MONDE

Mexique : un neuvième journaliste tué depuis janvier, la violence contre la presse ne faiblit pas

Mexique : un neuvième journaliste tué depuis janvier, la violence contre la presse ne faiblit pas
Mexique : un neuvième journaliste tué depuis janvier, la violence contre la presse ne faiblit pas

Le Mexique est une nouvelle fois endeuillé par la mort d’un journaliste. Vendredi 9 octobre 2026, Hamurabi Huesca Manzano, directeur du média numérique Pinotepa Comunica, a été abattu lors d’une attaque armée dans l’État d’Oaxaca, dans le sud du pays. Son décès porte à neuf le nombre de journalistes tués au Mexique depuis le début de l’année, selon un décompte relayé par l’organisation de défense de la liberté de la presse Artículo 19 et Reporters sans frontières. Ce nouvel homicide intervient dans un contexte particulièrement préoccupant pour les professionnels de l’information, régulièrement confrontés aux menaces, aux agressions et aux violences liées à la criminalité organisée. Les autorités locales ont ouvert une enquête pour identifier les responsables de l’attaque, dont les circonstances exactes restent à éclaircir.

Hamurabi Huesca Manzano dirigeait Pinotepa Comunica, un média d’information locale suivi par plus de 52 000 personnes sur Facebook. Installé dans la région de Santiago Pinotepa Nacional, sur la côte de l’État d’Oaxaca, il couvrait l’actualité de proximité et les événements touchant les habitants. Le journaliste exerçait également une activité de chauffeur de taxi. Selon les premières informations communiquées par le parquet local, il se trouvait vendredi après-midi dans le quartier de La Planta lorsqu’un groupe d’hommes armés a ouvert le feu. L’attaque a fait trois morts, dont le journaliste. Les enquêteurs cherchent désormais à reconstituer le déroulement des faits et à déterminer les circonstances ayant conduit les assaillants à intervenir dans ce secteur.

Une attaque qui aurait visé un membre présumé du crime organisé

Le parquet de l’État d’Oaxaca privilégie pour l’instant une piste liée aux rivalités entre organisations criminelles. Selon les enquêteurs, les assaillants auraient cherché à tuer un homme surnommé « El Darío », présenté par les autorités comme un acteur important de la criminalité locale. Hamurabi Huesca Manzano, qui devait lui assurer une course en taxi, se serait trouvé à proximité au moment de l’attaque et aurait été mortellement touché par les tirs. Les premières investigations suggèrent donc que le journaliste n’était pas nécessairement la cible principale des agresseurs. Cette hypothèse reste toutefois à confirmer et ne permet pas, à ce stade, d’exclure définitivement toutes les pistes. Les autorités affirment avoir identifié le groupe susceptible d’être impliqué et poursuivent les recherches pour retrouver les responsables.

Cette distinction est importante dans un pays où les assassinats de journalistes sont fréquemment examinés sous l’angle de leur activité professionnelle. Le Mexique connaît depuis plusieurs décennies une violence particulièrement importante contre les reporters, notamment ceux qui enquêtent sur les affaires criminelles, la corruption ou les relations entre responsables politiques et organisations délinquantes. Les journalistes locaux sont souvent les plus exposés, car ils travaillent dans des territoires où la présence des groupes armés peut limiter leur liberté de mouvement et leur capacité à recueillir des informations. Même lorsqu’un homicide semble lié à d’autres circonstances, les associations de défense de la presse réclament généralement que la piste professionnelle soit examinée. Cette précaution vise à éviter que d’éventuelles pressions ou menaces contre un journaliste soient négligées au cours des investigations.

