Dans les sous-sols du studio Aardman, à Bristol, le temps semble fonctionner autrement. Alors que l’intelligence artificielle transforme progressivement les méthodes de fabrication dans l’animation, les équipes britanniques continuent de déplacer à la main des marionnettes en pâte à modeler, image après image. C’est cette méthode artisanale qui est au cœur de La bêêête d’Halloween, le troisième film consacré à Shaun le mouton, réalisé après trois ans et demi de travail et attendu au Royaume-Uni le 18 septembre, puis en France le 21 octobre.
Pour donner vie à quelques secondes de film, les animateurs doivent effectuer une succession de mouvements minuscules et photographier chaque étape. Sur ce nouveau long métrage, quelque 106 688 prises de vues ont été nécessaires. Un animateur peut ainsi consacrer environ deux jours à seulement 48 images, soit deux secondes à l’écran. Une prouesse qui explique aussi pourquoi le travail d’Aardman conserve une dimension presque performative : chaque mouvement est calculé, chaque prise compte et les retours en arrière sont particulièrement compliqués.
Aardman revendique une animation sans intelligence artificielle
La fabrication des personnages reste elle aussi profondément manuelle. Les marionnettes sont conçues dans les ateliers du studio, avec des squelettes métalliques mobiles, du silicone pour certaines parties et surtout de la pâte à modeler pour les zones les plus expressives. Les bouches interchangeables permettent notamment de modifier les expressions et de faire correspondre les mouvements aux différents sons. Le numérique n’est pas absent, mais Aardman assure qu’il intervient uniquement pour compléter et mettre en valeur le travail réalisé physiquement sur les plateaux.
Surtout, le studio affirme que La bêêête d’Halloween a été réalisé sans recourir à l’intelligence artificielle. Une position qui prend une résonance particulière dans une industrie où les outils génératifs commencent à susciter autant d’enthousiasme que d’inquiétudes. Chez Aardman, l’argument défendu est presque celui de la continuité : comme lors de l’arrivée des premiers grands films entièrement réalisés en images de synthèse dans les années 1990, la technologie n’a pas nécessairement fait disparaître les techniques plus anciennes. Le studio mise donc sur ce qui constitue sa signature depuis près d’un demi-siècle : l’imperfection maîtrisée, le travail manuel et cette impression que les personnages ont réellement été animés par des artistes plutôt que produits par une machine.

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