Plus de 200 écrivaines françaises ont signé une tribune publiée vendredi 6 novembre dans Libération pour dénoncer le sexisme qu’elles estiment présent dans l’attribution des grandes récompenses littéraires. Parmi les signataires figurent Annie Ernaux, prix Nobel de littérature 2022, Virginie Despentes, Anne Godard, Anne Berest ou encore Aurélie Valognes. Leur mobilisation intervient après une rentrée littéraire au cours de laquelle les cinq principaux prix français ont tous été attribués à des hommes. Les autrices dénoncent un fonctionnement qui, selon elles, ne reflète ni la diversité de la création contemporaine ni la place occupée par les femmes dans le paysage éditorial. Elles réclament une transformation des jurys et des modalités de désignation des lauréats, estimant que les règles actuelles contribuent à maintenir des déséquilibres anciens.
Le palmarès de cette année constitue le point de départ de leur contestation. Philippe Jaenada a remporté le prix Goncourt pour L’Inconnue du quai de Javel, François-Henri Désérable le Renaudot pour Le Palais, Yannick Haenel le Femina pour La solitude des professeurs est infinie, Philippe Vasset le Médicis pour Dans les grandes lignes et Sébastien Lapaque le Grand prix du roman de l’Académie française. Les signataires soulignent que plusieurs romans écrits par des femmes avaient pourtant bénéficié d’un accueil favorable de la critique et des libraires. Elles s’interrogent particulièrement sur les choix du jury Femina, composé exclusivement de femmes, ainsi que sur ceux du Médicis, qui a récompensé le seul homme figurant parmi les sept finalistes. Pour les autrices, cette succession de décisions dépasse la simple coïncidence et révèle un problème structurel dans le fonctionnement des grandes institutions littéraires.
Des jurys accusés de fonctionner en vase clos
Au-delà des résultats de cette année, les signataires mettent en cause la composition et le renouvellement des jurys. Elles dénoncent notamment des mécanismes de cooptation et la présence de membres nommés pour de très longues périodes, parfois à vie. Selon elles, ces pratiques favorisent la reproduction des mêmes critères de sélection et limitent l’ouverture à d’autres sensibilités littéraires. La tribune, initiée notamment par la philosophe Camille Froidevaux-Metterie et les écrivaines Louise Chennevière et Anne Godard, réclame ainsi des jurys renouvelés régulièrement, respectant la parité et représentant une plus grande diversité éditoriale. Les signataires estiment également que certains thèmes abordés dans des romans écrits par des femmes, notamment les violences sexuelles et l’inceste, restent insuffisamment reconnus par les institutions littéraires traditionnelles. Elles soulignent enfin que les autrices issues de la diversité rencontrent, selon elles, des difficultés particulières pour accéder aux dernières sélections.
Cette mobilisation soulève également la question des conséquences économiques des prix littéraires. Obtenir le Goncourt, le Renaudot ou le Femina peut considérablement augmenter les ventes d’un ouvrage, prolonger sa présence en librairie et renforcer la notoriété de son auteur. Les signataires considèrent donc que les choix des jurys influencent directement les possibilités de carrière et les revenus des écrivains. Certaines femmes ont néanmoins été récompensées cette année dans d’autres catégories : Anne Godard a reçu le prix Décembre, Lucie Rico le prix de Flore et l’Américaine Laura Kasischke le Femina étranger. En 2025, trois des cinq grandes récompenses avaient par ailleurs distingué des écrivaines, ce qui rappelle que les palmarès varient d’une année à l’autre. La tribune publiée vendredi ne demande pas l’attribution automatique de prix aux femmes, mais une réforme des conditions dans lesquelles les œuvres sont évaluées. Elle relance ainsi un débat récurrent sur la représentativité des institutions littéraires françaises et sur leur capacité à reconnaître la diversité des écrivains contemporains.









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