Le FSB russe a arrêté un journaliste du quotidien Hokkaido Shimbun sur l’île de Sakhaline, l’accusant de collecter des informations militaires pour le compte des services de renseignement japonais. Tokyo a convoqué l’ambassadeur russe et protesté vigoureusement contre cette détention.
Les services de sécurité russes ont annoncé mardi l’arrestation d’un ressortissant japonais identifié comme Yuki Imai, journaliste accrédité du Hokkaido Shimbun, un grand quotidien du nord du Japon. L’homme a été interpellé sur l’île de Sakhaline, dans l’Extrême-Orient russe, au motif qu’il aurait recueilli des informations sur les capacités de défense russes au profit des services de renseignement japonais. Des images diffusées par la télévision d’État russe montrent un homme menotté par trois individus masqués en uniformes noirs, avant d’être escorté par des agents du FSB jusqu’à un avion. Un tribunal moscovite a ordonné son placement en détention provisoire pour une durée de deux mois.
La réaction de Tokyo n’a pas tardé. Le ministère japonais des Affaires étrangères a convoqué l’ambassadeur russe Nikolaï Nozdrev dès mercredi et formulé une « protestation ferme » contre la détention de ce citoyen japonais, dénonçant les « déclarations unilatérales » de Moscou alors qu’aucune explication officielle n’avait été transmise aux autorités japonaises. Le secrétaire général du gouvernement, Minoru Kihara, a demandé que le journaliste soit traité « de manière juste et humaine » et réclamé un accès consulaire, jusqu’ici refusé. « Nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour protéger ce citoyen japonais », a-t-il déclaré.
Le Hokkaido Shimbun, qui n’a pas encore confirmé publiquement l’identité de son correspondant, indique que celui-ci travaillait en Russie sous visa journalistique et devait quitter le territoire lundi. La porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova, a quant à elle affirmé que le Japon utiliserait des journalistes accrédités pour collecter des informations sensibles sur le territoire russe.
Cette arrestation survient dans un climat diplomatique déjà fortement dégradé entre les deux pays. Le différend territorial autour des quatre îles les plus méridionales des Kouriles, occupées par Moscou depuis les derniers jours de la Seconde Guerre mondiale et revendiquées par Tokyo sous le nom de « Territoires du Nord », n’a jamais permis la conclusion d’un traité de paix entre les deux États. Les tensions se sont encore accrues depuis que le Japon a rejoint les sanctions occidentales contre la Russie en raison de la guerre en Ukraine. En août dernier, la visite du président Vladimir Poutine sur l’une de ces îles, une première pour lui, avait suscité la condamnation de la Première ministre japonaise Sanae Takaichi, qui avait qualifié ce déplacement d’« absolument inacceptable ». La Russie a par ailleurs renforcé ces dernières années sa présence militaire sur l’archipel, en y déployant des systèmes de missiles et en développant ses infrastructures aéronautiques.

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