Le prix du kérosène, qui a plus que doublé depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, va rattraper les compagnies aériennes européennes dès l’an prochain, quand leurs contrats de protection financière arriveront à expiration. Les passagers pourraient en payer le prix fort.
Michael O’Leary ne mâche pas ses mots. Le directeur général de Ryanair, première compagnie aérienne européenne en nombre de passagers, a annoncé lors d’une conférence de presse à Bruxelles que les tarifs aériens allaient connaître « la plus forte hausse de l’histoire en Europe au cours des 12 prochains mois ». Sa prévision : une augmentation de 10 à 20 % des prix des billets d’avion sur le continent d’ici à 2027.
Le principal facteur est le carburant. Depuis le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient fin février, le prix du kérosène a bondi de 750 dollars la tonne à environ 1 550 dollars en septembre, selon la Fédération nationale de l’aviation et de ses métiers. Une multiplication par deux d’un poste qui représente habituellement près d’un tiers des coûts d’exploitation d’une compagnie aérienne.
Jusqu’ici, les transporteurs européens ont largement amorti le choc grâce à des mécanismes de couverture financière : ils avaient acheté à l’avance une partie de leur carburant à des prix fixés avant la crise. Ryanair, par exemple, a sécurisé 80 % de ses besoins à environ 67 dollars le baril jusqu’en mars 2027. Mais à partir d’avril de la même année, la compagnie irlandaise n’est couverte qu’à hauteur de 15 %, à 85 dollars le baril, soit deux fois moins que les cours actuels. Une situation que partagent la plupart des grandes compagnies européennes. Au fur et à mesure que ces contrats expireront, elles devront s’approvisionner au prix du marché et répercuter la différence sur leurs clients.
En France, la tendance est déjà perceptible. L’indice des prix du transport aérien publié par la Direction générale de l’aviation civile fait état d’une hausse de 10,6 % des billets au départ de France en septembre 2026, comparé à la même période un an plus tôt. Les vols internationaux tirent cette progression vers le haut, avec des augmentations de 16 % vers les destinations de l’Union européenne, de 14,2 % vers l’Amérique du Nord et de 14 % vers l’Amérique latine. Les liaisons intérieures résistent mieux, avec une hausse limitée à 3,7 %. Sur les neuf premiers mois de l’année, la progression moyenne reste autour de 3 %, ce qui indique que l’accélération est récente et concentrée sur les dernières semaines.
La réduction de l’offre de sièges constitue un second facteur de pression sur les prix. Les faillites et les rapprochements entre compagnies ont réduit la capacité disponible en Europe, tandis que la demande reste soutenue. Ryanair elle-même contribue à ce mouvement : O’Leary a annoncé le même jour la suppression de 20 lignes et de plus d’un million de sièges au départ de la Belgique cet hiver, en réaction au projet belge de porter la taxe aérienne de 2 à 7 euros dès janvier prochain.
Si Ryanair a un intérêt évident à dénoncer la fiscalité pesant sur le secteur, les fondamentaux économiques donnent du crédit à ses prévisions. Avec un carburant durablement cher et des protections contractuelles qui s’épuisent, les compagnies aériennes auront peu de marges de manœuvre pour éviter de faire supporter une partie de la facture à leurs passagers.

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