La quasi-totalité des récifs coralliens peu profonds de la planète se trouvent en situation d’extrême danger, selon la première évaluation systématique jamais réalisée à l’échelle mondiale. Le changement climatique est identifié comme la menace principale.
C’est un constat alarmant que l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) a présenté lors du sommet mondial sur la biodiversité COP17, réuni à Erevan, en Arménie. Selon cette première évaluation exhaustive portant sur 127 systèmes de récifs coralliens tropicaux et subtropicaux, 96 % d’entre eux sont désormais classés en danger critique d’extinction, la catégorie de risque la plus élevée de l’organisation.
Les récifs coralliens peu profonds, ces écosystèmes colorés qui s’étendent jusqu’à une quarantaine de mètres de profondeur, abritent une biodiversité exceptionnelle. Ils couvrent environ 188 000 kilomètres carrés à travers le monde et constituent l’habitat de poissons de récif, de tortues marines, de requins et de nombreux mollusques. Parmi les sites les plus emblématiques concernés figurent la Grande Barrière de corail australienne, le Triangle de corail dans le Pacifique occidental et en Asie du Sud-Est, le système récifal mésoaméricain ainsi que les récifs de la mer Rouge.
Le mécanisme de destruction est bien documenté : lorsque la température de l’eau s’élève au-delà d’un certain seuil, les coraux expulsent les micro-algues qui vivent dans leurs tissus et assurent une grande partie de leur alimentation. Ce phénomène, connu sous le nom de blanchissement corallien, peut conduire à la mort des colonies. L’UICN souligne que « le stress thermique lié au changement climatique est la menace la plus constante et la plus déterminante dans le déclin des récifs à l’échelle mondiale ».
Le réchauffement climatique n’est pas le seul facteur en cause. La surpêche, notamment celle des perroquets de mer et des mérous, qui jouent un rôle essentiel dans l’équilibre des écosystèmes récifaux, aggrave la situation. L’artificialisation des littoraux, la pollution, le tourisme de masse et l’intensification des tempêtes contribuent également à la dégradation de ces milieux. Lorsque les coraux durs disparaissent, leurs structures sont progressivement colonisées par des algues, des débris et des éponges, donnant naissance à des écosystèmes appauvris, bien moins favorables à la vie marine.
L’étude s’appuie sur un scénario climatique du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), qui anticipe un réchauffement d’environ 2,7 degrés Celsius par rapport aux niveaux préindustriels d’ici à 2100. Sans intégrer ces projections futures et en se limitant aux seules évolutions observées sur les cinquante dernières années, seuls 24 % des récifs seraient classés en danger critique, ce qui illustre l’ampleur de la menace à venir.
Mishal Gudka, responsable scientifique de l’évaluation de la Liste rouge des écosystèmes coralliens de l’UICN, insiste néanmoins sur la marge d’action qui demeure : « Les mesures que nous prendrons au cours des prochaines années détermineront l’état de ces écosystèmes à la fin du siècle, qu’ils subsistent tels que nous les connaissons ou qu’ils se transforment en un écosystème différent, moins précieux pour la nature et pour les populations. » La directrice générale de l’UICN, Grethel Aguilar, abonde dans ce sens : « Il n’est pas trop tard pour donner aux récifs coralliens une chance de se rétablir », à condition de réduire significativement les émissions de gaz à effet de serre, de renforcer la protection et la restauration des milieux, et d’investir durablement dans la résilience des écosystèmes côtiers.

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