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Guerre en Ukraine : Kiev réclame 78 milliards de dollars et veut puiser dans les avoirs russes gelés

Guerre en Ukraine : Kiev réclame 78 milliards de dollars et veut puiser dans les avoirs russes gelés
Guerre en Ukraine : Kiev réclame 78 milliards de dollars et veut puiser dans les avoirs russes gelés

Le ministre ukrainien des Finances a alerté ses partenaires européens sur un déficit colossal attendu pour 2027, combinant besoins civils et militaires non couverts. Il presse l’Union européenne de franchir le pas sur les fonds russes immobilisés depuis 2022.

Le chiffre est vertigineux : 78 milliards de dollars. C’est le montant du déficit financier et militaire auquel l’Ukraine devra faire face en 2027 si ses alliés ne renforcent pas significativement leur soutien. Sergii Marchenko, ministre des Finances ukrainien, a exposé cette réalité mardi à Bruxelles, lors d’une réunion réunissant des représentants de bailleurs internationaux et d’institutions financières.

Le calcul est brutal dans sa simplicité : sur les 52,6 milliards de dollars d’aide financière attendus des donateurs, seuls 20 milliards sont à ce jour garantis, laissant un manque de 32,6 milliards. À cela s’ajoutent environ 45 milliards de dollars de dépenses de défense sans couverture alliée. La somme des deux donne ce gouffre de 78 milliards, que Kiev ne peut combler seul.

Pour y répondre, le ministre ukrainien a une solution en tête : les avoirs de la Banque centrale russe, gelés depuis l’invasion de février 2022. L’Union européenne en détient 210 milliards d’euros, dont la quasi-totalité est conservée chez Euroclear, le dépositaire central basé à Bruxelles. Marchenko a plaidé pour un cadre juridique centralisé permettant de mobiliser ces fonds, qu’il présente comme une réponse à la fois pragmatique et légitime. « Nous avons besoin que nos amis, nos responsables politiques européens, aient le courage de prendre des décisions fortes », a-t-il déclaré lors d’un panel organisé lundi par le European Policy Centre.

La pression budgétaire ukrainienne est aggravée par l’intensification des frappes russes sur les infrastructures civiles. Les réseaux électriques sont régulièrement mis hors service, des usines détruites, et la collecte fiscale s’en ressent directement. Marchenko a reconnu une dégradation inédite : « C’est la première fois depuis 2022 que nous constatons une sous-performance de nos administrations fiscale et douanière. » Moscou cible désormais aussi les centres de données ukrainiens, cherchant à fragiliser l’économie numérique du pays. Le blocus en mer Noire, qui prive les agriculteurs ukrainiens de leurs débouchés céréaliers, pèse lui aussi sur les recettes.

Ce débat sur les avoirs russes n’est pas nouveau. En décembre dernier, une proposition de la Commission européenne visant à transformer ces fonds en ligne de crédit à taux zéro pour l’Ukraine avait échoué lors d’un sommet tendu, la Belgique ayant fédéré une majorité contre le projet. En compensation, les dirigeants européens avaient acté un prêt de 90 milliards d’euros adossé à une dette commune, réparti à parts égales entre 2026 et 2027. Mais l’escalade du conflit a rapidement rendu ce montant insuffisant aux yeux de Kiev. « Nous sommes très satisfaits des 90 milliards d’euros. Mais ce n’est pas suffisant », a résumé Marchenko.

Plusieurs États membres partagent ce diagnostic. La Suède, les Pays-Bas, l’Espagne, la Pologne et les pays baltes ont réclamé de « nouvelles options » pour mobiliser les avoirs russes. La Belgique s’y oppose à nouveau fermement. L’Italie et la France, dont les positions sont scrutées de près, restent réticentes à l’idée de toucher aux fonds souverains étrangers, selon des sources diplomatiques.

La Commission européenne, soucieuse d’éviter un nouvel échec politique, préfère concentrer ses efforts sur le décaissement du prêt de 90 milliards déjà approuvé, dont le versement est freiné par le rythme jugé insuffisant des réformes au parlement ukrainien. La commissaire à l’élargissement, Marta Kos, a été explicite lors de la conférence des donateurs de mardi : « Notre message à nos amis ukrainiens est clair : mettez en œuvre les réformes convenues, afin que nous puissions continuer à vous soutenir financièrement. » Bruxelles mène depuis un mois des discussions avec Kiev et le Fonds monétaire international pour affiner l’évaluation du déficit réel, les chiffres ukrainiens n’ayant pas encore reçu de validation officielle de la Commission.

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