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Brésil : Lula et Flávio Bolsonaro à couteaux tirés avant un second tour aux enjeux planétaires

Brésil : Lula et Flávio Bolsonaro à couteaux tirés avant un second tour aux enjeux planétaires
Brésil : Lula et Flávio Bolsonaro à couteaux tirés avant un second tour aux enjeux planétaires

Le Brésil vote dimanche pour choisir entre le président sortant Luiz Inácio Lula da Silva et le sénateur Flávio Bolsonaro, dans un scrutin au coude-à-coude dont l’issue déterminera l’orientation géopolitique de la première puissance d’Amérique latine.

Les plages de Rio de Janeiro ont servi de décor, samedi, aux ultimes rassemblements des deux candidats à la présidence brésilienne. D’un côté, Lula, 80 ans, briguant un quatrième mandat non consécutif à la tête du pays. De l’autre, Flávio Bolsonaro, sénateur de droite et fils aîné de l’ancien président Jair Bolsonaro, condamné à 27 ans de détention à domicile pour avoir organisé une tentative de coup d’État après sa défaite de 2022. La veille, les deux hommes s’étaient affrontés lors d’un dernier débat télévisé, plus posé que leur première confrontation, qui avait rapidement viré aux échanges d’insultes.

Au premier tour, Flávio Bolsonaro avait devancé le président sortant avec 47 % des voix contre 45 %, mais trois semaines de campagne intensive semblent avoir permis à Lula de réduire l’écart. Les sondages placent désormais les deux candidats à égalité, dans un contexte marqué par un taux d’abstention d’environ 20 % au premier tour, facteur d’incertitude supplémentaire sur l’issue du vote.

Le débat de vendredi a cristallisé les lignes de fracture entre les deux projets. Lula a mis en cause l’inexpérience de son rival, lui lançant notamment : « Il ne sait pas ce qu’est la faim. » Flávio Bolsonaro a répliqué en accusant le chef de l’État de laisser un « pays en ruines » et en martelant sa question phare : « Pourquoi les choses sont-elles si chères ? » Le sénateur promet de créer 500 000 places de prison supplémentaires, de durcir la politique sécuritaire et de tailler massivement dans les dépenses publiques, des positions qui recueillent un large soutien dans les sondages thématiques.

Lula, lui, incarne une trajectoire singulière : ancien ouvrier devenu dirigeant syndical, il fut le premier président brésilien issu de la classe populaire. Ses deux premiers mandats, portés par la hausse des cours des matières premières et des programmes de transferts sociaux, avaient sorti des millions de Brésiliens de la pauvreté. Condamné pour corruption puis blanchi, il avait reconquis le pouvoir en 2022. Son mandat actuel a cependant été marqué par une popularité parfois tombée à 24 %, sur fond de mécontentement face à la criminalité et au coût de la vie.

La campagne de Flávio Bolsonaro a été fragilisée par une affaire financière : le sénateur reconnaît avoir accepté plusieurs millions de dollars du banquier Daniel Vorcaro pour financer un film sur son père, ce qui lui vaut une enquête pour soupçons de corruption, blanchiment d’argent et fraude fiscale.

Les enjeux dépassent largement les frontières brésiliennes. Le Brésil est un acteur central de la lutte contre le dérèglement climatique, notamment par la protection de l’Amazonie. Sous la présidence de Jair Bolsonaro, la déforestation avait atteint des records ; sous Lula, elle a été ramenée à des niveaux historiquement bas grâce à la surveillance satellitaire et aux opérations de terrain. Flávio Bolsonaro, qui conteste la responsabilité humaine dans le changement climatique, s’engage uniquement à mettre fin à la déforestation illégale, une nuance qui inquiète les défenseurs de l’environnement.

Sur le plan géopolitique, une victoire du sénateur rapprocherait le Brésil des gouvernements latino-américains alignés sur Donald Trump, notamment ceux d’Argentine, du Chili, du Costa Rica et du Pérou. Le président américain a reçu Flávio Bolsonaro à la Maison-Blanche, imposé des droits de douane de 50 % sur les produits brésiliens en invoquant le procès de son père, et classé les principaux cartels brésiliens parmi les organisations terroristes étrangères, une décision que Lula a dénoncée comme un possible prétexte à une ingérence extérieure. La défense de la souveraineté nationale face aux pressions américaines est ainsi devenue l’un des axes forts de la campagne du président sortant.

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