La ville d’el-Obeid, dans l’État du Kordofan du Nord, subit depuis plusieurs mois des frappes de drones des Forces de soutien rapide (FSR) qui détruisent les infrastructures civiles et plongent la population dans une crise humanitaire grave. Trois enfants ont été tués dans l’attaque d’une école primaire.
Des maisons rasées, des décombres là où se dressait une école : les images publiées par Ayin Network, un média soudanais indépendant, montrent l’étendue des destructions causées par les drones paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR) à el-Obeid, capitale du Kordofan du Nord. Réseaux électriques, stations de traitement de l’eau, hôpitaux, universités et établissements scolaires ont été ciblés.
La ville, qui comptait autrefois un demi-million d’habitants, accueille désormais plusieurs centaines de milliers de déplacés. Ahmed Awad, responsable de projets pour l’organisation Plan International sur place, décrit une population en lutte pour sa survie. Les médicaments manquent, la nourriture se raréfie et l’accès à l’eau potable est devenu un calvaire quotidien. « Parfois, on peut passer toute la journée pour obtenir un litre d’eau pour deux ou trois jours », témoigne-t-il. Ce sont le plus souvent les enfants et les adolescents qui sont envoyés faire la queue aux rares points d’eau encore fonctionnels.
Un drone a frappé une école primaire, tuant trois enfants. Le traumatisme s’est propagé bien au-delà des victimes directes. « Une mère m’a dit que trois de ses enfants ne peuvent plus dormir, tant ils vivent dans la peur que quelque chose se reproduise », rapporte Awad. Beaucoup d’élèves refusent désormais de retourner en classe. Ceux qui s’y rendent vivent sous la menace permanente d’une frappe. Les équipes de Plan International tentent d’apporter un soutien psychologique aux enfants affectés.
El-Obeid occupe une position stratégique : la ville est le seul carrefour commercial majeur entre Khartoum, contrôlée par les Forces armées soudanaises (FAS), et la région du Darfour, en grande partie aux mains des FSR. L’armée y maintient quelque 13 000 soldats. Les FSR ont déployé leurs troupes à environ 30 kilomètres des limites de la ville et utilisent les drones pour bombarder les infrastructures civiles depuis que les combats se sont déplacés du Darfour vers le Kordofan en début d’année.
Analystes, organisations humanitaires et Nations unies ont mis en garde contre le risque d’une capture d’el-Obeid par les FSR, redoutant un scénario comparable à celui d’el-Fasher, dans le Kordofan du Nord voisin. En octobre 2025, après dix-huit mois de siège et des bombardements d’infrastructures, les FSR ont pris d’assaut cette ville. Une mission d’établissement des faits de l’ONU a présenté au Conseil des droits de l’homme à Genève des preuves d’atrocités et identifié des « caractéristiques de génocide ».
« Nous sommes alarmés par les hostilités en cours autour de la ville, notamment les frappes de drones fréquentes », déclarait en juin Pekka Haavisto, envoyé personnel du secrétaire général de l’ONU pour le Soudan. « Toute nouvelle escalade placerait des milliers de personnes en danger. »
Francesco Lanino, directeur adjoint de Save the Children au Soudan, a visité récemment le camp de déplacés de Tawila, près d’el-Fasher, tombé aux mains des FSR en octobre. Il y a rencontré des enfants incapables de parler après ce qu’ils avaient vécu. « Si ces traumatismes ne sont pas pris en charge, ils pourraient chercher à se venger, car tout ce stress, tous ces traumatismes, pourraient déboucher sur une nouvelle vague de violence », avertit-il.
La situation militaire a connu un retournement récent. L’armée soudanaise a lancé une offensive depuis Khartoum en direction du Kordofan et annonce avoir repris le contrôle de l’axe routier de 360 kilomètres reliant Omdurman à el-Obeid. Le chef d’état-major des FAS, Abdel-Fattah al-Burhan, a inspecté par hélicoptère les zones reconquises dans le Kordofan du Nord et félicité ses troupes. Les habitants d’el-Obeid ont célébré l’arrivée des forces armées, la menace immédiate semblant s’être provisoirement éloignée.
Lors de leur repli, des combattants des FSR ont pillé marchés et villages du Kordofan du Nord et commis des violations des droits humains contre les habitants, selon le Sudan Tribune. Lundi dernier, le commandant des FSR Mohamed Hamdan Dagalo, dit « Hemeti », a autorisé ses commandants sur le terrain à lancer des contre-offensives sans attendre d’ordres du haut commandement, une décision susceptible d’entraîner de nouvelles attaques contre les civils.
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