La catastrophe ferroviaire qui a frappé l’Espagne mercredi 28 octobre a coûté la vie à deux personnalités espagnoles : Fátima Báñez, 59 ans, ancienne ministre de l’Emploi et de la Sécurité sociale sous Mariano Rajoy, et Julieta Gallego, une athlète de 24 ans spécialiste du saut en longueur. Leurs décès ont été confirmés jeudi 29 octobre, alors que le bilan de la collision entre deux trains à grande vitesse, près d’Urda, dans la province de Tolède, atteignait au moins 69 morts. L’accident a également fait plus de 100 blessés.
Fátima Báñez voyageait dans le dernier wagon du train percuté
Fátima Báñez se trouvait à bord du train Iryo 6076, qui circulait sur la ligne Madrid-Séville. L’ancienne ministre avait pris place dans le dernier wagon du convoi, celui qui a été directement percuté par un train AVE de la compagnie publique Renfe. Elle se rendait à Séville pour participer à la cinquième édition du Día de la Empresa en Andalucía, une manifestation organisée par la Confédération des entrepreneurs d’Andalousie.
Après la collision, ses proches n’étaient pas parvenus à la joindre. La Confédération espagnole des organisations entrepreneuriales, dont elle présidait la fondation, avait rapidement fait savoir qu’elle restait sans nouvelles de son ancienne dirigeante. L’incertitude s’est prolongée pendant de nombreuses heures, tandis que ses proches tentaient d’obtenir des informations auprès des autorités et des établissements hospitaliers.
Jeudi, la CEOE a officiellement annoncé son décès. Son vice-président, Lorenzo Amor, qui devait la retrouver à la gare de Séville-Santa Justa, lui a adressé un hommage particulièrement personnel : « Que le ciel t’accueille, mon amie Fátima. Tu m’as laissé t’attendre à Santa Justa. » Il a également dénoncé les conditions dans lesquelles cette catastrophe avait pu se produire, estimant que « prendre le train ne peut pas être un acte de foi ni une question de chance ».
Une ancienne ministre qui avait profondément réformé le marché du travail espagnol
Née le 6 janvier 1967 à San Juan del Puerto, dans la province de Huelva, en Andalousie, Fátima Báñez avait effectué l’essentiel de sa carrière politique au sein du Parti populaire, la principale formation de droite espagnole. Élue députée en 2000, elle avait siégé pendant près de 19 ans au Congrès des députés.
En décembre 2011, Mariano Rajoy l’avait nommée ministre de l’Emploi et de la Sécurité sociale, alors que l’Espagne traversait une crise économique particulièrement grave. Le pays comptait plusieurs millions de chômeurs et son taux de chômage dépassait 20%.
Fátima Báñez avait été l’une des principales responsables de la réforme du marché du travail adoptée en 2012. Cette réforme avait notamment facilité les licenciements économiques, réduit certaines indemnités et renforcé la possibilité pour les entreprises d’adapter leurs conditions de travail. Défendue par le gouvernement comme un moyen de favoriser l’emploi, elle avait provoqué une vive opposition des syndicats et d’importantes manifestations.
Elle avait également participé à la réforme des retraites de 2013, qui avait modifié les mécanismes de revalorisation des pensions. En 2016, elle avait temporairement assuré les fonctions de ministre de la Santé, des Services sociaux et de l’Égalité.
Restée au gouvernement jusqu’en juin 2018, elle avait quitté la vie parlementaire en 2019, avant de prendre, en juillet 2020, la présidence de la Fundación CEOE. Elle continuait ainsi à participer aux débats économiques et sociaux espagnols.
Sa mort a suscité de nombreuses réactions au sein du Parti populaire. Son président, Alberto Núñez Feijóo, ainsi que plusieurs dirigeants régionaux, dont Isabel Díaz Ayuso et Juan Manuel Moreno Bonilla, lui ont rendu hommage.
Julieta Gallego : une athlète de 24 ans qui vivait en Allemagne
Parmi les autres victimes identifiées figure Julieta Gallego Gámez, une athlète madrilène qui avait fêté ses 24 ans le 9 octobre, seulement 19 jours avant la catastrophe.
Spécialiste du saut en longueur, elle appartenait à l’Agrupación Deportiva Sprint, un club d’athlétisme de la région de Madrid. Elle participait également à des épreuves de vitesse et avait pris part à plusieurs compétitions nationales espagnoles.
En février 2023, elle avait terminé à la quatrième place des championnats d’Espagne espoirs en salle, organisés à Antequera, grâce à un saut de 5,90 mètres. Elle avait poursuivi sa pratique de l’athlétisme tout en résidant en Allemagne.
