Plus de deux ans et demi de bombardements ont réduit à néant la majorité des logements de Gaza. Familles dans des mosquées éventrées, tentes sur des toits, sous-sols menaçant de s’effondrer : la crise du logement atteint une ampleur que les organisations humanitaires peinent à couvrir.
Plus de 92 % des habitations de Gaza ont été endommagées ou détruites depuis le début de la guerre, selon les Nations unies. Les destructions se chiffrent en dizaines de milliards de dollars, mais c’est dans le quotidien des familles que la réalité s’impose : pas d’eau, pas d’électricité, des enfants dormant sous des toiles déchirées, des rongeurs proliférant sous les décombres.
Au moins 850 000 personnes ont besoin d’une aide d’urgence en matière d’abri, faute de disposer même de bâches plastique, de cordes ou de contreplaqué, selon le Palestine Shelter Cluster. Les restrictions israéliennes sur l’entrée des matériaux nécessaires à la reconstruction empêchent les organisations humanitaires d’intervenir à la hauteur des besoins.
Les familles s’installent là où elles peuvent. Certaines dressent des tentes sur les ruines de leur maison, d’autres calfeutrent des mosquées en ruine avec du plastique ou assemblent des abris de fortune avec les matériaux récupérés dans les décombres. Mohammed Jamil Diab, sa femme et leurs trois enfants ont été déplacés plus de vingt fois depuis le début du conflit. Ils vivent désormais dans le sous-sol d’une mosquée endommagée du quartier Remal, à Gaza-Ville, « dans une incertitude permanente sur ce qui va suivre ».
Ali Harb et sa femme occupent le sous-sol de leur maison abîmée dans le quartier Yarmouk, conscients que la structure fragilisée pourrait s’effondrer à tout moment. « Je n’ai nulle part où aller », dit-il. Rami Azmeila, père de sept enfants originaire du camp de réfugiés de Jabalia, a perdu deux fils, âgés de 24 et 22 ans, quand un missile a frappé son domicile. Sa famille vit aujourd’hui sous une tente de fortune érigée sur le toit d’un immeuble endommagé.
Mu’ayyad Sa’id, père de trois enfants, s’est installé dans une mosquée détruite de Gaza-Ville. Sans emploi, il peine chaque jour à subvenir aux besoins essentiels de sa famille. « Perdre à la fois son travail et son logement a multiplié les souffrances de la guerre », confie-t-il. Salah al-Tawil, lui, a passé une grande partie du conflit à fuir les bombardements avant de revenir dans sa maison détruite à Maghazi. En deux mois, il a dégagé les gravats et fabriqué des briques d’argile à la main pour reconstruire une partie de l’habitation. « J’ai vécu beaucoup de guerres, mais je n’en ai jamais vu une comme celle-ci », dit-il. « Elle a tout consumé. »
Des femmes seules portent une part particulièrement lourde de cette crise. Nibal al-Hissi, jeune mère amputée des deux bras après une frappe israélienne, vit sous une tente dans l’est de Gaza et ne peut ni nourrir ni habiller sa fille sans aide. Suhail al-Yazji subvient seule aux besoins de sa famille depuis que son mari a été blessé ; elle vit dans une tente abîmée renforcée de bâches, au bord des ruines de son foyer. Amina Saadallah, mère de six enfants, a perdu son mari au début de la guerre et s’abrite avec eux sous une tente en tissu offrant peu de protection contre les éléments.
Les restrictions à l’entrée des matériaux de construction dans le territoire, déjà sévères avant le cessez-le-feu d’octobre 2025 qui avait mis fin à six mois de blocus, continuent de bloquer toute réponse humanitaire à grande échelle. Youssef Mahmoud Aziz, déplacé de Jabalia, vit avec sa famille dans une école endommagée du quartier Remal. « Avoir un toit, manger à sa faim, envoyer ses enfants à l’école : ce sont devenus des rêves difficiles à atteindre », résume-t-il.
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