Le réchauffement climatique pourrait accentuer la circulation de plusieurs maladies transmises par les moustiques en Guyane. Vendredi 16 octobre 2026, les scientifiques de l’Institut Pasteur ont alerté sur les modifications du comportement de ces insectes, dont certains représentent un risque sanitaire majeur pour les populations. Les chercheurs s’intéressent particulièrement à Aedes aegypti, une espèce présente dans les zones habitées et capable de transmettre la dengue, le chikungunya et le virus Zika. L’augmentation des températures, les variations des précipitations et les changements d’habitudes des habitants peuvent créer des conditions favorables à sa reproduction. Les scientifiques cherchent désormais à comprendre comment ces facteurs influencent la présence des moustiques et la circulation des virus au fil des saisons. L’enjeu est particulièrement important pour ce territoire amazonien, où les conditions tropicales favorisent déjà la présence de nombreuses espèces d’insectes. Face à ces évolutions, les autorités sanitaires renforcent leur surveillance afin d’anticiper de nouvelles flambées épidémiques et d’adapter les stratégies de prévention.
Selon Jean-Bernard Duchemin, entomologiste et directeur de l’Institut Pasteur de Guyane, les observations scientifiques mettent en évidence une augmentation du nombre de moustiques infectés entre mai et novembre. Les équipes de recherche étudient les zones dans lesquelles la transmission des virus est particulièrement active afin de mieux identifier les facteurs favorisant leur propagation. La difficulté tient notamment au comportement d’Aedes aegypti, qui vit au contact des populations et se reproduit dans de petites quantités d’eau stagnante, parfois présentes à proximité immédiate des habitations. Les périodes de sécheresse peuvent paradoxalement favoriser certains gîtes larvaires lorsque les habitants multiplient les réserves d’eau ou arrosent davantage leurs jardins. Les soucoupes de pots de fleurs, les récipients abandonnés et les réserves insuffisamment protégées peuvent alors devenir des lieux de reproduction. Le réchauffement climatique n’entraîne donc pas mécaniquement une augmentation uniforme du nombre de moustiques : ses effets dépendent également des précipitations, des aménagements urbains et des comportements humains. Pour les chercheurs, mieux comprendre ces interactions est indispensable afin de cibler les opérations de démoustication et de sensibiliser les habitants aux gestes de prévention les plus efficaces.
Dengue, chikungunya, Zika : des risques sanitaires qui dépassent désormais les territoires tropicaux
Les préoccupations des scientifiques s’inscrivent dans un contexte plus large d’évolution des maladies transmises par les moustiques. En France hexagonale, le virus du Nil occidental, également appelé West Nile, connaît une circulation importante en 2026. Selon les données sanitaires rapportées début octobre, 161 infections avaient été recensées, contre 62 cas en 2025. Parmi les personnes infectées, 60 avaient développé des formes neurologiques et cinq décès avaient été signalés. Ce virus est principalement transmis par des moustiques du genre Culex, après leur contact avec des oiseaux infectés. Il ne doit donc pas être confondu avec la dengue ou le chikungunya, qui sont transmis par des moustiques du genre Aedes. Les déplacements des oiseaux, les conditions météorologiques et la présence des insectes vecteurs influencent sa circulation. Anna-Bella Failloux, professeure d’entomologie médicale à l’Institut Pasteur, souligne également le rôle des déplacements internationaux dans l’introduction de virus tropicaux en métropole. Lorsqu’une personne infectée revient d’une zone de circulation virale, une transmission locale peut survenir si elle est piquée par un moustique compétent, qui transmet ensuite le virus à d’autres personnes. La surveillance sanitaire doit ainsi prendre en compte les mobilités humaines autant que les transformations environnementales.
En Guyane, les chercheurs insistent sur l’importance de la prévention individuelle et collective. Supprimer les eaux stagnantes, couvrir les réserves d’eau, entretenir les jardins et utiliser des protections contre les piqûres figurent parmi les mesures recommandées pour limiter la prolifération des moustiques. Une vigilance particulière est également nécessaire pour les personnes n’ayant jamais été exposées à certaines infections. Jean-Bernard Duchemin rappelle ainsi que les habitants ayant déjà contracté le chikungunya disposent généralement d’une protection immunitaire durable contre ce virus, contrairement aux personnes qui n’ont jamais été infectées. Les populations jeunes et les nouveaux arrivants peuvent donc présenter une susceptibilité plus importante lors d’une reprise de circulation. La vaccination contre le chikungunya constitue un autre outil de prévention pour les personnes auxquelles elle est recommandée, sous réserve des conditions d’éligibilité et des précautions fixées par les autorités sanitaires. Au-delà de ces mesures, les scientifiques appellent à renforcer durablement les programmes de recherche pour anticiper les conséquences du changement climatique sur les maladies vectorielles. Pour la Guyane, cette surveillance représente un enjeu sanitaire essentiel, mais également un défi d’aménagement du territoire et d’information des populations. Alors que les conditions climatiques évoluent, la lutte contre les moustiques repose autant sur les connaissances scientifiques que sur la mobilisation quotidienne des habitants et des collectivités.

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