C’est une perspective majeure pour l’avenir énergétique de la France. L’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR) estime qu’il n’existe, à ce stade, aucun obstacle technique insurmontable à la poursuite du fonctionnement des réacteurs nucléaires français au-delà de 60 ans. Présentée jeudi 22 octobre 2026, cette première conclusion pourrait ouvrir la voie à une prolongation de l’exploitation d’une partie du parc d’EDF pendant plusieurs décennies supplémentaires. Le président de l’ASNR, Pierre-Marie Abadie, a toutefois insisté sur le caractère préliminaire de cette évaluation. Le régulateur considère que des solutions techniques peuvent être envisagées pour répondre aux difficultés liées au vieillissement des installations, mais leur efficacité devra encore être démontrée. Cette annonce intervient à un moment stratégique pour la politique énergétique française, alors que le pays doit simultanément maintenir sa production d’électricité, investir dans de nouveaux réacteurs et adapter son système énergétique aux enjeux climatiques.
La question concerne directement l’avenir du parc nucléaire français, composé de 57 réacteurs exploités par EDF. Une grande partie des installations actuelles a été mise en service au cours des années 1980, ce qui signifie que plusieurs réacteurs atteindront progressivement l’âge de 60 ans dans les décennies à venir. Sans prolongation, la France pourrait être confrontée à une succession d’arrêts définitifs sur une période relativement courte. Une telle situation poserait des difficultés importantes pour la sécurité d’approvisionnement et nécessiterait de nouvelles capacités de production électrique. En France, les autorisations d’exploitation des réacteurs ne sont pas délivrées pour une durée fixe. EDF doit cependant réaliser des réexamens de sûreté tous les dix ans, sous le contrôle du régulateur. Ces inspections permettent notamment d’évaluer l’état des équipements, de vérifier leur conformité aux exigences de sécurité et de déterminer les améliorations nécessaires. La perspective d’une exploitation au-delà de 60 ans ne constitue donc pas une autorisation automatique, mais une possibilité qui devra être étudiée individuellement pour chaque installation.
Des travaux importants encore nécessaires pour garantir la sûreté
Le principal défi concerne le vieillissement des équipements qui ne peuvent pas être remplacés facilement, voire qui ne peuvent pas l’être du tout. C’est notamment le cas de la cuve du réacteur, élément central de l’installation, mais également de certaines structures en béton et de composants du circuit primaire. Ces équipements sont soumis, pendant plusieurs décennies, à des contraintes thermiques, mécaniques et radiologiques susceptibles de modifier progressivement leurs propriétés. Les spécialistes doivent donc déterminer si leur résistance demeure suffisante pour garantir un fonctionnement sûr. L’ASNR examine également les conséquences de l’évolution des modes de production électrique. Avec le développement des énergies renouvelables, les réacteurs nucléaires sont davantage sollicités pour adapter leur puissance aux variations de la demande et de la production solaire ou éolienne. Ces changements peuvent entraîner des contraintes supplémentaires sur les installations. Pour Pierre-Marie Abadie, la poursuite des études constitue une condition indispensable avant toute décision définitive. Le régulateur souhaite notamment éviter que les futurs choix énergétiques conduisent à opposer la sécurité d’approvisionnement aux impératifs de sûreté nucléaire.
Sur le plan économique, cette perspective représente un enjeu considérable pour EDF et pour l’État français. Prolonger des réacteurs existants pourrait permettre de conserver d’importantes capacités de production tout en évitant leur remplacement immédiat par de nouvelles installations. Cette stratégie nécessiterait néanmoins des investissements importants dans la maintenance, les contrôles et la modernisation des centrales. Elle s’inscrit également dans une politique de relance du nucléaire qui prévoit la construction de six nouveaux réacteurs EPR2, avec la possibilité d’en commander huit supplémentaires. Les enjeux financiers sont donc multiples : prolonger les installations actuelles, financer de nouvelles capacités et maintenir un prix de l’électricité compatible avec les besoins des ménages et des entreprises. La question de l’acceptabilité environnementale reste également présente, notamment concernant la gestion des déchets radioactifs et les risques associés au vieillissement des équipements. Pour l’heure, l’ASNR a ouvert une consultation publique, organisée du 22 octobre au 2 décembre 2026, afin de recueillir les observations des citoyens et des acteurs concernés. Son avis définitif est attendu début 2027. Il ne vaudra pas autorisation de prolongation, mais constituera une étape déterminante dans la définition de la stratégie énergétique française pour les prochaines décennies.

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