La Fédération royale espagnole d’athlétisme (RFEA) a confirmé sa disparition jeudi et adressé ses condoléances à sa famille ainsi qu’à ses coéquipiers. Son club AD Sprint a également publié un message : « Aujourd’hui est un jour très triste pour toute la famille d’AD Sprint. Nous faisons nos adieux à notre athlète Julieta Gallego, membre de notre groupe de sauts, qui nous a quittés après le tragique accident ferroviaire d’Urda. »
Le club a ajouté : « Nous avons tous le cœur serré et souhaitons transmettre nos plus sincères condoléances à sa famille, à ses amis, à ses coéquipiers et à toutes les personnes qui l’aimaient. Repose en paix, Julieta. Tu feras toujours partie de notre famille Sprint. »
Le train Iryo était immobilisé lorsqu’un AVE l’a percuté par l’arrière
La catastrophe ferroviaire espagnole s’est produite mercredi 28 octobre, vers 8h54, sur la ligne à grande vitesse Madrid-Andalousie, à proximité d’Urda, dans la province de Tolède.
Un train AVE 2080 de la compagnie Renfe, parti de Madrid en direction de Séville, a percuté par l’arrière le train Iryo 6076, immobilisé sur la même voie. Le train Renfe transportait environ 397 passagers, contre 147 dans le convoi Iryo, soit plus de 540 voyageurs au total.
Le choc a provoqué le déraillement des deux dernières voitures du train Iryo. Plusieurs wagons ont été gravement endommagés et certains ont été précipités dans un ravin, compliquant considérablement les opérations de secours.
Des équipes médicales, des pompiers, des membres de la Guardia Civil et des militaires ont été mobilisés pour prendre en charge les victimes. Les blessés ont été répartis entre plusieurs établissements hospitaliers de la région.
Selon les données communiquées par les autorités régionales, 44 des 68 premières victimes recensées voyageaient dans le train Iryo et 24 dans l’AVE. Une personne supplémentaire est décédée jeudi à l’hôpital de Ciudad Real, portant le bilan à au moins 69 morts.
Un conducteur de train, un inspecteur des finances et un gendarme également décédés
L’identification progressive des corps a permis de révéler les noms d’autres victimes. Parmi elles figure Antonio Acedo, conducteur du train AVE accidenté. Membre du parti Izquierda Española, il a fait l’objet d’un hommage de sa formation politique, qui l’a décrit comme un homme prudent et engagé.
Antonio Montero Domínguez, inspecteur des finances de l’État et juriste reconnu, a également perdu la vie. Il avait exercé des responsabilités importantes au sein du ministère espagnol des Finances et de l’administration fiscale. Son décès a été signalé par un collègue qui voyageait avec lui et qui a survécu à la collision.
La Guardia Civil a par ailleurs confirmé la mort de l’un de ses agents, passager du train AVE. Un autre membre de cette force de sécurité figurait encore parmi les personnes portées disparues.
La catastrophe a également touché des ressortissants étrangers. Les autorités espagnoles ont indiqué que 42 personnes de sept nationalités étrangères se trouvaient à bord des trains. L’Argentine a notamment confirmé la mort de l’un de ses ressortissants.
Une enquête ouverte et la grande vitesse interrompue entre Madrid et l’Andalousie
L’accident a entraîné la suspension des liaisons ferroviaires à grande vitesse entre Madrid et l’Andalousie. Plusieurs grandes destinations, notamment Séville, Cordoue et Malaga, ont été affectées. Les compagnies ferroviaires ont mis en place des dispositifs d’information et des possibilités de modification ou d’annulation des billets.
Les enquêteurs doivent désormais établir pourquoi le train Iryo était immobilisé sur la voie et dans quelles circonstances le train AVE a pu le percuter. Les investigations portent notamment sur la signalisation ferroviaire, les systèmes de sécurité et les communications précédant la collision. Aucune conclusion définitive sur les responsabilités n’a encore été établie.
Parallèlement, les opérations d’identification se poursuivent sous l’autorité judiciaire, notamment grâce à des comparaisons ADN avec les proches des victimes. Des dizaines de familles attendent encore des informations sur leurs proches.
La disparition de Fátima Báñez, ancienne figure du gouvernement espagnol, et celle de Julieta Gallego, jeune sportive de 24 ans, comptent désormais parmi les décès confirmés de cette catastrophe ferroviaire qui a plongé l’Espagne dans le deuil.









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