Le bras de fer entre Jordan Bardella et Mediapart se poursuit. Interpellé directement par un journaliste du média au sujet des conversations Messenger qui lui sont attribuées, le président du Rassemblement national a répondu longuement et maintenu son démenti. Il conteste les accusations, les preuves et les sources présentées par Mediapart et annonce que sa défense étudie de nouvelles suites judiciaires.
Mais Jordan Bardella a surtout livré une nouvelle information sur les investigations dont il affirme faire l’objet. Selon lui, Mediapart contacte désormais « un à un » ses anciens amis de collège et de lycée pour récupérer des conversations privées et des captures d’écran remontant à une période où il avait entre 12 et 16 ans. Une méthode qu’il expose publiquement alors que la confrontation avec le média dure depuis plusieurs jours.
« Je conteste vos preuves et je conteste vos sources »
La question posée à Jordan Bardella était directe. Le journaliste lui rappelle qu’il possédait bien un compte Messenger en 2013 et affirme que les documents utilisés pour l’enquête proviennent des serveurs de Meta. Il lui demande alors ce qui est faux dans les révélations publiées.
Jordan Bardella commence sa réponse en attaquant la crédibilité des sources de Mediapart. Il évoque notamment les déclarations qu’aurait faites l’une d’entre elles la veille au soir, avant d’annoncer que le conflit se poursuivra devant la justice :
« Bonjour Monsieur. D’abord, les révélations de vos sources. Si j’en crois les confidences de l’une d’entre elles hier soir, qui, je cite, a expliqué avoir été manipulée par Mediapart et vous a accusés d’être des menteurs. Donc il faudra naturellement vous justifier de cela devant la justice.
Moi, je suis un petit peu mal à l’aise à l’égard de l’idée même de devoir vous rendre des comptes. Je regrette que votre confrère qui a réalisé l’article, Monsieur Rouget, ne soit pas là. Peut-être a-t-il peur qu’on évoque devant ses confrères son passé sulfureux, puisqu’il a été condamné pour avoir profané un monument aux morts des soldats français qui sont tombés au combat pour défendre notre patrie. Peut-être a-t-il peur qu’on évoque sa participation à une organisation considérée comme terroriste lorsqu’il était jeune et interdite en Espagne.
Je conteste d’abord formellement vos accusations. Je conteste vos preuves et je conteste vos sources. Nous aurons l’occasion d’en discuter devant les tribunaux. Nous examinons de nouvelles suites judiciaires à donner à votre second article, qui est en train d’être préparé par Maître Garbarini, par ma défense.
Et je vais peut-être faire connaître à vos confrères et aux Français qui nous regardent quelles sont vos méthodes, puisque vous êtes, ces dernières heures, en train de contacter un à un les amis avec qui j’étais au collège et au lycée, pour certains d’entre eux entre mes 12 et 16 ans, pour leur demander de vous restituer les conversations privées et les copies d’écran des échanges que j’ai pu avoir entre 12 et 16 ans.
Donc je ne vais pas accuser ces méthodes de perversité, même si je pense que les Français seront juges. Mais, me semble-t-il, la petite opération que vous avez montée il y a quelques jours n’a pas l’air de beaucoup imprimer dans le pays. Donc je suis désolé pour vous. J’imagine que vous auriez adoré me voir poser le genou à terre, mais c’est très mal me connaître.
Et encore une fois, à la veille du 7 octobre, je n’ai aucune leçon à recevoir sur la lutte contre l’antisémitisme de la part d’un journal dont le fondateur a fait, dans des écrits sous pseudonyme, l’apologie d’actes terroristes contre des sportifs israéliens, de la part d’un journal dont deux journalistes ont été, en 2024, condamnés pour avoir financé des djihadistes de l’État islamique. Je vous remercie. »
Mediapart remonte désormais jusqu’aux années collège de Bardella
Le passage consacré à ses anciens camarades apporte un nouvel élément à l’affaire. Jordan Bardella affirme que les recherches menées par Mediapart ne concernent désormais plus uniquement les échanges qui lui ont déjà été attribués. Selon lui, des personnes qu’il fréquentait au collège et au lycée sont directement sollicitées afin qu’elles transmettent leurs archives personnelles.
