POLITIQUE Justice et scandales 

Harcèlement et agressions sexuelles: 2 ans de prison avec sursis requis contre Jean-Vincent Placé

Harcèlement et agressions sexuelles: 2 ans de prison avec sursis requis contre Jean-Vincent Placé
Harcèlement et agressions sexuelles: 2 ans de prison avec sursis requis contre Jean-Vincent Placé

Deux ans de prison avec sursis ont été requis ce vendredi devant le tribunal correctionnel de Paris contre Jean-Vincent Placé, ancien secrétaire d’État écologiste de François Hollande, jugé pour harcèlement sexuel et agressions sexuelles sur deux femmes. L’ancien responsable politique de 58 ans, déjà condamné dans plusieurs affaires judiciaires, a contesté les accusations tout en reconnaissant des comportements déplacés et en présentant ses excuses à son ancienne collaboratrice. Le jugement sera rendu le 10 décembre.

Une ancienne collaboratrice dénonce des attouchements, des humiliations et un harcèlement permanent

Le procès de Jean-Vincent Placé, ouvert jeudi à Paris, a permis d’entendre le témoignage de son ancienne collaboratrice, qui l’accuse de lui avoir imposé pendant plusieurs mois des remarques sexistes, des comportements humiliants et des gestes à caractère sexuel. À l’époque, elle travaillait auprès de lui au Sénat, puis au secrétariat d’État à la Réforme de l’État et à la Simplification, au sein du gouvernement de Manuel Valls.

La plaignante a notamment dénoncé des attouchements lors d’un déplacement officiel à Séoul, en mai 2016. Elle affirme que Jean-Vincent Placé lui a touché la poitrine à l’arrière d’une voiture. Elle décrit également un environnement professionnel dans lequel les remarques déplacées et la proximité physique imposée par son supérieur étaient devenues habituelles.

Devant le tribunal, elle a expliqué avoir initialement éprouvé une grande admiration politique et intellectuelle pour celui qui occupait alors une place importante chez les écologistes. Cette relation professionnelle se serait progressivement transformée en une situation particulièrement éprouvante.

Réveillée en pleine nuit à Rome et contrainte de danser avec un sénateur

Parmi les épisodes évoqués à l’audience figure une soirée organisée le 14 juillet 2016 au Palais Farnèse, à Rome. L’ancienne collaboratrice a raconté avoir été réveillée en pleine nuit par Jean-Vincent Placé, qui lui aurait ordonné de danser un slow avec un sénateur français sur une chanson du film La Boum.

Elle a décrit son humiliation en expliquant qu’elle était entrée dans le monde politique avec des convictions et des compétences professionnelles, avant de se retrouver dans une situation où elle était « agrippée par cet homme qui me dégoûte et qui pourrait être mon père ».

La jeune femme a également déclaré : « Je me suis sentie sale. » Après plusieurs mois de difficultés, elle s’est placée en arrêt maladie en décembre 2016, avant de démissionner en janvier 2017.

Une deuxième femme accuse Jean-Vincent Placé d’attouchements en Corée du Sud

L’ancien secrétaire d’État devait également répondre d’une seconde accusation d’agression sexuelle. Une femme qui n’entretenait aucun lien professionnel avec lui affirme avoir subi des attouchements en mars 2017, lors d’un déplacement en Corée du Sud.

Selon sa plainte, déposée en octobre 2023, Jean-Vincent Placé lui aurait touché les cuisses et la poitrine à l’arrière d’une voiture, avant de tenter de placer sa main entre ses jambes. La plaignante, absente à l’audience, avait relaté les faits à plusieurs personnes.

Les accusations des deux femmes avaient conduit à l’ouverture d’une procédure judiciaire, puis au renvoi de Jean-Vincent Placé devant le tribunal correctionnel pour agressions sexuelles et harcèlement sexuel aggravé par un abus d’autorité⁠.

