’audience, affirmant qu’il aurait pris la même décision. Cette appréciation politique constitue le cœur de son soutien : à ses yeux, les pouvoirs publics placent les maires dans une position intenable lorsqu’ils leur demandent de célébrer le mariage d’une personne faisant l’objet d’une mesure d’éloignement.
Robert Ménard, lui, n’a pas cherché à se dérober. « Je savais les risques que je prenais », a-t-il déclaré. L’affaire remonte au 7 juillet 2023, lorsqu’il avait refusé de marier Eva M., une Française, et Mustapha B., un ressortissant algérien en situation irrégulière, malgré le feu vert du parquet. Ce dernier avait ensuite été expulsé vers l’Algérie. L’élu défend depuis une position constante : il estime contradictoire de devoir célébrer une union alors que l’État considère que le futur époux doit quitter la France. Une situation qu’Emmanuel Macron avait lui-même qualifiée d’« ubuesque » en 2025, sans que les changements législatifs espérés par le maire aient abouti avant son procès.
Des élus mobilisés et une décision attendue le 1er décembre
Autour de Robert Ménard, la mobilisation dépasse le seul engagement de Bruno Retailleau. Le sénateur Stéphane Demilly, auteur d’une proposition de loi visant à interdire le mariage aux personnes en situation irrégulière, a défendu une modification du cadre légal : « La loi actuellement est obsolète, dépassée », a-t-il estimé. David Lisnard, maire de Cannes et président de l’Association des maires de France, figure également parmi les soutiens de l’édile. Présent à Montpellier, Jean-Luc Meissonnier, maire de Baillargues, a exprimé sa solidarité avec son collègue et dénoncé des dispositions qu’il juge inadaptées aux responsabilités des maires.
Le désaccord avec le parquet demeure toutefois entier. En droit, l’irrégularité du séjour ne constitue pas, à elle seule, un obstacle au mariage, dont la liberté bénéficie d’une protection constitutionnelle. Le procureur Thierry Lescouarc’h a donc rappelé l’obligation du maire d’appliquer la loi et contesté la contradiction invoquée par la défense. Le parquet n’avait pas retenu les soupçons de mariage blanc avancés initialement par Robert Ménard. De son côté, l’avocate du couple, Vanessa Edberg, a insisté sur les conséquences humaines de cette affaire pour ses clients.
Au terme de l’audience, le ministère public a requis 7 500 euros d’amende, sans peine de prison ni inéligibilité. Les avocats de Robert Ménard ont plaidé la relaxe. Ces réquisitions ne préjugent pas du jugement, attendu le 1er décembre, mais elles ont apporté un soulagement au maire de Béziers, qui redoutait notamment une sanction affectant son mandat. Sur le terrain politique, sa détermination reste intacte : « Oui, la loi doit changer », a-t-il réaffirmé. Avec Bruno Retailleau à ses côtés, cette revendication dispose désormais d’un relais national particulièrement engagé.

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