SOCIÉTÉ Environnement

Dessalement de l’eau de mer : une solution contre la sécheresse qui coûte cher à l’environnement

Dessalement de l'eau de mer : une solution contre la sécheresse qui coûte cher à l'environnement
Dessalement de l'eau de mer : une solution contre la sécheresse qui coûte cher à l'environnement

Transformer l’eau de mer en eau potable est devenu une réponse stratégique au manque d’eau dans de nombreuses régions du monde. Du Moyen-Orient à l’Espagne, en passant par l’Afrique du Nord, les usines de dessalement se multiplient pour alimenter les populations, les entreprises et certaines activités agricoles. Selon les estimations internationales, plus de 20 000 installations de dessalement fonctionnent dans le monde, avec une capacité de production dépassant les 100 millions de mètres cubes d’eau par jour. Cette technologie offre une ressource relativement indépendante des précipitations, mais elle présente des limites importantes : consommation d’électricité, coûts d’investissement élevés et rejet de saumures concentrées dans le milieu marin. Alors que les épisodes de sécheresse deviennent plus fréquents dans plusieurs régions, le dessalement apparaît comme un outil de sécurisation de l’approvisionnement, sans pouvoir remplacer une gestion durable des ressources en eau.

Le procédé le plus répandu repose sur l’osmose inverse. L’eau de mer est prélevée, filtrée, puis envoyée sous forte pression à travers des membranes capables de retenir l’essentiel des sels dissous. Une fois traitée et reminéralisée, elle peut être distribuée comme eau potable, sous réserve de respecter les normes sanitaires. L’osmose inverse consomme généralement entre 3 et 4 kilowattheures d’électricité par mètre cube d’eau de mer dessalée, même si les besoins varient selon les installations et les conditions d’exploitation. À titre de comparaison, produire 100 000 mètres cubes d’eau par jour peut nécessiter environ 300 à 400 mégawattheures d’électricité quotidiennement pour l’étape de dessalement. Le prix de production peut descendre autour de 0,50 à 1,50 dollar par mètre cube dans de grandes installations performantes, mais il peut être nettement supérieur sur les petites îles ou lorsque l’énergie, le transport et les investissements coûtent cher. Ces chiffres ne correspondent pas au prix final payé par les ménages, qui dépend aussi du traitement complémentaire, des réseaux de distribution et des taxes.

Des usines géantes, mais aussi des conséquences pour les océans

Le Moyen-Orient reste l’une des principales régions utilisatrices du dessalement. En Arabie saoudite et dans les Émirats arabes unis, cette technologie occupe une place essentielle dans l’approvisionnement en eau potable. En Israël, plusieurs grandes usines installées sur la côte méditerranéenne fournissent une part importante de l’eau destinée à la consommation humaine. L’Algérie et le Maroc développent également leurs capacités pour faire face à la pression démographique et à la raréfaction des précipitations. En Europe, l’Espagne dispose d’une expérience ancienne, notamment dans les régions méditerranéennes et les îles Canaries. Le principal défi environnemental concerne la saumure, un rejet plus salé que l’eau de mer initialement prélevée. Une étude internationale publiée en 2019 estimait la production mondiale de saumure à environ 142 millions de mètres cubes par jour, pour une production d’eau dessalée d’environ 95 millions de mètres cubes. Les quantités actuelles peuvent être différentes, compte tenu de l’évolution rapide du secteur. Lorsque ces rejets sont mal dispersés, ils peuvent augmenter localement la salinité des fonds marins et affecter certains organismes aquatiques. Les prises d’eau peuvent également perturber la faune marine, tandis que les traitements chimiques nécessitent des précautions particulières.

La France possède elle aussi des installations de dessalement, principalement dans certains territoires insulaires et ultramarins où les ressources en eau douce sont limitées. À Mayotte, les épisodes de pénurie ont montré l’intérêt de diversifier les moyens d’approvisionnement, même si la construction et l’exploitation d’installations supplémentaires soulèvent des questions de financement, de maintenance et de disponibilité énergétique. En métropole, le dessalement demeure moins développé que dans plusieurs pays méditerranéens, notamment parce que les réseaux existants s’appuient largement sur les nappes souterraines, les rivières et les retenues d’eau. Son déploiement pourrait néanmoins être étudié dans certains territoires littoraux particulièrement exposés aux sécheresses. Pour réduire son empreinte environnementale, l’industrie développe des membranes plus efficaces, des systèmes de récupération d’énergie et des projets associant dessalement et électricité renouvelable. Mais les spécialistes rappellent que la réduction des fuites dans les réseaux, la réutilisation des eaux usées traitées, les économies d’eau et la protection des nappes restent souvent prioritaires. Le dessalement peut donc constituer une assurance contre les pénuries, mais son coût et ses conséquences écologiques imposent de le réserver aux situations où il apporte une réelle valeur ajoutée.

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