Jean-Vincent Placé reconnaît avoir été « lourd » et « insistant », mais nie les agressions

À la barre, Jean-Vincent Placé a reconnu certains comportements inappropriés, tout en rejetant les accusations pénales. L’ancien responsable écologiste a admis avoir été « lourd » et « insistant », mais a contesté avoir agressé sexuellement son ancienne collaboratrice ou lui avoir touché les seins dans une voiture.

Interrogé sur sa proximité physique avec elle, il a estimé que leur relation avait probablement été trop familière. Il a également expliqué avoir changé ses habitudes, affirmant ne plus faire la bise et préférer désormais serrer la main.

Concernant la deuxième plaignante, Jean-Vincent Placé a assuré ne conserver aucun souvenir des faits dénoncés. Il a reconnu avoir traversé une période « d’alcoolisme maladif », pour laquelle il continue de consulter un addictologue.

Dans ses derniers mots devant le tribunal, l’ancien secrétaire d’État a reconnu des « excès », présenté ses « excuses sincères » à son ancienne collaboratrice et affirmé avoir « beaucoup changé » depuis les faits.

Son avocate, Me Jade Dousselin, a demandé sa relaxe, contestant la version des faits retenue par l’accusation.

Le parquet dénonce un comportement de « propriétaire » envers sa collaboratrice

Dans ses réquisitions, le ministère public a dénoncé le comportement de Jean-Vincent Placé envers son ancienne employée, estimant qu’il avait agi comme s’il était son « propriétaire ».

Le parquet a également rejeté l’idée selon laquelle les comportements reprochés pourraient être relativisés en raison de l’époque à laquelle ils se sont produits. Il a rappelé que « mettre une main sur la cuisse ou les fesses » n’était « pas plus admissible » en 2016 qu’aujourd’hui.

Au terme des débats, le ministère public a demandé une peine de deux ans de prison avec sursis contre l’ancien membre du gouvernement.

Déjà condamné pour harcèlement sexuel, violences et injure raciale

Jean-Vincent Placé possède déjà plusieurs antécédents judiciaires. Le 1er mars 2021, il avait été condamné à 5 000 euros d’amende pour le harcèlement sexuel d’une gendarme chargée de la sécurité de son logement de fonction. Les faits remontaient à octobre 2016. L’ancien secrétaire d’État avait alors reconnu avoir tenté de l’embrasser contre son gré.

En septembre 2018, il avait également été condamné à trois mois de prison avec sursis et 1 000 euros d’amende pour des violences, un outrage à une personne dépositaire de l’autorité publique et une injure raciale. Cette affaire faisait suite à une soirée alcoolisée dans un établissement parisien, au cours de laquelle il avait importuné une cliente avant d’insulter des policiers.

Ces précédentes condamnations concernent des affaires distinctes de celle actuellement examinée par le tribunal correctionnel de Paris.

Le jugement attendu le 10 décembre

Ancien sénateur de l’Essonne et figure importante d’Europe Écologie-Les Verts, Jean-Vincent Placé avait rejoint le gouvernement de Manuel Valls en février 2016, sous la présidence de François Hollande. Après avoir quitté la vie politique, il s’est reconverti dans le conseil, notamment dans le domaine de la transition écologique.

À l’issue de ces deux journées d’audience, le tribunal correctionnel de Paris a mis sa décision en délibéré au 10 décembre. D’ici là, Jean-Vincent Placé demeure présumé innocent des faits jugés dans cette procédure.

Partager cet article

Votre actualité, selon vos intérêts

Choisissez les rubriques et la langue de votre newsletter. Vous pourrez modifier vos préférences à tout moment.

Réagir à l’article

Soyez le premier à commenter cet article.

Réagir à cet article

Les commentaires sont modérés. Les messages promotionnels, les envois automatiques et les liens abusifs sont bloqués.

Votre premier commentaire, ou tout message contenant un lien, peut être placé en attente de validation.

Application Entrevue

L’info partout avec vous

Retrouvez l’actualité, les alertes et vos rubriques préférées dans une expérience pensée pour le mobile.

Écran Alertes de l’application Entrevue : les dernières alertes info
Écran de personnalisation des rubriques de l’application Entrevue
Écran Actu de l’application Entrevue : le récit à la une