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Inondations meurtrières au Brésil : Shell poursuivi en justice, 108 millions de dollars réclamés au géant pétrolier

Inondations meurtrières au Brésil : Shell poursuivi en justice, 108 millions de dollars réclamés au géant pétrolier
Inondations meurtrières au Brésil : Shell poursuivi en justice, 108 millions de dollars réclamés au géant pétrolier

Le géant pétrolier Shell se retrouve au cœur d’une procédure judiciaire qui pourrait marquer un tournant dans la lutte contre le changement climatique. Vendredi 9 octobre 2026, le ministère public fédéral brésilien a engagé une action contre la filiale locale du groupe énergétique britannique, réclamant plus de 541 millions de réais, soit environ 108 millions de dollars, en réparation des conséquences des inondations catastrophiques survenues en 2024 dans le sud du Brésil. Ces intempéries historiques, qui avaient frappé l’État du Rio Grande do Sul entre avril et mai, avaient provoqué la mort de 183 personnes et contraint près de 500 000 habitants à quitter leur domicile. Pour les procureurs, les grandes compagnies pétrolières doivent pouvoir être tenues financièrement responsables des dommages climatiques auxquels leurs activités ont contribué. Une initiative particulièrement remarquée, puisqu’il s’agirait de la première action de cette nature engagée par un ministère public national contre une grande entreprise pétrolière.

La procédure, lancée conjointement avec l’organisation environnementale brésilienne Instituto Preservar, repose sur un raisonnement juridique encore peu exploré. Le parquet considère que la responsabilité climatique de Shell doit être appréciée en fonction de sa contribution historique aux émissions mondiales de gaz à effet de serre. Selon les estimations présentées dans le dossier, les activités du groupe représenteraient environ 2% des émissions historiques mondiales. Les magistrats réclament ainsi 270,5 millions de réais au titre des dommages environnementaux et moraux collectifs, auxquels s’ajoutent 270,5 millions de réais destinés à compenser les préjudices matériels. Les procureurs ne prétendent pas que Shell aurait directement déclenché les pluies torrentielles, mais soutiennent que l’exploitation et la commercialisation prolongées des énergies fossiles ont contribué au réchauffement climatique, lui-même susceptible d’aggraver certaines catastrophes naturelles. L’objectif est donc d’établir un lien de responsabilité entre les émissions produites sur plusieurs décennies et les conséquences humaines et économiques d’un événement météorologique extrême.

Une procédure inédite qui pourrait bouleverser la responsabilité des entreprises pétrolières

Cette action judiciaire s’inscrit dans un mouvement international visant à obtenir des réparations financières auprès des principaux producteurs d’énergies fossiles. Selon Maria Antonia Tigre, spécialiste du droit climatique au Sabin Center de l’université Columbia, l’initiative brésilienne présente un caractère inédit en raison de l’intervention directe du ministère public. Jusqu’à présent, les procédures comparables étaient principalement portées par des collectivités, des associations ou des particuliers. En Allemagne, un agriculteur péruvien avait notamment poursuivi le groupe énergétique RWE, lui reprochant sa contribution historique au réchauffement climatique et aux risques pesant sur son village. Si sa demande d’indemnisation a finalement été rejetée, la procédure a contribué à faire avancer les discussions juridiques sur la possibilité d’engager la responsabilité de grands émetteurs pour des dommages survenus à l’autre bout du monde. Shell fait également face à une action au Royaume-Uni, engagée par des victimes d’un typhon aux Philippines.

Le dossier brésilien pourrait toutefois se heurter à d’importantes difficultés juridiques. Pour obtenir une condamnation, les plaignants devront convaincre les magistrats qu’il existe un lien suffisamment établi entre les émissions attribuées à Shell et les dommages provoqués par les inondations de 2024. La question de la répartition des responsabilités sera également déterminante, puisque le changement climatique résulte de l’accumulation d’émissions provenant d’une multitude d’activités économiques, publiques et privées. Le groupe pétrolier devra pouvoir présenter ses arguments et contester les estimations avancées par les demandeurs. À ce stade, aucune responsabilité judiciaire de Shell dans cette catastrophe n’a été établie. Mais l’ouverture de cette procédure traduit une évolution dans la manière dont les autorités envisagent le financement des conséquences du dérèglement climatique. Pour les habitants du Rio Grande do Sul, dont certains vivent encore avec les conséquences des destructions de 2024, l’enjeu dépasse le seul montant réclamé. Une décision favorable aux plaignants pourrait encourager d’autres actions contre les grands groupes énergétiques et contribuer à redéfinir les obligations financières des entreprises face aux catastrophes climatiques.

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