Dans un petit village des îles Fidji, au cœur de l’océan Pacifique, une initiative locale démontre qu’il est possible de restaurer des écosystèmes marins menacés. À Naidiri, près de la ville de Nadi, les habitants ont entrepris depuis 2009 de protéger leurs zones de pêche et de replanter des milliers de coraux afin de favoriser le retour de la biodiversité. Dix-sept ans plus tard, les résultats sont particulièrement encourageants : les poissons sont plus nombreux, certaines espèces qui avaient disparu réapparaissent et des requins ont même été observés dans des secteurs où ils n’avaient plus été aperçus depuis plusieurs décennies. Cette réussite est le fruit d’un travail collectif mené par les 147 habitants du village, particulièrement par les jeunes générations, mobilisées pour préserver les ressources naturelles dont dépend une partie de leur alimentation. L’expérience attire désormais l’attention de scientifiques, d’organisations environnementales et de visiteurs étrangers, intéressés par cette méthode de restauration fondée sur la participation directe des communautés locales. À l’heure où le réchauffement climatique fragilise les récifs coralliens du monde entier, Naidiri offre un exemple concret de mobilisation pour protéger les milieux marins.
L’histoire commence en 2009, lorsque Manoa Duwai, un habitant du village, constate une diminution inquiétante des ressources halieutiques. Les poissons capturés deviennent de plus en plus petits et les prises ne suffisent plus à garantir durablement les besoins de la communauté. Face à cette situation, il propose aux anciens du village de fermer temporairement une partie des lieux de pêche afin de permettre à la vie marine de se reconstituer. La première zone protégée ne mesure alors que 30 mètres sur 40, une superficie modeste qui commence pourtant rapidement à produire des résultats. Les poissons y trouvent un refuge, grandissent et finissent par recoloniser les eaux voisines. Encouragés par cette évolution, les habitants agrandissent progressivement la réserve, qui atteint aujourd’hui 280 mètres sur 240. Une seconde zone, de taille comparable et surnommée « le frigo », est également mise en place pour permettre aux populations de poissons de se renouveler avant une éventuelle réouverture à la pêche. Ce dispositif repose sur une règle simple : protéger certaines portions du récif pour améliorer durablement la disponibilité des ressources marines. Au fil des années, la démarche s’accompagne d’un important programme de restauration des coraux et des mangroves, essentiels à la reproduction de nombreuses espèces.
Des milliers de coraux replantés et des espèces disparues qui réapparaissent
La mobilisation des jeunes habitants constitue l’un des principaux moteurs de cette transformation. En 2011, un groupe est spécialement créé pour gérer la réserve marine et participer aux opérations de restauration. Parmi ses responsables figure aujourd’hui Joseva Kunagado, 21 ans, qui a grandi avec ce projet. Les premières opérations étaient réalisées avec des moyens rudimentaires : les jeunes transportaient les fragments de coraux à l’aide de barils découpés et de cordes, avant de les installer dans les zones dégradées du récif. Leur travail s’est progressivement professionnalisé et les résultats sont désormais mesurables. Pour la seule année 2023, les habitants affirment avoir restauré 18 000 coraux et planté 10 000 palétuviers. Ces arbres jouent un rôle essentiel dans la protection des littoraux contre l’érosion et constituent des zones de reproduction pour de nombreuses espèces marines. Dans les eaux protégées, les coraux se sont développés, favorisant le retour des poissons et de différents invertébrés. Les requins, absents depuis des décennies selon les villageois, ont également été observés à nouveau. Interrogé par l’AFP, Joseva Kunagado exprime sa satisfaction face au chemin parcouru : « On est fiers de ce travail », explique-t-il, soulignant que le village accueille désormais des touristes, des chercheurs et des étudiants venus découvrir cette expérience de restauration écologique.
Mais cette réussite reste confrontée à une menace majeure : l’augmentation de la température des océans. Plus tôt en 2026, une vague de chaleur marine particulièrement intense a frappé les récifs de Naidiri. Selon Manoa Duwai, la température de l’eau aurait localement atteint 38 à 39 degrés, provoquant un blanchissement généralisé des coraux replantés. Ce phénomène survient lorsque les coraux, soumis à un stress thermique important, expulsent les microalgues avec lesquelles ils vivent en symbiose, perdant ainsi leur couleur et une source essentielle d’énergie. Une exposition prolongée peut entraîner leur mort. À Naidiri, les habitants estiment qu’environ 20 % des coraux ont survécu à cet épisode extrême. Ces spécimens, surnommés « super coraux » en raison de leur résistance apparente à la chaleur, suscitent désormais l’intérêt des chercheurs. Les villageois ont entrepris de transplanter certains de ces coraux vers des eaux plus profondes et plus fraîches, notamment dans la région de Suva, afin de favoriser leur préservation. Leur capacité à résister durablement au réchauffement reste toutefois à étudier scientifiquement. L’expérience de Naidiri rappelle ainsi que la restauration locale peut améliorer l’état des récifs et favoriser le retour des poissons, sans suffire à elle seule à les protéger du changement climatique mondial. Pour ce village fidjien, les efforts entrepris depuis dix-sept ans ont néanmoins transformé une zone de pêche appauvrie en un espace marin redevenu vivant, dont la protection demeure désormais une responsabilité collective.

Réagir à l’article
Soyez le premier à commenter cet article.