Les frappes américaines contre l’Iran, quasi quotidiennes pendant près de deux semaines, ont cessé le 25 juillet. Donald Trump a mis en avant la diplomatie pour expliquer cette pause. Mais en coulisses, le général Dan Caine, chef d’état-major interarmées, avait averti vendredi que reprendre les hostilités « épuiserait dangereusement les intercepteurs disponibles dans la région ».
Les chiffres donnent le vertige. Sur les trente premiers jours du conflit, les États-Unis ont tiré 850 missiles de croisière Tomahawk, selon le Center for Strategic and International Studies (CSIS), cercle de réflexion géopolitique basé à Washington. Fin avril, un tiers des stocks prêts à l’emploi était déjà consommé. Chaque missile coûte deux millions d’euros et nécessite deux ans de fabrication.
La situation est jugée plus préoccupante encore du côté des systèmes de défense. Selon Michel Yakovleff, ancien général à l’Otan et professeur à Sciences-Po, les Américains auraient consommé « d’un quart à trois quarts de leurs stocks » de missiles sol-air, selon les types. Reconstituer ces réserves prendrait « entre un an et quatre ans ». Le CSIS souligne que les stocks d’avant-guerre étaient déjà insuffisants, et que leur niveau actuel « limitera les opérations américaines en cas de conflit futur » contre un adversaire de même envergure, comme la Chine.
Les répercussions touchent aussi les alliés. Les membres européens de l’Otan dépendent des États-Unis pour environ 58 % de leurs importations d’armes, selon l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm. Le Japon, qui a commandé 400 Tomahawk pour 2,3 milliards de dollars, ne serait livré qu’en 2030. La Suisse, ayant acheté cinq batteries Patriot pour environ deux milliards de francs suisses, devrait attendre 2029 au mieux.
L’Ukraine, elle, a déjà été écartée de la chaîne d’approvisionnement américaine. Washington a bien livré 600 missiles Patriot au total, mais les transferts ont cessé il y a un an. « L’Ukraine ne compte plus sur l’Amérique », tranche Michel Yakovleff. Trump, lui, a déclaré lundi à bord d’Air Force One : « J’aimerais en avoir plus, pour être honnête, mais on a tellement donné à l’Ukraine. »
L’Europe dispose techniquement de solutions. Le système franco-italien SAMP/T « intercepte même mieux que le Patriot PAC-3 », selon Michel Yakovleff, mais le continent reste « derrière les États-Unis en termes de capacité de production ».
Une technologie échappe à ces tensions d’approvisionnement : le drone. Bon marché et produit en masse, il a redéfini les équilibres sur le terrain. Les Ukrainiens en sont « les champions toutes catégories, loin devant tout le monde, y compris les Américains », selon l’ancien général. L’Arabie saoudite, le Qatar et les Émirats arabes unis ont d’ailleurs signé des accords avec Kiev pour exporter du matériel d’interception de conception ukrainienne. Le Pentagone reconnaît lui-même un retard considérable sur ce segment. Quand la guerre russo-ukrainienne s’achèvera, prédit Michel Yakovleff, « les Ukrainiens vont inonder le marché des drones ».
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