Le maire de Saint-Denis, Bally Bagayoko, relance la polémique sur les méthodes employées par les forces de l’ordre face aux manifestations lycéennes. Dans un entretien accordé au quotidien espagnol El País, publié ce samedi 10 octobre 2026, l’élu de La France insoumise affirme que les interventions policières contre les jeunes manifestants comportent une dimension raciste. Interrogé directement sur cette question par le journaliste Daniel Verdú, il répond sans hésitation : « Bien sûr ». Le responsable politique estime que les forces de l’ordre n’interviennent pas de la même manière selon l’origine sociale et le quartier des manifestants. Ces déclarations interviennent dans un contexte particulièrement tendu, alors que plusieurs interventions policières font l’objet d’enquêtes et que les affrontements survenus depuis le début du mouvement lycéen continuent de susciter de nombreuses réactions politiques.
Bally Bagayoko, élu maire de Saint-Denis en mars dernier dès le premier tour avec 50,77 % des suffrages, est devenu l’une des personnalités politiques les plus visibles de cette mobilisation. Depuis plusieurs semaines, il participe aux rassemblements organisés par les lycéens et les étudiants, dénonçant le manque de moyens consacrés à l’Éducation nationale. Son engagement a pris une dimension particulière après la diffusion d’images le montrant s’interposant entre des adolescents et des policiers lors d’une manifestation parisienne. L’élu a lui-même été exposé à des gaz lacrymogènes au cours de cette intervention. Ces vidéos, largement relayées sur les réseaux sociaux, lui ont valu le soutien de nombreux jeunes manifestants, mais également de vives critiques de responsables politiques qui lui reprochent sa proximité avec un mouvement parfois marqué par des violences et des dégradations.
Des accusations de discrimination dans les interventions policières
Dans son entretien avec El País, Bally Bagayoko développe une critique plus large du maintien de l’ordre en France. Selon lui, les interventions policières diffèrent sensiblement entre les quartiers favorisés et les quartiers populaires. Il considère cette différence de traitement comme une forme de discrimination qui devrait être condamnée. L’élu évoque également plusieurs situations dans lesquelles des adolescents auraient été blessés lors d’interventions qu’il juge disproportionnées. Il estime que les policiers ne distinguent pas suffisamment les manifestants pacifiques des personnes responsables de violences. Ces accusations constituent toutefois l’appréciation personnelle du maire de Saint-Denis : elles ne démontrent pas, à elles seules, que les interventions policières menées pendant le mouvement lycéen auraient été motivées par des considérations raciales.
Les déclarations du maire interviennent alors que les méthodes de maintien de l’ordre font l’objet d’un examen croissant. Plusieurs images montrant des interventions contre des adolescents ont provoqué une vive émotion, notamment après les blessures graves subies par certains manifestants. Des enquêtes judiciaires et administratives ont été ouvertes afin d’établir les circonstances de ces événements. Le ministère de l’Intérieur défend pour sa part la nécessité de protéger les établissements scolaires, les personnes et les biens face aux violences observées en marge de plusieurs rassemblements. Les autorités rappellent également que de nombreux policiers et gendarmes ont été blessés depuis le début du mouvement. La multiplication des investigations souligne la nécessité de distinguer les interventions légalement justifiées des éventuels usages disproportionnés de la force.
Une présence auprès des lycéens qui divise la classe politique
Bally Bagayoko assume pleinement sa participation aux manifestations. Dans l’entretien accordé au quotidien espagnol, il explique considérer qu’un responsable politique doit pouvoir intervenir physiquement lorsqu’il estime que des jeunes sont menacés. Il affirme avoir cherché à empêcher une confrontation entre policiers et lycéens, tout en appelant les manifestants à ne pas répondre aux provocations. Interrogé sur ses précédentes déclarations concernant la légitimité de certaines formes de violence, il précise ne jamais avoir encouragé les adolescents à attaquer les forces de l’ordre. Il reconnaît néanmoins que des situations d’injustice peuvent provoquer des réactions de colère. Cette position lui vaut des critiques, certains responsables estimant que ses propos risquent d’entretenir une ambiguïté sur la condamnation des violences commises pendant les manifestations.
Le maire de Saint-Denis considère également que la réponse gouvernementale ne tient pas suffisamment compte des revendications initiales des lycéens. Les manifestants réclament notamment davantage d’enseignants, une amélioration des conditions d’apprentissage et des réponses aux difficultés rencontrées dans les établissements scolaires. Bally Bagayoko met particulièrement en cause Emmanuel Macron, le ministre de l’Éducation nationale Édouard Geffray et la présidente de la région Île-de-France, Valérie Pécresse. Selon lui, les pouvoirs publics auraient dû engager un dialogue plus tôt, plutôt que de laisser les tensions s’aggraver. Il reproche également au gouvernement de privilégier une réponse sécuritaire à un mouvement dont les revendications sont essentiellement éducatives. Les autorités ont néanmoins annoncé plusieurs mesures destinées à répondre aux difficultés des établissements, tout en maintenant leurs dispositifs de sécurité.
Une polémique française désormais suivie à l’international
La publication de cet entretien dans El País témoigne de l’intérêt croissant de la presse étrangère pour la mobilisation lycéenne française. Plusieurs médias internationaux se sont intéressés aux manifestations, aux blessures enregistrées lors des affrontements et au rôle joué par certaines personnalités politiques. Le parcours de Bally Bagayoko attire particulièrement l’attention. Âgé de 53 ans et issu d’une famille d’origine malienne, il est devenu en mars 2026 le premier maire noir et musulman d’une ville française de plus de 100 000 habitants, selon le quotidien espagnol. Son élection avait déjà provoqué une importante médiatisation, notamment en raison des attaques racistes dont il avait fait l’objet. Sa présence répétée auprès des lycéens lui donne aujourd’hui une nouvelle visibilité, bien au-delà de la Seine-Saint-Denis.
Cette nouvelle prise de position devrait alimenter les débats sur les relations entre la police et les habitants des quartiers populaires. En accusant les forces de l’ordre d’adopter des comportements discriminatoires, Bally Bagayoko porte une critique particulièrement lourde, qui appelle des éléments objectifs et des investigations précises. La question du racisme dans les pratiques policières ne peut être tranchée sur la seule base de déclarations politiques, pas davantage que les accusations d’usage disproportionné de la force ne peuvent être écartées sans examen. Le débat intervient dans une période où la confiance entre les institutions et une partie de la jeunesse apparaît fragilisée. Pour le maire de Saint-Denis, la priorité reste l’ouverture de discussions avec les lycéens et l’amélioration de leurs conditions d’études. Ses déclarations à la presse espagnole ajoutent néanmoins une dimension supplémentaire à une crise qui dépasse désormais largement les revendications scolaires initiales.

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