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Afghanistan : le retrait américain menace la dernière université accessible aux femmes

Afghanistan : le retrait américain menace la dernière université accessible aux femmes
Afghanistan : le retrait américain menace la dernière université accessible aux femmes

Washington a cessé de financer l’Université américaine d’Afghanistan, qui permettait à près de mille étudiantes de suivre des cours en ligne malgré l’interdiction talibane. Sans cette manne qui couvrait jusqu’à 90 % de son budget, l’établissement pourrait fermer définitivement.

Quelque part à Kaboul, une jeune femme d’une vingtaine d’années suit ses cours derrière des rideaux tirés, caméra éteinte, sous un pseudonyme. Elle ne connaît ses camarades de classe qu’à travers leurs voix. Depuis que les talibans ont interdit aux femmes l’accès à l’enseignement supérieur en décembre 2022, l’Université américaine d’Afghanistan (AUAF) représentait pour elle, et pour des centaines d’autres, l’un des seuls chemins encore ouverts vers un diplôme.

Ce chemin est désormais menacé. Les États-Unis ont décidé de mettre fin à leur soutien financier à l’établissement, refusant notamment de renouveler une subvention de 25 millions de dollars. Le département d’État américain justifie cette décision par un « historique répété de manque de transparence sur des millions de dollars de fonds publics ». L’université couvrait jusqu’à 90 % de ses coûts grâce aux financements américains.

Fondée en 2006 à l’initiative de l’administration George W. Bush, l’AUAF avait été présentée dès l’origine comme un projet destiné en priorité aux femmes afghanes. L’ancienne première dame Laura Bush s’était rendue à Kaboul pour annoncer l’engagement financier américain, promettant de former les « futurs dirigeants » du pays. Depuis la reprise du pouvoir par les talibans en août 2021 et la fermeture physique du campus, l’université a maintenu un programme entièrement en ligne, accueillant environ un millier d’étudiants, dont les trois quarts sont des femmes.

Patrick Fine, ancien directeur de mission de l’USAID en Afghanistan, agence américaine de développement aujourd’hui dissoute, conteste vivement la version officielle. Il reconnaît que des audits passés ont relevé des difficultés à respecter les procédures comptables imposées par l’USAID, mais affirme qu’aucune fraude majeure n’a été établie. « Ce sont de simples manœuvres de dénigrement », dit-il, soulignant que l’université reste « l’un des rares organismes encore capables d’atteindre les femmes afghanes ».

John Sopko, ancien inspecteur fédéral américain qui avait supervisé les investigations financières ouvertes dès 2016, adopte une position inverse : contacté sur ce dossier, il a confié avoir été « surpris » que les financements aient perduré aussi longtemps.

Pour les étudiantes concernées, le débat comptable pèse peu face à la réalité quotidienne. Celle que nous appellerons Laila, dont le prénom a été modifié pour des raisons de sécurité, étudie les sciences politiques et les relations internationales. Elle avait dû abandonner un premier cursus universitaire à Kaboul lorsque les talibans ont proclamé l’interdiction, à deux examens de la fin de son semestre. Une bourse lui avait permis de recommencer à l’AUAF. Depuis l’annonce du retrait américain, elle dit avoir perdu l’appétit et ne plus guère quitter sa chambre.

Les risques liés à ces études clandestines sont concrets. Des étudiantes ont reçu des appels et messages menaçants. Les autorités talibanes ont perquisitionné le domicile de Laila à plusieurs reprises. Chaque sortie est vécue comme une exposition potentielle : la crainte qu’un contrôle de téléphone ne révèle ses échanges universitaires est permanente.

Le département d’État précise que l’université reste « libre de trouver d’autres financeurs », et que la fin des fonds américains « n’équivaut pas nécessairement à la fin de ses activités ». Mais sans solution de remplacement identifiée à ce jour, l’avenir de l’établissement demeure très incertain, et avec lui celui de milliers d’Afghanes pour qui il constituait la dernière porte entrouverte vers l’enseignement supérieur.

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