Neuf journalistes tués en 2026, un bilan particulièrement inquiétant

Le meurtre de Hamurabi Huesca Manzano intervient moins de trois mois après celui de Francisco Alejandro Leyva Aguilar, également assassiné dans l’État d’Oaxaca. Le 22 juillet dernier, cet ancien directeur d’un réseau public de télévision et de radio avait été abattu dans un établissement de restauration de San Pablo Etla. Âgé de 60 ans, il publiait notamment une chronique politique dans laquelle il critiquait certaines décisions des autorités locales. Plusieurs mois avant sa mort, il avait signalé avoir reçu des menaces. Reporters sans frontières avait alors dénoncé les insuffisances des dispositifs de protection et demandé une enquête approfondie sur les circonstances de son assassinat. Son décès constituait déjà le septième homicide de journaliste recensé au Mexique depuis janvier 2026. Un huitième cas avait ensuite été enregistré le 29 août avec l’assassinat de Ricardo Zúñiga Rosas, journaliste et créateur de contenus d’actualité dans l’État de Puebla.

La répétition de ces meurtres souligne la difficulté des autorités à assurer la sécurité des professionnels de l’information. Plusieurs victimes avaient signalé des menaces avant leur assassinat, ce qui soulève des interrogations sur l’efficacité des mesures de prévention. Le Mexique dispose pourtant d’un mécanisme fédéral de protection des défenseurs des droits humains et des journalistes, destiné à accompagner les personnes menacées. Mais les associations dénoncent régulièrement le manque de moyens, les retards d’intervention et les difficultés de coordination entre les autorités locales et nationales. Le 6 octobre, Amnesty International alertait encore sur la situation du journaliste Alberto Amaro, confronté à des menaces répétées malgré son placement sous protection officielle. Pour les organisations de défense des droits humains, la protection des reporters ne peut se limiter à des dispositifs individuels : elle nécessite également des enquêtes efficaces et des sanctions judiciaires contre les auteurs de violences.

La liberté de la presse confrontée à la puissance des organisations criminelles

La situation mexicaine illustre les conséquences de l’emprise du crime organisé sur certaines régions du pays. Dans plusieurs États, les groupes criminels cherchent à contrôler les informations concernant leurs activités, leurs rivalités ou leurs relations avec les autorités locales. Les journalistes indépendants, souvent dépourvus des moyens de sécurité des grandes rédactions, peuvent être directement exposés lorsqu’ils couvrent des sujets sensibles. Cette pression favorise également l’autocensure, certains professionnels préférant éviter des enquêtes susceptibles de mettre leur vie en danger. Les violences contre la presse ont ainsi des conséquences qui dépassent les victimes elles-mêmes : elles fragilisent l’accès des habitants à une information indépendante et réduisent la possibilité de documenter les abus, la corruption et les activités criminelles.

L’assassinat de Hamurabi Huesca Manzano relance désormais les appels à une mobilisation plus importante des autorités mexicaines. Les associations de défense de la liberté de la presse demandent que l’ensemble des circonstances du crime soit examiné et que les responsables soient identifiés puis traduits devant la justice. Pour le gouvernement de la présidente Claudia Sheinbaum, la lutte contre l’impunité demeure un enjeu essentiel dans un pays où les attaques contre les journalistes continuent de se multiplier. La mort du directeur de Pinotepa Comunica rappelle également l’importance des médias locaux, dont les journalistes assurent une couverture quotidienne de territoires parfois peu présents dans les grands médias nationaux. Avec neuf professionnels de l’information tués depuis le début de l’année selon les organisations de défense de la presse, le Mexique reste confronté à une crise persistante de sécurité pour ceux qui exercent le métier d’informer.

Partager cet article

Votre actualité, selon vos intérêts

Choisissez les rubriques et la langue de votre newsletter. Vous pourrez modifier vos préférences à tout moment.

Réagir à l’article

Soyez le premier à commenter cet article.

Réagir à cet article

Les commentaires sont modérés. Les messages promotionnels, les envois automatiques et les liens abusifs sont bloqués.

Votre premier commentaire, ou tout message contenant un lien, peut être placé en attente de validation.

Application Entrevue

L’info partout avec vous

Retrouvez l’actualité, les alertes et vos rubriques préférées dans une expérience pensée pour le mobile.

Écran Alertes de l’application Entrevue : les dernières alertes info
Écran de personnalisation des rubriques de l’application Entrevue
Écran Actu de l’application Entrevue : le récit à la une