Le président du RN insiste sur son âge au moment des conversations recherchées : entre 12 et 16 ans pour certains de ses anciens amis. Les journalistes chercheraient, selon lui, à obtenir des « conversations privées » et des « copies d’écran » des échanges remontant à cette période de son adolescence.
Cette nouvelle accusation intervient alors que Jordan Bardella est engagé dans un affrontement ouvert avec Mediapart depuis la publication de messages à caractère antisémite qui lui sont attribués. Le patron du RN en conteste catégoriquement l’authenticité.
« La petite opération que vous avez montée n’a pas l’air de beaucoup imprimer dans le pays »
Jordan Bardella affirme également que les révélations publiées ces derniers jours n’ont pas eu l’impact attendu dans l’opinion. Face au journaliste, il parle d’une « petite opération » et considère qu’elle « n’a pas l’air de beaucoup imprimer dans le pays ».
Il poursuit avec une formule directement adressée à Mediapart : « J’imagine que vous auriez adoré me voir poser le genou à terre, mais c’est très mal me connaître. » Une manière pour le président du RN d’afficher publiquement son refus de céder alors qu’il est directement mis en cause sur des écrits datant de son adolescence.
Cette défense prolonge celle adoptée depuis le début de l’affaire. Jordan Bardella avait déjà qualifié les messages qui lui sont attribués de « faux grossiers » et rejeté leur authenticité.
Bardella annonce de possibles nouvelles procédures judiciaires
La réponse de Jordan Bardella contient également une annonce judiciaire. Le président du RN explique que sa défense examine de nouvelles actions après la publication d’un second article. Il cite directement son avocat, Me Olivier Pardo Garbarini, et assure que les accusations, les preuves et les sources seront contestées devant les tribunaux.
« Je conteste d’abord formellement vos accusations. Je conteste vos preuves et je conteste vos sources. Nous aurons l’occasion d’en discuter devant les tribunaux », martèle-t-il.
L’affaire pourrait donc désormais se poursuivre sur deux terrains : médiatique, avec la publication de nouveaux éléments et la recherche d’archives remontant à l’adolescence de Jordan Bardella, et judiciaire, avec les procédures annoncées par le président du RN.
Une attaque directe contre l’un des journalistes de Mediapart
Jordan Bardella ne s’en prend pas uniquement au contenu de l’enquête. Il attaque également personnellement l’un des journalistes ayant travaillé sur l’article, Matthieu Suc ? [À VÉRIFIER : la retranscription audio donne « Monsieur Rouget », ne pas publier un autre nom sans vérification].
Dans sa réponse, Bardella reproche à ce journaliste de ne pas être présent et évoque un « passé sulfureux ». Il affirme qu’il aurait été condamné pour avoir profané un monument aux morts et évoque également une participation, dans sa jeunesse, à une organisation qu’il présente comme ayant été considérée comme terroriste et interdite en Espagne.
Ces affirmations sont utilisées par Jordan Bardella pour retourner les accusations contre ceux qui enquêtent sur lui. Elles sont toutefois distinctes de sa contestation sur le fond des conversations Messenger qui lui sont attribuées.
« Je n’ai aucune leçon à recevoir sur la lutte contre l’antisémitisme »
Jordan Bardella termine enfin sa réponse en déplaçant l’affrontement sur le terrain de l’antisémitisme. À la veille du 7 octobre, date anniversaire des massacres commis en Israël en 2023, il affirme n’avoir « aucune leçon à recevoir sur la lutte contre l’antisémitisme » de la part de Mediapart.
Il attaque alors l’histoire du journal et de son fondateur, auquel il reproche d’avoir fait sous pseudonyme « l’apologie d’actes terroristes contre des sportifs israéliens ». Il affirme également que deux journalistes du média ont été condamnés en 2024 pour avoir financé des djihadistes de l’État islamique.
Jordan Bardella entend ainsi répondre à Mediapart sur tous les terrains. Il nie les messages qui lui sont attribués, conteste les preuves et les sources avancées, annonce de possibles nouvelles procédures judiciaires et dénonce désormais publiquement les investigations menées auprès de personnes qui le connaissaient lorsqu’il avait entre 12 et 16 ans. Une offensive résumée par la formule qu’il adresse directement au média : « Vous auriez adoré me voir poser le genou à terre, mais c’est très mal me connaître. »

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